La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Elle avait eu, cet après-midi-là, l’intuition fulgurante que la bordure était un élément à part entière du jeu. Elle jouait un rôle crucial en réfléchissant les dessins. « Dans ce cas, pourquoi ne pas la modifier ? »
Elle avait d’abord imaginé de recréer à l’intérieur de leur terrain une bordure qui absorberait les coups tirés par leurs adversaires. Mais ça ne suffirait pas. Tous les dessins devaient être auto-régénérateurs, or celui de la bordure n’était pas stable. Recréé ailleurs, il se dissoudrait rapidement.
Et si le dessin agissait comme une bordure une partie du temps et devenait le reste du temps transparent à la plupart des projectiles et Planeurs ? Il les renverrait huit coups sur dix, et tant que les points d’ancrage aux deux extrémités resteraient intacts, il se régénérerait toujours. Renna et Maïa s’attendaient à ce que leurs adversaires sortent la grosse artillerie et les criblent de projectiles… dont presque tous leur seraient renvoyés en pleine poire ! Avec un peu de chance, leurs adversaires s’occasionneraient plus de dégâts à eux-mêmes qu’au dessin de Renna et Maïa.
Un marin portant un brassard de service sortit d’une cabine située derrière la barre et alla dire quelque chose à l’oreille du capitaine. Celui-ci fronça les sourcils, demanda au médecin de le remplacer et fit signe au navigateur de le suivre.
Les garçons finirent leur dernière rangée et écoutèrent, résignés, Maïa dire : « passe ! », une dernière fois. Tandis qu’on alignait des pions blancs, le médecin enfila la robe à capuchon rituelle et descendit dignement les marches menant au panneau de cale. Des hommes consultaient des textes de référence en gesticulant d’un air excité. Beaucoup, à l’instar du cuistot et du mousse, avaient l’air simplement perdu.
— La Vie est la continuation…, commença le médecin.
Un bruit de pas pressés interrompit l’invocation. Le capitaine du Manitou apparut, suivi d’un marin qui souffla dans une trompe d’airain – deux coups brefs, un coup long –, et le silence se fit. Tout le monde retenait son souffle.
— Nous relevons la trace radar d’un bateau, annonça Poulandres. Sa trajectoire coupe la nôtre, et il a l’air assez rapide pour nous rattraper. J’ai essayé de le joindre, mais il ne veut pas répondre. Je me dois de supposer que nous sommes la cible de pirates et donc de poser la question aux passagères payantes : résisterez-vous, et défendrez-vous notre fret ?
Stupéfaite, Maïa vit Kiel s’avancer.
— Y a intérêt ! Vous pouvez compter sur nous.
— Bien, acquiesça l’officier. Je vais manœuvrer en conséquence. Notre équipage féminin vous aidera, conformément au code de la mer. Tout le monde aux postes de combat !
La trompe retentit à nouveau. Les marins se précipitèrent dans le gréement et les femmes s’assemblèrent près du gaillard d’avant. Maïa regardait l’échiquier avec consternation. « Juste au moment où on allait savoir si…»
Thalla la prit par le bras et la tira vers le placard aux armes où on lui donna une pique treppe. Maïa se retourna pour jeter un coup d’œil à Renna. Il contemplait le remue-ménage avec stupeur. « Il est encore plus sonné que moi », se dit-elle avec une pointe de compassion pour son ami des étoiles.
Il tenta de la rejoindre, mais un marin le retint. Maïa le vit dire : « les hommes ne se battent pas » et l’entraîner. Elle se retrouva dans une file de vars armées comme elle.
— Vous suivrez mes ordres ? demanda Naroïne à Kiel et à Thalla, qui représentaient le groupe rade. Parfait. Inanna, Lullin, Charl, préparez-vous à emmener vos équipes.
Naroïne répartit les passagères entre ses trois lieutenantes qui leur firent prendre position le long des plats-bords. Maïa suivit la boscotte vers la proue, où le tangage était le plus sensible. Elle sentit que le navire modifiait son cap, probablement pour tenter d’éviter la collision.
