Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
L'assommoir - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

L'assommoir

Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:

L'assommoir
1 ... 75 76 77 78 79 80 81 82 83 ... 116
Перейти на страницу:

-Vous mangerez un morceau avec nous, dit Gervaise a madame Lerat et a madame Lorilleux, lorsqu'elles reparurent. Nous sommes trop tristes, nous ne nous quitterons pas.

On mit le couvert sur l'etabli. Chacun, en voyant les assiettes, songeait aux gueuletons qu'on avait faits la. Lantier etait de retour. Lorilleux descendit. Un patissier venait d'apporter une tourte, car la blanchisseuse n'avait pas la tete a s'occuper de cuisine. Comme on s'asseyait, Boche entra dire que M. Marescot demandait a se presenter, et le proprietaire se presenta, tres grave, avec sa large decoration sur sa redingote. Il salua en silence, alla droit au cabinet, ou il s'agenouilla. Il etait d'une grande piete; il pria d'un air recueilli de cure, puis traca une croix en l'air, en aspergeant le corps avec la branche de buis. Toute la famille, qui avait quitte la table, se tenait debout, fortement impressionnee. M. Marescot, ayant acheve ses devotions, passa dans la boutique et dit aux Coupeau:

-Je suis venu pour les deux loyers arrieres. Etes-vous en mesure?

-Non, monsieur, pas tout a fait, balbutia Gervaise, tres contrariee d'entendre parler de ca devant les Lorilleux. Vous comprenez, avec le malheur qui nous arrive...

-Sans doute, mais chacun a ses peines, reprit le proprietaire en elargissant ses doigts immenses d'ancien ouvrier. Je suis bien fache, je ne puis attendre davantage... Si je ne suis pas paye apres-demain matin, je serai force d'avoir recours a une expulsion.

Gervaise joignit les mains, les larmes aux yeux, muette et l'implorant. D'un hochement energique de sa grosse tete osseuse, il lui fit comprendre que les supplications etaient inutiles. D'ailleurs, le respect du aux morts interdisait toute discussion. Il se retira discretement, a reculons.

-Mille pardons de vous avoir deranges, murmura-t-il. Apres-demain matin, n'oubliez pas.

Et, comme en s'en allant il passait de nouveau devant le cabinet, il salua une derniere fois le corps d'une genuflexion devote, a travers la porte grande ouverte.

On mangea d'abord vite, pour ne pas paraitre y prendre du plaisir. Mais, arrive au dessert, on s'attarda, envahi d'un besoin de bien-etre. Par moments, la bouche pleine, Gervaise ou l'une des deux soeurs se levait, allait jeter un coup d'oeil dans le cabinet, sans meme lacher sa serviette; et quand elle se rasseyait, achevant sa bouchee, les autres la regardaient une seconde, pour voir si tout marchait bien, a cote. Puis, les dames se derangerent moins souvent, maman Coupeau fut oubliee. On avait fait un baquet de cafe, et du tres-fort, afin de se tenir eveille toute la nuit. Les Poisson vinrent sur les huit heures. On les invita a en boire un verre. Alors, Lantier, qui guettait le visage de Gervaise, parut saisir une occasion attendue par lui depuis le matin. A propos de la salete des proprietaires qui entraient demander de l'argent dans les maisons ou il y avait un mort, il dit brusquement:

-C'est un jesuite, ce salaud, avec son air de servir la messe!... Mais, moi, a votre place, je lui planterais la sa boutique.

Gervaise, ereintee de fatigue, molle et enervee, repondit en s'abandonnant:

-Oui, bien sur, je n'attendrai pas les hommes de loi.... Ah! j'en ai plein le dos, plein le dos. Les Lorilleux, jouissant a l'idee que la Banban n'aurait plus de magasin, l'approuverent beaucoup. On ne se doutait pas de ce que coutait une boutique. Si elle ne gagnait que trois francs chez les autres, au moins elle n'avait pas de frais, elle ne risquait pas de perdre de grosses sommes. Ils firent repeter cet argument-la a Coupeau, en le poussant; il buvait beaucoup, il se maintenait dans un attendrissement continu, pleurant tout seul dans son assiette. Comme la blanchisseuse semblait se laisser convaincre, Lantier cligna les yeux, en regardant les Poisson. Et la grande Virginie intervint, se montra tres aimable.

-Vous savez, on pourrait s'entendre. Je prendrais la suite du bail, j'arrangerais votre affaire avec le proprietaire... Enfin, vous seriez toujours plus tranquille.

-Non, merci, declara Gervaise, qui se secoua, comme prise d'un frisson. Je sais ou trouver les termes, si je veux. Je travaillerai; j'ai mes deux bras, Dieu merci! pour me tirer d'embarras.

