La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Ce n’était pas une simple abstraction. Quelque part dans le noir, un navire muni d’un radar se rapprochait, et vite.
— N’y pensez pas, dit Naroïne, sentant l’inquiétude des femmes de son équipe. Essayez de dormir un peu.
C’était une idée risible, mais Maïa feignit d’obéir. Elle s’enroula dans sa couverture tandis que la proue montait et descendait, lui rappelant les mouvements du cheval qui l’avait emportée à travers la plaine de Longue Vallée. Elle ferma les yeux, juste une minute… et une douleur aiguë dans la cuisse la réveilla. Elle se redressa en clignant des yeux.
— Je… qu’est-ce que… ?
Des femmes tournaient en rond sur le gaillard d’avant, en marmonnant dans la pénombre grisâtre. L’air sentait la fumée et la suie. Maïa se retourna, et son regard remonta la courbe impertinente d’une chaussure de pont, puis une jambe couturée de cicatrices, jusqu’à un visage : celui de Baltha. La grande blonde ne portait qu’un bustier de cuir. Ses cheveux étaient retenus en arrière par un ruban rose qui paraissait d’une gaieté incongrue par rapport à la lueur farouche qui brillait dans ses yeux. Elle sourit à Maïa.
— C’est parti, Pu-pucelle. Prête pour la fête ?
— Retourne à ton poste, toi ! lança sèchement Naroïne.
La grande blonde var haussa les épaules et rejoignit nonchalamment ses amies près du cuistot qui surveillait une marmite fumante. Les revêches mercenaires des îles du Sud jouaient avec leurs piques et ne manifestaient aucun signe de nervosité.
Un mousse tendit à Maïa une tasse de tcha brûlant qui lui donna un coup de fouet suivi d’une brève impression de froid. Les derniers lambeaux de ses songes se dissipèrent, lui laissant le sentiment d’un danger vague mais terrible.
Une faible brise soufflait, mais une vibration haletante révélait que les machines auxiliaires fonctionnaient, aidant le bateau dans sa fuite maladroite. Maïa resserra les coins de sa couverture sous son menton et jeta un coup d’œil à la mer.
Un archipel d’îles dressait vers le ciel des pics effilés comme des aiguilles de pierre que les vagues avaient polies bien longtemps avant que l’humanité ne soit arrivée sur Stratos. Jaillissant des abysses, ces flèches vertigineuses étiraient leur chaîne sinueuse du nord-ouest au sud-est et s’évanouissaient mystérieusement au loin dans la brume. Les flancs moussus des îles les plus proches s’étageaient en corniches couvertes d’arbres d’où s’échappaient de minces cascades alimentées par les pluies de printemps.
— Poulandres espérait les atteindre et échapper au radar des pirates là-dedans, expliqua Kau quand Maïa s’approcha d’elle. Mais le vent nous a laissés tomber, et le soleil s’est levé trop tôt. Maintenant, va falloir se battre. Tu veux voir l’ennemi ? lui demanda-t-elle gentiment.
« Parce que j’ai le choix ? » Maïa se détourna à contrecœur et regarda dans la direction qu’indiquait Kau, vers une aurore trompeusement rose. Elle eut un hoquet de surprise.
« Qu’il est près ! »
Un navire crasseux tranchait les vagues en faisant jaillir des embruns de son étrave. Une fumée noire et grasse s’échappait de ses cheminées. Des silhouettes s’agitaient sur le pont. Les machines du Manitou, généralement réservées aux manœuvres portuaires, ne pouvaient rivaliser avec ce monstre.
— Les pirates cachent souvent de gros moteurs dans des clippers à l’air anodin. À mon avis, on n’y coupera pas.
Les deux jeunes filles entendirent un soupir. Non loin d’elles, regardant le navire ennemi, Naroïne récitait :
Le soupir de la boscotte était sincère, mais Maïa vit les muscles rouler sous la peau de ses bras. À son regret se mêlait un Plaisir anticipé.