— Autant nous détendre, dit Naroïne à son escouade. Elles sont p’t-être plus rapides que nous, mais la chasse risque d’être longue. L’aube pourrait bien être là avant elles. On va nous apporter de la soupe chaude. En attendant, r’posez-vous. Allez, tout le monde assis, à l’abri du vent.
Sur quoi, elle envoya deux vars chercher des couvertures.
— Y en a qu’ont eu du pot, reprit-elle à l’adresse de Maïa. D’après c’que j’ai vu, votre p’tit système allait marcher.
— On n’en saura probablement jamais rien, soupira Maïa en haussant les épaules.
Un bruit de grêle à l’arrière lui indiquait que le capitaine avait ordonné de ranger les pions dans leurs boîtes.
— À tous les coups, ils ont magouillé cette histoire pour vous empêcher d’humilier deux de leurs garçons, ajouta la boscotte, mais elle souriait et Maïa comprit qu’elle plaisantait.
Le jeu était une affaire d’honneur, et les capitaines considéraient les parties organisées à leur bord comme presque aussi importantes que la sécurité de leur navire.
Les femmes s’emmitouflèrent dans les couvertures et se préparèrent à une longue attente. On leur apporta bientôt de la soupe. L’aide-cuistot ne regarda pas Maïa en la servant, mais le contenu du bol se renversa à moitié quand elle le prit et lui ébouillanta les doigts. Elle serra les dents et réussit à ne rien manifester. Au moins, le potage était bon et sa chaleur bienvenue. Des trouées apparaissaient entre les nuages et l’air nocturne fraîchissait. Une femme jouait de la flûte – mal. D’autres tentèrent de bavarder. Ça ne dura pas longtemps.
— Dis donc, murmura Naroïne, j’ai découvert un truc qui pourrait t’intéresser.
Maïa leva les yeux. Elle caressait le manche de son arme en songeant à ce qui risquait d’arriver d’ici peu.
— Ah bon ? Quoi ? demanda-t-elle, un peu décontenancée.
— J’ai découvert c’qu’il fait derrière le rideau… Tu sais, après les repas.
Maïa mit un moment à comprendre qu’elle parlait de Renna.
— Après les… ?
— Il se lave la bouche !
La curiosité le disputa chez Maïa à la colère de savoir que la boscotte avait espionné Renna.
— Il se lave… la bouche ?
— Ouaip. T’as d’jà vu la p’tite brosse qu’il a ? Eh ben, il la plonge dans l’eau de mer qu’y veut pas boire, y s’la colle dans le bec et y fait comme s’y briquait l’pont. Et que j’te récure les p’tites quenottes bien comme il faut, et que j’souffle, et que j’crache ! J’ai jamais vu ça.
— Mouais. Eh bien, j’en connais qui sentiraient moins mauvais si elles faisaient pareil de temps à autre.
— Ça, c’est pas faux, s’esclaffa la boscotte. Mais après tous les repas ?
— Il est étranger, qu’est-ce que vous voulez ! fit Maïa en secouant la tête. Il a peut-être peur d’attraper des maladies.
— Y mange tout comme nous. J’vois pas bien c’que ça change de se laver après.
Maïa haussa les épaules. En d’autres circonstances, il aurait pu être intéressant d’explorer le sujet, mais en ce moment, elle aurait préféré que Naroïne la laissât tranquille. Par bonheur, elle sembla le sentir et la conversation tomba.
Durga se leva derrière les nuages, révélant des coins de mer houleuse. Les endroits éclairés et les trouées situées au-dessus correspondaient entre eux comme les pièces d’un puzzle et les emplacements qu’elles devaient occuper. Maïa devina, aux fragments de constellations qu’elle apercevait, que le navire fuyait au sud devant le vent. Le bâtiment palpitait comme un cœur lent, régulier, les emportant par-delà les flots ténébreux, loin dans le temps. Chaque instant qui passait tirait des vieilles configurations de bois, d’eau et de chair de nouveaux schémas qui en amenaient d’autres à leur tour.