La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Elle s’imagina un instant faisant carrière comme marinière. La camaraderie qui unissait la boscotte, les autres vars et les matelots ne manquait pas d’attraits. D’un autre côté, passer sa vie à tirer sur des bouts et à tourner des cabestans…
Les spectateurs vinrent regarder les garçons disposer leurs pions, en aligner une rangée, s’arrêter, discuter un moment et reprendre leur tâche. Maïa étouffa un bâillement, enfonça ses mains dans les poches de son manteau, et dansa d’un pied sur l’autre pour activer sa circulation sanguine. Cette soirée de la mi-hiver était douce. Les nuages bas, noirs, conservaient un peu de la chaleur de la journée, mais il fallut bientôt allumer des lanternes au-dessus de la zone de jeu.
Sur le gaillard d’arrière, le timonier huma l’air, consulta le capitaine du regard et tourna la barre de quelques degrés. Le navire changea légèrement de ballant et les mâts craquèrent un peu différemment. Deux marins tournèrent un treuil à tribord, tendant une voile.
Les mâles avaient-ils une sensibilité particulière aux signes du vent et des vagues ? Était-ce pour ça qu’il n’y avait pas d’officières sur les navires océaniques ? Maïa avait toujours pensé que c’était une question de génétique. « Mais je croyais aussi que les hommes ne pouvaient monter à cheval, et ils volaient dans le ciel, avant qu’on ne le leur interdise.
« Peut-être n’est-ce encore qu’un mythe. »
De toute façon, même si elle était douée, à cinq ans il était trop tard pour apprendre à naviguer. « Tu as beau savoir repérer les étoiles, tu ne mettras pas à bas mille ans de traditions. Et puis les marins feraient un foin de tous les diables si une femme était plus que boscotte. » Rares étaient les niches réservées aux hommes. Ils rechigneraient à ouvrir ce bastion à l’écrasante majorité féminine.
« Enfin… Il y a une minute, tu te serais contentée d’une petite vie peinarde comme Naroïne, et voilà que tu râles parce qu’on te refuse tes galons d’officière ! Encore une preuve du fait qu’une éducation lamaï conduit à un ego de taille lamaï. »
— Bon. À vous, maintenant.
Renna et Maïa regardèrent les quatre rangées de pièces que leurs adversaires avaient alignées sur l’échiquier. Malgré son expérience limitée, elle vit qu’il s’agissait d’une configuration banale. C’était sans importance, étant donné la stratégie qu’ils avaient arrêtée, Renna et elle. Il partit disposer les pièces dans le coin gauche, elle dans le coin droit.
Naroïne lui passait un par un les pions pré-remontés que Maïa plaçait en s’interrompant souvent pour consulter le plan mis au point avec Renna, en prenant garde à ce que les spectateurs accrochés dans le gréement ne puissent le voir.
« Il faut que je fasse gaffe à ne pas manquer une rangée ou une colonne…» D’aussi près, la structure d’ensemble était difficile à voir. Un seul pion posé au mauvais endroit et ça pouvait être la mort pour un dessin vivant, un peu comme si les reins d’un individu étaient mal reliés, ou si ses cellules produisaient une protéine malformée. Maïa approcha, en se rongeant les sangs, du milieu où son travail rencontrait celui de Renna. Quand elle eut fini, elle attendit avec angoisse qu’il place ses derniers pions, puis ils vérifièrent leur dessin.
Tout collait, et ils avaient laissé peu de temps à la partie adverse pour réfléchir. À vrai dire, les deux jeunes gens fronçaient les sourcils, manifestement intrigués par la séquence qu’ils avaient créée, son équipier et elle.
