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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Et… ce raisonnement s’appliquerait aux hommes ? demanda Maïa, les paupières papillotantes.

— Eh oui ! L’homme ne retire aucun bénéfice de la procréation hivernale, l’enfant engendré n’étant pas le sien. Le cycle tend à étayer les signaux que Lysos a mis en place. Il faudrait un modèle informatique pour savoir si ce système est aussi stable qu’il en a l’air. Il n’est pas dépourvu de problèmes, comme la consanguinité. Avec le temps, chaque famille clonale agit comme un individu unique et inonde Stratos de…

L’enthousiasme de Renna était contagieux. Maïa n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi peu inhibé, d’aussi libéré des conventions. « Est-il toujours comme ça ? Tout le monde est-il comme lui, là d’où il vient ? »

— Bon, mais que devient, dans tout ça, le monde stable et heureux que voulait Lysos ? Sommes-nous heureuses ? Plus heureuses que les habitantes des autres planètes ?

— Que veux-tu que je te réponde ? éluda Renna en souriant. Qui suis-je pour en juger ? J’ai visité des mondes qui te sembleraient paradisiaques. Les terribles expériences que tu as vécues cette année auraient été impossibles sur Passion ou la Nouvelle Terre. La Loi, la technologie, un État omniprésent les auraient empêchées, ou y auraient immédiatement remédié. D’un autre côté, ces mondes ont des problèmes inconnus ici : les bouleversements économiques et sociaux. Le suicide. Les crimes passionnels. L’esclavage de la mode. Des pseudo-guerres, et quelquefois des vraies. La plaie du solipsisme. Le cyberdysonisme et la semi-mortalité. L’ennui…

Maïa le regarda en se demandant s’il se rendait compte que la plupart des termes qu’il employait ne voulaient rien dire pour elle. Décidément, l’univers était immense, d’une insondable étrangeté, et lui demeurerait à jamais inaccessible.

— Ce que je vais dire n’engage que moi, poursuivit Renna à voix basse.

Il regarda un moment la mer éclaboussée de soleil et d’ombres. Le coin de ses yeux se plissa étrangement, il se retourna vers Maïa et lui pressa brièvement la main en souriant.

— En cet instant précis, je suis heureux. Heureux d’être ici, vivant, et de respirer l’air d’un ciel sans limites.

Puis la conversation s’orienta vers d’autres sujets et Maïa se rasséréna. Elle s’efforça de satisfaire sa curiosité et de lui expliquer les mystérieuses activités de l’équipage du Manitou, autrement dit les tâches toujours recommencées qui ponctuaient la vie en mer. Renna s’émerveillait des détails qu’elle lui fournissait et parlait avec admiration d’« arts perdus, préservés et magnifiquement améliorés ».

Ils parlèrent encore un peu d’eux-mêmes. Maïa lui raconta quelques-unes de leurs frasques, à Leie et elle, et s’aperçut que la joie du souvenir apaisait un peu son chagrin. À son tour, Renna lui narra brièvement sa capture, alors qu’il visitait une maison de Plaisir de Caria, suivant la suggestion d’une vénérable Conseillère d’État à qui il faisait confiance.

— Elle ne s’appelait pas Odo, par hasard ? demanda-t-elle.

— Comment le sais-tu ? rétorqua Renna, surpris.

— Tu te rappelles le message que tu as envoyé de ta cellule et que j’ai intercepté ? fit Maïa en souriant. Tu disais qu’il ne fallait pas faire confiance à une dénommée Odo.

— Exact, et que ça me serve de leçon, soupira-t-il. Il ne faut jamais laisser ses gonades prendre le pas sur sa tête.

— On ne saurait mieux dire, lança sèchement Maïa.

Renna hocha la tête, la regarda, surprit son expression et tous deux éclatèrent de rire.

Le Visiteur des étoiles lui parla ensuite des mondes extraordinaires et lointains du Grand Phylum humain, puis Maïa lui raconta comment, assistée de Leie, elle s’était introduite dans le lieu le plus secret de la citadelle de Lamatie et avait résolu l’énigme d’une étrange serrure à combinaison. Renna se dit honoré quand elle lui confia que c’était la première fois qu’elle l’avouait à quelqu’un.

— Douée comme tu es pour reconnaître des schémas…

L’opératrice radar poussa un cri. Deux garçons escaladèrent le grand mât et scrutèrent l’horizon. L’un d’eux hurla quelque chose. Bientôt, tout le monde s’accouda au bastingage bâbord et observa les flots en se protégeant les yeux du soleil.

— Qu’y a-t-il ? s’enquit Renna.

Maïa secoua la tête, perplexe. Un murmure parcourut la foule, suivi d’un silence soudain. Louchant à cause des reflets sur l’eau, Maïa aperçut enfin un objet flottant.

— Ma parole ! On dirait un grandiflora – un arbre !

Ça ressemblait plutôt à une petite île. Une île couverte de bannières déchiquetées, comme si des légions s’étaient battues pour un petit bout de terre déserte perdue au beau milieu de l’océan. Sauf que cette terre venait vers eux, par le sud. Et que les hampes étaient des troncs d’arbre maigrelets et les pennons en lambeaux non point des bannières, mais des pétales.

— C’est bien ça, confirma Maïa. Le grandiflora se nourrit de créatures marines unicellulaires qu’il attrape en étendant des filaments transparents sous la surface. C’est pour ça que Poulandres a donné l’ordre de nous écarter. Ce ne serait pas bien de le blesser rien que pour satisfaire notre curiosité.

— Il a déjà l’air en assez mauvais état, commenta Renna en remarquant les fleurs effrangées dont les couleurs chatoyantes semblaient ne rien devoir à la lumière du soleil. Et ça, c’est quoi ? Des oiseaux qui mangent la plante ? Elle est morte ?

Des nuées de créatures volantes, aux ailes parfois transparentes dont l’envergure dépassait celle des espars du Manitou, grouillaient en effet sur les parties bleutées de l’île flottante comme des mouches sur une charogne.

— Ils l’aident à se perpétuer, au contraire, rectifia Maïa. Ils transportent le pollen d’un arbre à l’autre.

C’est alors qu’un petit détachement de formes sombres s’approcha en tourbillonnant du Manitou. Le capitaine lança un ordre et les hommes d’équipage saisirent des frondes avec lesquelles ils éloignèrent les gracieuses bêtes de crainte qu’elles n’infligent des dommages aux voiles avec leur bec hérissé de dents pointues. Elles s’enfuirent à tire-d’aile mais auparavant l’une d’elles tenta d’attraper la chevelure flamboyante d’un des garçons perchés dans le gréement, ce que tout le monde, sauf la victime, trouva hilarant.

Le grandiflora passa à cent mètres du bateau. Des vrilles labyrinthiques, multicolores s’étendaient sous l’eau, dans son sillage. Des poissons filaient entre ces frondaisons aquatiques, en contrepoint des oiseaux qui voletaient au-dessus.

— Dommage qu’on ne l’ait pas vu à la fin de l’été, quand ses fleurs sont si grandes que les arbres s’en servent comme de voiles, pour éviter d’être ramenés vers les côtes, soupira Maïa. Les courants doivent suffire maintenant et elles fanent. Est-ce un exemple de ce que tu appelles l’adaptation ! Ce doit être une forme de vie originaire de Stratos, sinon tu en aurais vu ailleurs, non ? demanda-t-elle en regardant Renna.

— C’est tellement magnifique que je l’aurais forcément remarqué s’il y en avait eu ailleurs, acquiesça le Visiteur des étoiles, extasié. C’est indigène, pas de problème. Même Lysos n’aurait pu créer ça.

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