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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Maïa jeta un coup d’œil aux vars qui attendaient fébrilement et vit Renna en train de discuter avec le médecin du bord. Le vieil homme lui parlait comme à un enfant. Maïa traduisit mentalement ses explications : seules combattaient les passagères et les femmes d’équipage, conformément aux préceptes de Lysos elle-même.

Le regard de Renna rencontra celui de Maïa. Il secoua la tête, les poings serrés par une rage impuissante. Maïa lui répondit par un mince sourire et songea au verset si souvent chanté dans la chapelle de la citadelle de Lamatie : « Garde-toi de susciter la colère de l’homme, car elle est terrible et point aisée à contenir. »

Maïa regarda l’autre navire qui se rapprochait toujours. Il y avait aussi des hommes, à bord, qui observaient le spectacle d’un œil sombre et pensif, depuis leur zone réservée.

« C’est peut-être mieux ainsi », se dit-elle.

Renna croisa les bras et se tirailla le lobe des oreilles. Le signe stratoïn destiné à chasser le mauvais œil fit sourire Maïa. Il avait intérêt à boucher ses oreilles sensibles, car l’affaire risquait de faire du boucan…

— ELA ! rugirent les femmes de l’autre navire.

Kiel leva sa pique et les rades répondirent en chœur :

— ELA !

Soudain, des grappins sifflèrent dans les airs, des cordes se tendirent et les coques se heurtèrent avec un craquement sinistre. Les pirates sautèrent en hurlant sur le Manitou.

— Attendez, les filles ! cria Naroïne. Allez, maintenant !

Maïa fut sauvée de sa peur paralysante par ses réflexes.

Les exercices rappelèrent à ses membres ce qu’elle devait faire, mais sa volonté de bouger venait de ce qu’elle se refusait à laisser tomber les autres en restant en arrière.

Sa pique bloquée contre une hanche, hurlant à tue-tête même si ses cris se perdaient dans le vacarme croissant, elle avança, à côté de Naroïne, dans la bataille qui s’engageait.

Il en arrivait sans cesse. Le navire pirate devait être bondé car il en sortait sans arrêt de nouvelles guerrières.

Néanmoins, la première vague n’avait pas eu la partie facile. Professionnelles ou non, elles avaient eu du mal à passer sur le pont du Manitou, plus élevé que le leur, pendant que leurs passagères leur faisaient tomber sur la tête des filets et des poulies de bois. Naroïne accrochait les pirates sous les aisselles à la gaffe et les faisait choir sur leurs camarades. Elle saisit par les cheveux une pirate qui avait réussi à passer le bastingage du Manitou et la balança sur le pont où les autres la ligotèrent et l’évacuèrent vers l’arrière. Kiel et une grande rade de Caria l’imitèrent tandis que Maïa et les autres tapaient sur les doigts des assaillantes pour leur faire lâcher prise et assommaient celles qui montaient à bord. Maïa exultait chaque fois qu’une ennemie tombait. Elle éprouvait une impression viscérale d’invincibilité.

Mais elle savait que cette impression était illusoire. Les pirates se déversaient du Téméraire comme une nuée d’insectes et allaient les submerger. Elle affronta une grande corsaire baraquée, aux dents cassées et aux cicatrices effrayantes, qui avait réussi à passer la jambe par-dessus le bastingage. Elle s’efforça d’oublier la sueur qui lui piquait les yeux et tenta de repousser la pirate écumante, mais elle prit un coup sur la main gauche, poussa un cri et faillit lâcher son arme. Elle réagit ensuite de plus en plus lentement…

Le bout d’une pique surgit de nulle part et passa sous son bras pour heurter bruyamment la poitrine cuirassée de la pirate, la déséquilibrant. Maïa réprima une grimace, car le coup avait dû être atroce, mais son adversaire poussa seulement un juron, écarta les bras, tomba en arrière et resta accrochée au bastingage, par une jambe couturée de cicatrices, tronçon noueux de muscles balafrés.

