Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
À midi, Tom Kindle et Chuck Makepeace arrivèrent dans la Nissan de Chuck. Tous trois, au nom du comité, se rendirent au château d’eau municipal à la sortie nord-est de la ville.
Près du haut réservoir, le bassin d’épuration, vieille bâtisse blanche implantée sur une pelouse verte, évoqua à Matt le temple de quelque religion perdue.
Les trois hommes, assis dans la voiture, observaient le bâtiment. Kindle buvait de longues gorgées de Coca. À eux trois ils représentaient le sous-comité des services publics, et leur tâche consistait à faire un rapport sur la condition de l’eau et des ressources énergétiques du comté. En commençant par le château d’eau. Mais sur le moment, personne ne semblait désireux de quitter l’habitacle confortable et sécurisant de la voiture.
Chacun d’eux avait récemment été échaudé. Kindle, pas plus tard que la veille, avait trouvé une peau humaine sur l’azalée de son jardin. Makepeace avait fait une découverte similaire sur le perron de son voisin. Et Matt, encore tourmenté par la visite de Rachel, la veille, craignait de ne plus jamais la revoir. Ou, pire, de la revoir sous une apparence défiant toute identification.
Mais aucun ne souhaitait s’exprimer sur ces angoisses communes.
La pluie de la nuit avait levé une brume blanchâtre. Le bassin d’épuration attendait patiemment dans son écrin de verdure.
— Vous avez vu La Machine à remonter le temps ? demanda Kindle.
— Non, répondit Makepeace.
— Dans le film, la machine est transportée dans un vieux bâtiment où les Voyageurs du Temps ne peuvent pas la trouver. Les Morlocks la gardent. Des êtres affreux et méchants. Ils se sont enfermés dans le bâtiment.
— Où voulez-vous en venir ? s’enquit Makepeace, mal à l’aise.
Makepeace, ex-membre du conseil municipal et ex-clerc du cabinet de notaire le plus prestigieux de Buchanan, persistait à porter cravate et costume trois-pièces. Matt voyait dans cette attitude le signe d’une névrose profondément ancrée, mais, dans la mesure où personne ne lui demandait son opinion, il la gardait bien évidemment pour lui.
— Un bâtiment comme celui-ci, poursuivit Kindle en soulevant sa boîte de Coca en direction du bassin. C’est drôle, tout de même, ce qui passait dans la tête des architectes, il y a cinquante ans. On a l’impression qu’il faudrait porter une toge, pour entrer là-dedans.
— J’y suis allé, une fois, dit Matt. Avec l’école. Il y a bien vingt-cinq ans de ça.
— Ah oui ? dit Kindle. Et à quoi ça ressemble, à l’intérieur ?
— Si ma mémoire est bonne, il y a deux réservoirs d’épuration avec une allée au milieu. Je me souviens des énormes tuyaux et des valves.
— Vous avez une idée de leur fonctionnement ?
— Aucune.
Makepeace éclata d’un rire nerveux.
— Ça signe bien le ridicule de notre expédition. On ne sait même pas ce qu’on cherche et même si on le trouve, on ne saura pas quoi en faire.
— Pas nécessairement, rétorqua Kindle. Si tout a l’air de marcher normalement, on pourra annoncer aux autres qu’ils peuvent continuer à se servir de leurs robinets. Par contre, si tout est inondé et que les conduits sont foutus, on n’aura plus qu’à mettre des gamelles sur nos toits et à prier pour faire venir la pluie.
— Alors allons-y… si vous avez fini votre Coca.
Kindle avala la dernière gorgée et jeta la boîte vide sur le siège arrière.
— Hé ! protesta Makepeace. Ma voiture n’est pas une poubelle. Ça tache, le Coca !
Kindle haussa les épaules.
— Vous aurez qu’à prendre une nouvelle voiture.
Kindle avait apporté une barre de fer. Il y avait de fortes chances pour que le bassin d’épuration soit fermé et personne ne savait où étaient passées les personnes chargées de l’entretien – et encore moins les clés. Toutefois, le problème ne se posa pas ; ils trouvèrent les portes du bâtiment entrouvertes.