— Allez, dit-elle avec un mouvement du menton vers l’équipe de Baltha. Elles ont raison. Il faut nous préparer.
Elle réunit le premier détachement de passagères, inspecta leurs treppes, leur distribua des lassos qu’elles passèrent à leur ceinture, puis leur fit faire des exercices d’assouplissement, auxquels Maïa participa. Le tcha chaud plus la gymnastique activèrent sa circulation et le sang se mit à battre à ses oreilles. Toutes les odeurs prirent une intensité inhabituelle, le charbon brûlé, les odeurs salées de la mer et de la sueur. Les couleurs revêtirent un éclat presque pénible.
— Yaah ! cria Naroïne en agitant sa pique, et les autres l’imitèrent.
Tout en s’exerçant, Maïa sentit sa peur se dissiper, mais elle n’avait pas plus envie de combattre pour autant. Il fallait être folle pour ne pas voir que c’était le désastre qui les attendait. Elles avaient affaire à des professionnelles, pas aux miliciennes d’occasion de Longue Vallée.
Enfin, être une var amenait souvent à jouer les guerrières. Et ses compagnes n’étaient pas les premières venues. Elles savaient que l’entreprise comportait des risques. Pour la première fois, Maïa se sentit proche de ces rades. L’une d’elles lui sourit et lui donna une tape dans le dos. Maïa lui rendit son sourire, un peu plus détendue.
— Ohé, du Manitou ! fit une voix masculine amplifiée par un porte-voix. Ici le Téméraire. Arrêtez-vous !
Maïa se précipita vers le bastingage et retint son souffle. L’étrave du navire ennemi était au niveau de leur poupe.
— De quel droit nous accostez-vous ? rétorqua Poulandres.
— Par la Loi de Lysos et le code de la mer, capitaine. Acceptez-vous de partager votre cargaison ?
Le capitaine du Manitou consulta Kiel, qui secoua vigoureusement la tête. Il accepta sa réponse avec un haussement d’épaules résigné et leva de nouveau son porte-voix.
— Mes employeuses tiennent à défendre leur bien. La cargaison ne peut être partagée !
« Ce serait difficile », se dit Maïa. Renna tournait en rond, l’air stupéfait. « Est-ce qu’il se rend compte que c’est de lui qu’il s’agit ? Enfin, pendant la bagarre, il sera en sécurité sur le territoire neutre du gaillard d’avant. »
Le Téméraire se rapprocha encore. Il était plus petit que le Manitou, et ses machines plus puissantes. Toute manœuvre défensive était vouée à l’échec. Aucun des deux capitaines ne prendrait le risque d’endommager son cher bateau dans une collision. Pas sans une assurance que ni les pirates ni les rades n’avaient les moyens de payer.
Une meute de femmes armées de piques, de matraques et de lassos étaient massées le long du bastingage du navire pirate, à califourchon sur les espars ou accrochées dans le gréement. Toutes arboraient l’infamant bandana rouge. Un frisson parcourut les omoplates de Maïa.
— Compris, capitaine, répondit le commandant du bateau pirate. Acceptez-vous dans ce cas le jugement des championnes ?
Kiel hocha la tête en signe de dénégation. Les pirates employaient souvent des professionnelles triées sur le volet. Les rades avaient de meilleures chances dans une mêlée, quoi qu’il arrive. Il ne s’agissait pas de partager une cargaison. Leur chargement valait la peine qu’elles se battent.
Poulandres transmit le refus de Kiel.
— Très bien, répondit l’autre capitaine. Alors, mes passagères vous conseillent de vous préparer à l’abordage !
Tout était dit. Tandis que le petit bâtiment s’approchait, Kiel serra la main du capitaine, sauta sur le pont avec sa pique et hurla un ordre à ses camarades. Poulandres fit immédiatement évacuer vers l’arrière ses hommes qui hurlaient des encouragements à leurs collègues féminines.