-On causera de ca plus tard, se hata de dire le chapelier. Ce n'est pas convenable, ce soir... Plus tard, demain, par exemple.

A ce moment, madame Lerat, qui etait allee dans le cabinet, poussa un leger cri. Elle avait eu peur, parce qu'elle avait trouve la chandelle eteinte, brulee jusqu'au bout. Tout le monde s'occupa a en rallumer une autre; et l'on hochait la tete, en repetant que ce n'etait pas bon signe, quand la lumiere s'eteignait aupres d'un mort.

La veillee commenca. Coupeau s'etait allonge, pas pour dormir, disait-il, pour reflechir; et il ronflait cinq minutes apres. Lorsqu'on envoya Nana coucher chez les Boche, elle pleura; elle se regalait depuis le matin, a l'espoir d'avoir bien chaud dans le grand lit de son bon ami Lantier. Les Poisson resterent jusqu'a minuit. On avait fini par faire du vin a la francaise, dans un saladier, parce que le cafe donnait trop sur les nerfs de ces dames. La conversation tournait aux effusions tendres. Virginie parlait de la campagne: elle aurait voulu etre enterree au coin d'un bois avec des fleurs des champs sur sa tombe. Madame Lerat gardait deja, dans son armoire, le drap pour l'ensevelir, et elle le parfumait toujours d'un bouquet de lavande; elle tenait a avoir une bonne odeur sous le nez, quand elle mangerait les pissenlits par la racine. Puis, sans transition, le sergent de ville raconta qu'il avait arrete une grande belle fille le matin, qui venait de voler dans la boutique d'un charcutier; en la deshabillant chez le commissaire, on lui avait trouve dix saucissons pendus autour du corps, devant et derriere. Et, madame Lorilleux ayant dit d'un air de degout qu'elle n'en mangerait pas, de ces saucissons-la, la societe s'etait mise a rire doucement. La veillee s'egaya, en gardant les convenances.

Mais comme on achevait le vin a la francaise, un bruit singulier, un ruissellement sourd, sortit du. cabinet. Tous leverent la tete, se regarderent.

-Ce n'est rien, dit tranquillement Lantier, en baissant la voix. Elle se vide.

L'explication fit hocher la tete, d'un air rassure, et la compagnie reposa les verres sur la table.

Enfin, les Poisson se retirerent. Lantier partit avec eux: il allait chez un ami, disait-il, pour laisser son lit aux dames, qui pourraient s'y reposer une heure, chacune a son tour. Lorilleux monta se coucher tout seul, en repetant que ca ne lui etait pas arrive depuis son mariage. Alors, Gervaise et les deux soeurs, restees avec Coupeau endormi, s'organiserent aupres du poele, sur lequel elles tinrent du cafe chaud. Elles etaient, la, pelotonnees, pliees en deux, les mains sous leur tablier, le nez au-dessus du feu, a causer tres bas, dans le grand silence du quartier. Madame Lorilleux geignait: elle n'avait pas de robe noire, elle aurait pourtant voulu eviter d'en acheter une, car ils etaient bien genes, bien genes; et elle questionna Gervaise, demandant si maman Coupeau ne laissait pas une jupe noire, cette jupe qu'on lui avait donnee pour sa fete. Gervaise dut aller chercher la jupe. Avec un pli a la taille, elle pourrait servir. Mais madame Lorilleux voulait aussi du vieux linge, parlait du lit, de l'armoire, des deux chaises, cherchait des yeux les bibelots qu'il fallait partager. On manqua se facher. Madame Lerat mit la paix; elle etait plus juste: les Coupeau avaient eu la charge de la mere, ils avaient bien gagne ses quatre guenilles. Et, toutes trois, elles s'assoupirent de nouveau au-dessus du poele, dans des ragots monotones. La nuit leur semblait terriblement longue. Par moments, elles se secouaient, buvaient du cafe, allongeaient la tete dans le cabinet, ou la chandelle, qu'on ne devait pas moucher, brulait avec une flamme rouge et triste, grossie par les champignons charbonneux de la meche. Vers le matin, elles grelottaient, malgre la forte chaleur du poele. Une angoisse, une lassitude d'avoir trop cause, les suffoquaient, la langue seche, les yeux malades. Madame Lerat se jeta sur le lit de Lantier et ronfla comme un homme; tandis que les deux autres, la tete tombee et touchant les genoux, dormaient devant le feu. Au petit jour, un frisson les reveilla. La chandelle de maman Coupeau venait encore de s'eteindre. Et, comme, dans l'obscurite, le ruissellement sourd recommencait, madame Lorilleux donna l'explication a voix haute, pour se tranquilliser elle-meme.

1 ... 75 76 77 78 79 80 81 82 83 ... 116
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)