À l’intérieur, le noir. Comme si la nuit s’était tout entière réfugiée là.
Personne ne se porta volontaire pour ouvrir la porte toute grande. Matt n’en avait aucune envie. Le bourdonnement sourd de la machinerie lui évoquait les battements de cœur de quelque monstre vicieusement tapi dans l’ombre.
— Ça faisait déjà le même bruit ? demanda Kindle.
— Peut-être, dit Matt. Mais j’avais dix ans quand je suis venu ici. Ça a pu changer, depuis.
En son for intérieur, toutefois, sa réponse était autre. Il n’y avait pas eu de bruit ; il s’en souvenait distinctement parce qu’il avait été frappé par le silence qui régnait dans le bassin, justement.
— Je serais pas étonné de trouver des Morlocks là-dedans, remarqua Kindle.
— Oh bon sang ! s’exclama Makepeace, conjurant sa propre peur. Ouvrez cette porte, enfin !
Matt la tira vers lui. Un air humide assaillit leurs narines.
Aucune lumière ne filtrait dans la grande salle dépourvue de fenêtres. Matt se souvenait des rampes électriques au plafond. Aucune ne fonctionnait.
— J’ai une lampe-torche dans la voiture, dit Makepeace.
— Eh bien, allez la chercher, répondit Kindle.
Makepeace courut jusqu’à la Nissan tandis que Matt et Kindle effectuaient quelques pas prudents à l’intérieur. Pas un mot ne fut prononcé avant le retour de Makepeace et de sa lampe.
Le rayon lumineux sonda l’obscurité.
Matt ne reconnut pas l’endroit qu’il avait visité avec sa classe. Ce qui, à l’époque, avait été une vaste tuyauterie de cuivre se présentait désormais comme un fouillis de conduits fibreux, de canalisations aussi épaisses et emmêlées que des racines de mangrove poussant à la faveur de la chaleur et l’humidité de serre ambiante. Au sol, un dôme noir, telle une énorme pieuvre, pulsait sourdement, raccordé par un réseau d’artères métalliques aux réservoirs de filtrage.
C’était de ce dôme que provenait le battement rythmique, cardiaque, du bâtiment.
Et l’odeur qui régnait dans la salle… C’était peut-être le pire, songeait Matt. Non qu’elle eût été désagréable. Mais sa nature totalement inconnue faisait dresser les cheveux sur la tête. Aussi pénétrante que la muscade et aussi riche que l’humus d’un sous-bois humide.
Les trois hommes reprirent en silence le chemin de Buchanan.
Chuck Makepeace garda les mains crispées sur le volant, sans desserrer les dents, jusqu’au centre de Buchanan. La petite Nissan rebondissait sur les routes défoncées par les rigueurs de l’hiver.
— Je voudrais quand même bien savoir ce que ça fait là-dedans, dit finalement Kindle.
— À mon avis, répondit Matt, c’est pour filtrer et pomper l’eau. Rien de plus. Il n’y a plus assez de personnes pour s’occuper des services vitaux, et les Voyageurs ont produit cette machine pour s’en charger. Si on va voir la compagnie d’électricité, je suis prêt à parier qu’on trouvera quelque chose de similaire pour faire fonctionner le réseau local en connexion avec la centrale.
— Mais pourquoi est-ce qu’ils s’inquiètent tant de Buchanan ?
— Je ne pense pas que nous soyons les seuls concernés. S’ils s’occupent des services publics de Buchanan, ils doivent faire la même chose pour toutes les autres villes.
Le barrage de Hoover, celui de Grand Coulee, toutes les usines nucléaires, tous les petits miracles technologiques de la civilisation. Matt imaginait les machines noires tentaculaires contrôlant les énormes turbines. Personne n’était venu installer ces engins ; ils avaient tout simplement poussé, comme des champignons.
— Matthew, vous croyez que toute notre eau passe à travers cet engin ?
— Ça en a tout l’air.