Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
1 ... 80 81 82 83 84 85 86 87 88 ... 169
Перейти на страницу:

Que peut nous dire ici la philosophie ? De suivre les lois de notre pays, c'est-à-dire cette mer fluctuante des opinions d'un peuple, ou d'un prince, qui me peindront la justice d'autant de couleurs, et lui donneront autant de visages qu'il y aura en eux de changements de passion ? Je ne puis me contenter d'un jugement aussi flexible. Quelle valeur a cette chose, que je voyais hier en crédit et qui demain ne l'est plus ? Ou que le tracé d'une rivière change en crime ? Quelle vérité est-ce là, qui devient mensonge au-delà des montagnes qui la bornent463 ?

421. Mais ils sont plaisants, ces philosophes quand, pour donner quelque certitude aux lois, ils disent qu'il en est certaines qui sont fermes, perpétuelles, et immuables, et qu'ils nomment naturelles, qui sont inscrites dans le genre humain du fait même de leur essence propre. Et de celles-là, il en est qui en comptent trois, d'autres quatre, les uns plus, les uns moins : signe que c'est là une marque aussi douteuse que le reste ! Or ils sont si malchanceux — car comment appeler, sinon malchance, le fait que dans un nombre infini de lois, on n'en trouve même pas une seule à qui la chance et l'audace du sort aient permis d'être universellement reconnue par tous les peuples ? — ils sont si malchanceux, dis-je, que des trois ou quatre lois qu'ils ont choisies, il n'en est pas une seule qui ne soit désavouée, et pas seulement par un peuple, mais par plusieurs. Et pourtant, l'approbation universelle est bien le seul critère vraisemblable sur lequel fonder l'existence de lois naturelles : car ce que la nature nous aurait vraiment ordonné, nous le suivrions sans aucun doute d'un commun accord. Et c'est non seulement tout peuple, mais tout individu qui ressentirait la force et la violence que lui ferait subir celui qui voudrait le pousser à transgresser cette loi. Qu'ils m'en présentent donc une de ce genre !

422. Pour Protagoras et Ariston il n'y avait pas d'autre essence à la justice des lois que celle de l'autorité et de l'opinion du législateur : cela mis à part, le bon et l'honnête perdaient leurs qualités et n'étaient plus que des noms vains de choses indifférentes. Dans Platon, Trasymaque estime que le droit n'est pas autre chose que ce qui plaît à son supérieur. Il n'y a rien au monde qui soit si varié que les coutumes et les lois. Telle chose qui est ici abominable est estimable ailleurs, comme à Lacédémone, l'adresse mise à voler autrui. Les mariages entre proches sont rigoureusement défendus chez nous, et ils sont à l'honneur ailleurs :

On dit qu'il est des pays où la mère

S'unit à son fils et le père à sa fille,

Et où l'affection familiale est redoublée par l'amour.

[Ovide Les Métamorphoses X, 331]

Le meurtre des enfants, celui des pères, la communauté des femmes, le commerce d'objets volés, la licence en toutes sortes de voluptés — il n'est rien, en somme, de si extrême qui ne soit accepté dans les usages de quelque peuple(464.

423. On peut penser qu'il y a des lois naturelles, comme on le voit chez d'autres créatures, mais que pour nous, elles sont perdues ; c'est que la belle raison humaine se mêle de tout maîtriser et commander, brouillant et mélangeant l'apparence des choses, de par sa vanité et son inconstance. « Rien ne demeure qui soit vraiment nôtre ; ce que j'appelle “nôtre” n'est qu'un effet de l'art». [Cicéron De finibus V, XXI] On voit les choses de divers points de vue et on leur attache plus ou moins d'importance : c'est essentiellement de là que viennent les divergences d'opinions. Un peuple les voit sous un certain jour, un autre sous un autre.

424. Il n'est rien de si horrible à imaginer que de manger son père. Les peuples qui avaient autrefois cette coutume la considéraient toutefois comme un témoignage de piété et de grande affection, et cherchaient par là à donner à leurs géniteurs la sépulture la plus digne et la plus honorable en logeant le corps de leurs pères et leurs reliques en leur propre corps et jusque dans leur moëlle, les vivifiant en quelque sorte, et les régénérant par la transmutation de leur chair vive, en s'en nourrissant et en les digérant. On peut facilement imaginer quelle cruauté et abomination c'eût été pour des gens imprégnés par cette superstition que de jeter la dépouille de leurs parents à pourrir dans la terre et devenir la nourriture des bêtes et des vers !

425. Lycurgue prit en compte dans le fait de voler quelqu'un, d'une part la vivacité, la hardiesse et l'adresse avec lesquels on parvient à soustraire quelque chose à son voisin, et d'autre part l'utilité que cet acte a dans le public, en amenant les gens à se soucier plus de la conservation de ce qui leur appartient. Il estima que cette double éducation : attaquer et se défendre, était utile à la discipline militaire (qui était pour lui la science et la vertu principales, et ce à quoi il voulait amener son peuple), et plus importante encore que le désordre et l'injustice causés par le fait de s'approprier le bien d'autrui. Denys, tyran de Syracuse, offrit à Platon une robe faite à la mode perse, longue, damasquinée et parfumée ; Platon la refusa en disant qu'étant né homme, il n'avait pas envie de se vêtir en femme. Mais Aristippe l'accepta, lui, disant que nul accoutrement ne pouvait corrompre un chaste cœur. Et comme ses amis le morigénaient pour sa lâcheté, parce qu'il avait pris si peu à cœur le fait que Denys lui eût craché au visage, il répondit : « les pêcheurs supportent bien d'être baignés par les flots de la mer, depuis la tête jusqu'aux pieds, pour attraper un goujon ! » Diogène lavait ses choux, et, le voyant passer, lui dit : « Si tu savais vivre de choux, tu ne ferais pas la cour à un tyran. » A quoi Aristippe répondit : « Si tu savais vivre parmi les hommes, tu ne laverais pas de choux465. » Voilà comment la raison peut montrer certaines choses sous des aspects différents : c'est un vase à deux anses, que l'on peut saisir par celle de gauche ou celle de droite466.

C'est la guerre que tu portes, ô terre hospitalière,

Tes chevaux y sont prêts, c'est d'elle qu'ils nous menacent ;

Mais ils furent d'abord à des chars attelés

Et marchèrent sous le joug ;

Il reste donc un espoir pour la paix !

[Virgile Énéide III, 539]

 

426. On disait à Solon de ne pas répandre de larmes impuissantes et inutiles sur la mort de son fils. « C'est bien pour cela, répondit-il, parce qu'elles sont inutiles et impuissantes, que je les verse d'autant plus légitimement. » La femme de Socrate renforçait sa douleur en s'exclamant : « Que ces juges sont méchants de le faire mourir injustement ! » Et lui de répondre : « Aimerais-tu mieux que ce fût justement ? » Nous nous perçons les oreilles ; les Grecs tenaient cela pour une marque de servitude. Nous nous cachons pour faire l'amour avec nos femmes ; les Indiens font cela en public. Les Scythes immolaient les étrangers dans leurs temples ; ailleurs les temples sont des lieux d'asile.

De là viennent les fureurs populaires, de ce que chaque pays

Déteste les dieux de ses voisins, car il pense que les siens

Sont les seuls qui soient les vrais.

[Juvénal Satires XV, v, 37]

1 ... 80 81 82 83 84 85 86 87 88 ... 169
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)