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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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398. Étant plutôt d'un tempérament mou et lourd, je n'ai pas une grande expérience de ces violentes émotions qui généralement s'emparent subitement de notre âme sans lui donner le temps de se reprendre. Mais la passion [amoureuse] qui est, dit-on, produite au cœur des hommes jeunes par l'oisiveté, même si elle se développe sans hâte et de façon mesurée, montre avec la plus grande évidence à ceux qui ont essayé de s'y opposer, la force de cette transformation et altération que subit alors notre jugement. J'ai tenté autrefois de me tenir prêt à soutenir son assaut et le vaincre — car il s'en faut de beaucoup que je sois de ceux qui appellent les vices, et je ne les suis que s'ils parviennent à m'entraîner. Je la sentais naître, croître, et se développer en dépit de ma résistance, et enfin, pleinement vivant et conscient pourtant, s'emparer de moi et me posséder, de sorte que je voyais les choses ordinaires autrement que d'habitude, comme si j'étais sous l'effet de l'ivresse. Je voyais évidemment grossir et se développer les avantages de l'objet de mes désirs, ils grandissaient et enflaient sous l'effet de mon imagination, tandis que les difficultés de l'entreprise, au contraire, s'amenuisaient et s'aplanissaient et que ma raison et ma conscience, elles, passaient à l'arrière-plan. Mais ce feu une fois éteint, mon âme reprit en un instant, comme à la clarté d'un éclair, une tout autre vision des choses, un état différent et un autre jugement : la difficulté de battre en retraite m'apparut grande et même insurmontable, et les mêmes choses se présentaient maintenant à moi avec un goût et un aspect bien différents de ceux sous lesquels l'ardeur du désir me les avait présentés. Lequel de ces deux états est le plus proche de la vérité ? Pyrrhon lui-même n'en sait rien.

399. Nous ne sommes jamais exempts de maladie : les fièvres ont leur chaud et leur froid, et après avoir connu les effets d'une passion ardente, nous retombons dans ceux d'une passion frileuse. Autant je m'étais lancé en avant, autant je me rejette maintenant en arrière :

Ainsi la mer dans son va-et-vient,

Tantôt se jette sur la terre et recouvre les rochers en écumant,

S'enfonçant jusqu'aux derniers creux du sable,

Tantôt, entraînant avec elle les galets dans son repli,

Fuit, et s'abaissant, laisse la plage à découvert.

[Virgile Énéide XI, vv. 624 sq]

Parce que je connais mon instabilité, il se trouve que j'en ai tiré une certaine constance dans mes opinions, et que je n'ai guère modifié les premières que j'ai eues naturellement. Car malgré l'attrait de la nouveauté, je ne change pas facilement, de peur de perdre au change. Et comme je ne suis pas capable de choisir, j'adopte le choix des autres, et je m'en tiens à l'état dans lequel Dieu m'a placé. Sinon, je serais bien incapable de m'empêcher de rouler sans cesse. C'est de cette façon que je suis resté entièrement attaché, Dieu merci, sans agitation ni trouble de conscience, aux anciennes croyances de notre religion, au travers de toutes les sectes et divisions que notre époque a produites. Les écrits des anciens (je parle ici des bons, denses et solides) m'attirent et m'amènent à peu près là où ils le veulent ; celui que je viens d'entendre me semble toujours le plus fort. Il me semble qu'ils ont tous raison tour à tour, bien qu'ils se contredisent. L'aisance dont font preuve les bons esprits pour rendre vraisemblable tout ce qu'ils veulent, et le fait que rien ne soit assez étrange pour qu'ils n'entreprennent de lui donner assez de couleur pour tromper un simple d'esprit comme moi, tout cela montre évidemment combien sont faibles les preuves qu'ils avancent.

400. Le ciel et les étoiles ont changé de place pendant trois mille ans ; tout le monde l'avait cru, jusqu'au jour où Cléanthe de Samos ou (selon Théophraste) Nicétas de Syracuse s'avisa de soutenir que c'était la Terre qui se déplaçait en tournant autour de son axe, selon le cercle oblique du Zodiaque. Et de nos jours, Copernic a si bien établi cette théorie, qu'il l'utilise couramment pour tous les calculs astronomiques. Que peut-on tirer de cela, sinon que peu nous importe de savoir lequel de ces deux points de vue est le bon ? Et qui sait d'ailleurs si dans mille ans, un troisième ne viendra pas réfuter les deux précédents ?

Ainsi le temps change les choses dans sa course ;

Celle qu'on aimait est méprisée ; une autre la remplace,

Et sort de la disgrâce, plus recherchée de jour en jour.

La nouveauté reçoit toutes les louanges, et parmi les mortels,

Obtient maintenant une étonnante estime.

[Lucrèce De la Nature V, vv 1275 sq]

 

401. Ainsi quand quelque théorie nouvelle se présente à nous, nous avons bien des motifs de nous en défier, et de considérer qu'avant qu'elle ne soit élaborée, c'était la théorie contraire qui était en vogue : comme elle a été renversée par celle-ci, il pourrait en apparaître dans l'avenir une troisième qui viendrait de même abattre la seconde. Avant que les principes d'Aristote ne fussent mis à l'honneur, d'autres satisfaisaient la raison humaine, comme ceux-ci nous contentent maintenant. Quelles lettres de créance, quel privilège particulier ont-ils pour que le cours de notre invention s'arrête à eux, et qu'en eux nous ayons foi pour les temps à venir ? Ils courent tout autant le risque d'être jetés dehors que leurs devanciers. Quand on me harcèle avec un nouvel argument, je dois considérer que ce à quoi je ne puis m'opposer de façon satisfaisante, un autre y parviendra. Car c'est une grande faiblesse d'esprit que de croire à toutes les apparences dont nous ne parvenons pas à nous défaire. De ce fait, la croyance de tous les gens du commun — et nous sommes tous des gens du commun — serait comme une girouette, car leur âme faible et sans résistance serait sans cesse soumise à telle et telle impression, la dernière effaçant toujours la trace de la précédente. Selon les règles du droit, celui qui se considère comme en état d'infériorité doit en référer à son avocat-conseil, ou s'en remettre aux plus sages que lui, à qui il doit son instruction.

402. Depuis combien de temps la médecine existe-t-elle ? On dit qu'un nouveau venu, qu'on appelle Paracelse, change et bouleverse toutes ses règles anciennes, et prétend que jusqu'ici, elle n'a servi qu'à faire mourir les hommes. Il me semble qu'il démontrera cela facilement ! Mais de là à soumettre ma vie à sa jeune expérience...448 Je trouve que ce ne serait pas très prudent. Il ne faut pas croire n'importe qui, dit le proverbe, car n'importe qui peut dire n'importe quoi. Un homme qui fait profession d'être à l'affût des nouveautés et des transformations dans le domaine des sciences physiques me disait, il n'y a pas si longtemps, que tous les auteurs anciens s'étaient notoirement trompés sur la nature et le mouvement des vents, et qu'il me ferait toucher cela du doigt si je voulais bien l'écouter. Après avoir patiemment écouté ses arguments, qui avaient tous quelque chose de vraisemblable, je lui dis : « Comment faisaient donc ceux qui, suivant les lois de Théophraste, allaient en Occident ? Mettaient-ils le cap sur l'Orient ? Allaient-ils de côté ou à reculons ? — C'est un heureux hasard, me répondit-il, mais de toutes façons, ils se trompaient. » Je lui rétorquai alors que j'aimais mieux m'en remettre aux faits qu'aux raisonnements.

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