« Ouf ! J’avais peur que ce soit trop évident… du genre de ce que les garçons apprennent dès leur première année en mer. »
Ça ne voulait pas dire que c’était gagné, mais ils avaient l’avantage de la surprise. Le coq et le mousse commencèrent, l’air un peu ébranlé, à placer leur quatre nouvelles rangées. Naroïne poussa Maïa du coude et lui indiqua le gaillard d’arrière, d’où, la veille, les officiers avaient assisté d’un air détaché à l’humiliation des amateurs. Ce soir, l’atmosphère n’était pas à l’indifférence. Enseignes et aspirants tournaient les pages de grands livres dorés sur tranche en indiquant l’échiquier du doigt. À gauche, trois hommes plus âgés semblaient ne pas avoir besoin d’ouvrages de référence. Le navigateur et le médecin échangeaient des regard entendus tandis que le capitaine Poulandres tirait sur sa pipe, le visage inexpressif mais une petite étincelle dans l’œil.
Les garçons finirent leur tour et parurent surpris que Maïa et Renna, au lieu de s’attarder à analyser ce qu’ils avaient fait, entreprennent immédiatement de disposer leur quatre rangées de pièces. Maïa trouva cela plus facile, cette fois.
Quand ils eurent fini, elle observa avec satisfaction l’air déconcerté de leurs adversaires. En posant leurs pions, ils loupèrent une de leurs figures, s’attirant des rires dans le gréement. Le capitaine se racla la gorge, rappelant au public de ne pas se mêler de la partie. Les garçons se hâtèrent de rectifier et poursuivirent. Ils avaient élaboré un système de défense complexe, à base de formes puissantes mais peu subtiles, conçues pour neutraliser toute attaque. Ils allaient sans doute passer aux systèmes offensifs au tour suivant.
Enfin, ils reculèrent et indiquèrent que c’était au tour de Maïa et de Renna. Ce dernier fit signe à Maïa d’avancer.
— Non ! souffla-t-elle. Je ne peux pas. Vas-y, toi.
Il se contenta de sourire et de lui faire un clin d’œil.
— C’était ton idée, dit-il.
Maïa fit un pas en avant en déglutissant pour éliminer la boule qu’elle avait dans la gorge, et prononça un seul mot.
— Passe.
Un silence abasourdi s’établit, ponctué par le claquement de la main d’un officier subalterne sur un livre ouvert.
— Qu’esse-ça veut dire ? demanda le cuistot, abasourdi.
Sa réaction rompit la tension. Quelques hommes éclatèrent de rire. Maïa se sentit presque navrée pour les deux jeunes gens. Elle avait vu des parties où l’un des camps sautait une rangée et laissait les espaces vides, mais quatre rangs d’un coup, comme ça… c’était plus qu’audacieux.
Poulandres fournit des explications à la ronde tandis que Naroïne et quelques volontaires aidaient Maïa et Renna à aligner cent soixante pions, tous blancs. Quelques instants plus tard, les garçons mirent nerveusement en place un formidable arsenal de dessins d’artillerie. Quand enfin ils relevèrent les yeux, Maïa s’avança de nouveau et redit : « Passe ! » Les volontaires répétèrent la manœuvre. « Même si ça ne marche pas, ç’aura valu le coup…» Dans l’autre camp, les garçons se remirent au travail en suant et transpirant. Maïa, quant à elle, commençait à avoir froid. L’inactivité, sans doute. Dans son dos, plusieurs marins s’approchèrent d’un aspirant pour lui poser des questions, auxquelles il répondit à voix basse.
« Notre stratégie doit donc se trouver dans les livres, mais ça doit être un coup peu connu, comme le coup du berger aux échecs. C’est facile à contrer, si on sait quoi faire. Espérons que nous sommes dans le rôle du berger, Renna et moi. »
Quoi qu’il arrive, elle s’estimait amplement satisfaite d’avoir ébranlé leur suffisance. Ils accepteraient peut-être de lui prêter certains de ces livres au lieu de supposer avec condescendance qu’elle n’y comprendrait rien.
Le camp de leurs adversaires se remplissait de figures extravagantes, d’une ambition démesurée, à l’effet parfois contradictoire et que Maïa trouva peu élégantes. Dans leur propre camp, en attendant, huit énigmatiques rangées de pions noirs et blancs s’achevaient par un vaste espace blanc, dégagé.
« J’ai hâte de savoir comment s’appelle notre dessin. » Maïa était impatiente de consulter les volumes. « C’est un concept assez simple, même s’il s’avère qu’il y a une erreur dedans. »