Une autre tête ceinte de rouge apparut aussitôt : une nouvelle pirate qui utilisait sa camarade comme une échelle. Maïa se résigna à décrocher son adversaire du bastingage avec sa pique et les deux femmes churent… sur le pont de l’autre navire, espéra-t-elle. Cela dit, si elles tombaient entre les coques qui s’entrechoquaient, c’était pareil. Comme disait le code de la mer : « Un juste risque dans un juste combat. »

« Vous n’aurez pas Renna ! » Ce cri muet lui rendit ses forces et, oubliant ses douleurs, elle vola au secours de Thalla qui l’avait aidée un instant plus tôt. Elle était à présent au corps à corps avec une pirate au visage sinistre, plus grande et plus massive qu’elle. Maïa lui porta un coup violent à la cuisse et la femme s’effondra. Thalla en profita pour la clouer sur le pont avec l’extrémité fourchue de son arme. Elle remercia Maïa d’un bref clin d’œil.

— Attention, Pu-pucelle !

Maïa n’eut que le temps d’éviter un lasso lancé par une des femmes à cheval sur les espars du navire ennemi. Elle saisit la corde et tira violemment dessus. La pirate hurla longtemps avant de s’écraser au milieu d’une mêlée de bandanas rouges.

Le vacarme changea alors de tonalité. La marée montante des pirates perdit de sa violence. Une seconde, le bastingage près de Maïa resta désert sur plusieurs mètres.

— Bien joué ! cria Naroïne avec un sourire radieux.

Maïa n’eut pas le temps de se réjouir que la voix de Renna hurlait un mot angoissant :

— Trahison !

Maïa eut juste le temps de regarder en arrière avant d’être heurtée par Thalla qui reculait devant un assaut violent. Tout en s’efforçant de reprendre son équilibre, Maïa reconnut son agresseuse avec un hoquet de surprise…

Baltha ! La treppe de la mercenaire tournoyait comme les pales d’une éolienne, se jouant des efforts de Thalla. Avec un coup au cœur, Maïa constata que les mercenaires des îles du Sud avaient mis des bandanas rouges et assaillaient les défenderesses par-derrière. Plusieurs se dirigèrent vers l’endroit où Naroïne et les rades repoussaient, inconscientes de cette nouvelle menace, les mains qui s’agrippaient au bastingage.

— Attention ! hurla Maïa, mais le tumulte noya son cri.

Coincée derrière Thalla, elle ne pouvait rien faire pour ses camarades. Le temps parut s’étirer à l’infini tandis qu’elle se frayait un chemin entre les silhouettes mouvantes. Elle vit, impuissante, Naroïne s’écrouler comme un bouvillon à l’abattoir, frappée à la tête.

Maïa poussa un hurlement de rage. Elle trouva une ouverture et, déchaînée, se précipita sur les assaillantes de la boscotte. D’un coup au ventre, elle en fit rouler une sur le pont, le souffle coupé. L’autre réagit avec amusement en reconnaissant la cinq-ans qui jouait à des jeux d’hommes.

Son sourire s’effaça sous les coups puissants, sinon experts, de Maïa qui l’éloignait du corps prostré de Naroïne.

De nouveaux bandanas rouges apparurent. Maïa balaya quelques mains sans relâcher la pression sur la renégate. Un nouveau visage se hissa au-dessus du bastingage. Un visage jeune, couvert de suie, rouge d’échauffement et d’adrénaline.

Maïa bloqua l’arme de son adversaire, lui imprima un mouvement de torsion et l’arracha aux mains de son ennemie.

« Ce visage…»

La Méridionale affolée esquiva l’assaut de Maïa en sautant par-dessus le bastingage. Maïa détourna aussitôt son coup vers la nouvelle venue qui tentait de lever sa propre arme.

Maïa s’arrêta net, pétrifiée. Aveuglée par la sueur en dehors d’un tunnel rougi par la terreur et la rage, elle scruta le visage de l’ennemie. Un visage qui était le reflet du sien.

— Le… Le…, bredouilla-t-elle, les yeux exorbités.

Une lueur s’alluma dans les yeux de la jeune pirate.

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