Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Comme toutes les évidences, celle-ci saute aux yeux sans qu’on la voie. Et puis il suffit d’un rien. Il suffit qu’un soir Jeanne allume le poste de télévision et que, dans une nouvelle enquête du commissaire Bourrel, une femme qu’elle connaît bien donne la réplique à Raymond Souplex pour qu’elle s’exclame : « Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! » Cette comédienne s’appelle Claude Gensac. Les deux femmes se sont liées d’amitié depuis 1952, quand Louis tournait La Vie d’un honnête homme de Sacha Guitry. Elles se sont un peu perdues de vue mais elles n’ont pas oublié leurs fous rires à propos des assiduités de Michel Simon émoustillé à l’époque par la jeunesse et le sex-appeal de Claude Gensac alors mariée à Pierre Mondy. En une fraction de seconde, Jeanne bondit de son canapé et elle appelle son mari, occupé dans la pièce voisine à téléphoner à Daniel afin de prendre des nouvelles de Laurent, son premier petit-fils, qui fêtera bientôt ses cinq ans[349]. Jeanne l’interrompt dans sa conversation : « Loulou, je crois que j’ai trouvé ta femme de cinéma ! » Louis juge l’idée judicieuse et, quelques jours plus tard, le couple va voir Claude Gensac au Théâtre du Palais-Royal où elle joue La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau. À l’issue de la représentation, Louis et Jeanne lui font part de leurs intentions. Bien qu’un peu inquiète d’avoir à tenir pour la première fois un rôle aussi important au cinéma, la comédienne ne peut qu’accepter. D’ailleurs, elle n’aura pas de mots assez aimables pour dire sa reconnaissance à Jeanne de Funès qui « m’a fait entièrement confiance. […] J’aime et j’admire sa force, sa sagesse, sans oublier sa finesse et sa subtilité. Elle savait qu’avec moi, au contraire d’autres que je ne nommerai pas, elle n’avait aucune crainte à avoir, d’aucune sorte que ce soit[350] ». Une affirmation confirmée par Patrick de Funès qui note : « Elle était ce qu’on appelle familièrement une bonne copine. Jamais elle ne se serait prise pour Mme de Funès en studio ni hors plateau[351] ». Maintenant qu’il a trouvé sa « femme », la distribution d’Oscar étant au complet, Louis peut se mettre au travail de réécriture et de découpage du scénario avec Édouard Molinaro.
En ce début décembre, Louis doit encore assurer la promotion de La Grande Vadrouille en accordant ici et là quelques interviews au cours desquelles, comme Bourvil et Gérard Oury, il se contente de raconter une partie de l’intrigue et d’y aller de quelques anecdotes. Côté publicité, Robert Dorfmann a vu les choses en grand, la parution d’un roman-photo dans Le Parisien libéré, des affiches dans le métro, sur les colonnes Morris, etc. Impossible d’ignorer la sortie de ce film qui s’annonce comme un événement majeur. Un événement qu’il s’agit de célébrer en grande pompe le jeudi 8 décembre 1966 au Gaumont-Ambassade. Pour ce soir de première, nœuds papillons et robes longues sont de rigueur. Louis et Jeanne sont venus accompagnés de leurs fils. Bourvil a fait de même. Gérard Oury est au bras de Michèle Morgan. Dans la salle, il ne manque quasiment personne des bottins mondain et artistique. Au hasard des fauteuils se côtoient Yvon Bourges, le secrétaire d’État chargé de l’Information, les académiciens Marcel Achard et Marcel Pagnol, les comédiens Yves Montand, Lino Ventura, Robert Hossein, Pierre Brasseur, Raymond Rouleau, Eddie Constantine, Bernard Blier…, les comédiennes Edwige Feuillère, Dany Carrel, Simone Signoret, Candice Bergen, Françoise Fabian…, les réalisateurs Henri Verneuil, François Reichenbach…, les chanteuses Dalida, Annie Cordy, Catherine Sauvage… Bref, que du beau monde parmi les cinq cents invités, sans oublier la présence de l’acteur américain Robert Stack, le célèbre Eliot Ness du feuilleton Les Incorruptibles, venu à Paris pour préparer le prochain tournage du Soleil des voyous de Jean Delannoy avec Jean Gabin. Après les cent vingt minutes de projection pendant lesquelles les rires ont fusé, c’est un tonnerre d’applaudissements. Pas loin d’une demi-heure d’ovation pour Oury, Bourvil et de Funès. Du « jamais vu », aux dires des échotiers dont l’un souligne que « Bourvil et de Funès mirent près de trente minutes à la fin du spectacle pour remonter les quatorze rangs de fauteuils qui les séparaient de la sortie[352] ». Le pari de Robert Dorfmann qui affirmait : « Faire rire de plus en plus, c’est notre ambition. Faire rire tout le monde, les grands, les petits », semble largement gagné. Reste à venir le verdict de la presse et, surtout, celui du public.
349
Laurent de Funès est né le 29 décembre 1961.
350
Claude Gensac in Ma biche… c’est vite dit !, Éditions Michel Lafon (2005), p. 181.
351
Patrick de Funès, op. cit., p. 53.
352
Pierre Billard in L’Express daté du 15 décembre 1966.