Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
L'assommoir - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

L'assommoir

Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:

L'assommoir
1 ... 72 73 74 75 76 77 78 79 80 ... 116
Перейти на страницу:

Oui, Coupeau et Lantier l'usaient, c'etait le mot; ils la brulaient par les deux bouts, comme on dit de la chandelle. Bien sur, le zingueur manquait d'instruction; mais le chapelier en avait trop, ou du moins il avait une instruction comme les gens pas propres ont une chemise blanche avec de la crasse par-dessous. Une nuit, elle reva qu'elle etait au bord d'un puits; Coupeau la poussait d'un coup de poing, tandis que Lantier lui chatouillait les reins pour la faire sauter plus vite. Eh bien! ca ressemblait a sa vie. Ah! elle etait a bonne ecole, ca n'avait rien d'etonnant, si elle s'avachissait. Les gens du quartier ne se montraient guere justes, quand ils lui reprochaient les vilaines facons qu'elle prenait, car son malheur ne venait pas d'elle. Parfois, lorsqu'elle reflechissait, un frisson lui courait sur la peau. Puis, elle pensait que les choses auraient pu tourner plus mal encore. Il valait mieux avoir deux hommes, par exemple, que de perdre les deux bras. Et elle trouvait sa position naturelle, une position comme il y en a tant; elle tachait de s'arranger la dedans un petit bonheur. Ce qui prouvait combien ca devenait popote et bonhomme, c'etait qu'elle ne detestait pas plus Coupeau que Lantier. Dans une piece, a la Gaite, elle avait vu une garce qui abominait son mari et l'empoisonnait, a cause de son amant; et elle s'etait fachee, parce qu'elle ne sentait rien de pareil dans son coeur. Est-ce qu'il n'etait pas plus raisonnable de vivre en bon accord tous les trois? Non, non, pas de ces betises-la; ca derangeait la vie, qui n'avait deja rien de bien drole. Enfin, malgre les dettes, malgre la misere qui les menacait, elle se serait declaree tres tranquille, tres contente, si le zingueur et le chapelier l'avaient moins echinee et moins engueulee.

Vers l'automne, malheureusement, le menage se gata encore. Lantier pretendait maigrir, faisait un nez qui s'allongeait chaque jour. Il renaudait a propos de tout, renaclait sur les potees de pommes de terre, une ratatouille dont il ne pouvait pas manger, disait-il, sans avoir des coliques. Les moindres bisbilles, maintenant, finissaient par des attrapages, ou l'on se jetait la debine de la maison a la tete; et c'etait le diable pour se rabibocher, avant d'aller pioncer chacun dans son dodo. Quand il n'y a plus de son, les anes se battent, n'est-ce pas? Lantier flairait la panne; ca l'exasperait de sentir la maison deja mangee, si bien nettoyee, qu'il voyait le jour ou il lui faudrait prendre son chapeau et chercher ailleurs la niche et la patee. Il etait bien accoutume a son trou, ayant pris la ses petites habitudes, dorlote par tout le monde; un vrai pays de cocagne, dont il ne remplacerait jamais les douceurs. Dame! on ne peut pas s'etre empli jusqu'aux oreilles et avoir encore les morceaux sur son assiette. Il se mettait en colere contre son ventre, apres tout, puisque la maison a cette heure etait dans son ventre. Mais il ne raisonnait point ainsi; il gardait aux autres une fiere rancune de s'etre laisse rafaler en deux ans. Vrai, les Coupeau n'etaient guere rables. Alors, il cria que Gervaise manquait d'economie. Tonnerre de Dieu! qu'est-ce qu'on allait devenir? Juste les amis le lachaient, lorsqu'il etait sur le point de conclure une affaire superbe, six mille francs d'appointements dans une fabrique, de quoi mettre toute la petite famille dans le luxe.

En decembre, un soir, on dina par coeur. Il n'y avait plus un radis. Lantier, tres sombre, sortait de bonne heure, battait le pave pour trouver une autre cambuse, ou l'odeur de la cuisine deridat les visages. Il restait des heures a reflechir, pres de la mecanique. Puis, tout d'un coup, il montra une grande amitie pour les Poisson. Il ne blaguait plus le sergent de ville en l'appelant Badingue, allait jusqu'a lui conceder que l'empereur etait un bon garcon, peut-etre. Il paraissait surtout estimer Virginie, une femme de tete, disait-il, et qui saurait joliment mener sa barque. C'etait visible, il les pelotait. Meme on pouvait croire qu'il voulait prendre pension chez eux. Mais il avait une caboche a double fond, beaucoup plus compliquee que ca. Virginie lui ayant dit son desir de s'etablir marchande de quelque chose, il se roulait devant elle, il declarait ce projet-la tres fort. Oui, elle devait etre batie pour le commerce, grande, avenante, active. Oh! elle gagnerait ce qu'elle voudrait. Puisque l'argent etait pret depuis longtemps, l'heritage d'une tante, elle avait joliment raison de lacher les quatre robes qu'elle baclait par saison, pour se lancer dans les affaires; et il citait des gens en train de realiser des fortunes, la fruitiere du coin de la rue, une petite marchande de faience du boulevard exterieur; car le moment etait superbe, on aurait vendu les balayures des comptoirs. Cependant, Virginie hesitait; elle cherchait une boutique a louer, elle desirait ne pas quitter le quartier. Alors, Lantier l'emmena dans les coins, causa tout bas avec elle pendant des dix minutes. Il semblait lui pousser quelque chose de force, et elle ne disait plus non, elle avait l'air de l'autoriser a agir. C'etait comme un secret entre eux, avec des clignements d'yeux, des mots rapides, une sourde machination qui se trahissait jusque dans leurs poignees de mains. Des ce moment, le chapelier, en mangeant son pain sec, guetta les Coupeau de son regard en dessous, redevenu tres parleur, les etourdissant de ses jeremiades continues. Toute la journee, Gervaise marchait dans cette misere qu'il etalait complaisamment. Il ne parlait pas pour lui, grand Dieu! Il creverait la faim avec les amis tant qu'on voudrait. Seulement, la prudence exigeait qu'on se rendit compte au juste de la situation. On devait pour le moins cinq cents francs dans le quartier, au boulanger, au charbonnier, a l'epicier et aux autres. De plus, on se trouvait en retard de deux termes, soit encore deux cent cinquante francs; le proprietaire, M. Marescot, parlait meme de les expulser, s'ils ne le payaient pas avant le 1er janvier. Enfin, le Mont-de-Piete avait tout pris, on n'aurait pas pu y porter pour trois francs de bibelots, tellement le lavage du logement etait serieux; les clous restaient aux murs, pas davantage, et il y en avait bien deux livres de trois sous. Gervaise, empetree la dedans, les bras casses par cette addition, se fachait, donnait des coups de poing sur la table, ou bien finissait par pleurer comme une bete. Un soir, elle cria:

-Je file demain, moi!... J'aime mieux mettre la clef sous la porte et coucher sur le trottoir, que de continuer a vivre dans des transes pareilles.

-Il serait plus sage, dit sournoisement Lantier, de ceder le bail, si l'on trouvait quelqu'un... Lorsque vous serez decides tous les deux a lacher la boutique...

Elle l'interrompit avec plus de violence:

-Mais tout de suite, tout de suite!... Ah! je serais joliment debarrassee!

Alors, le chapelier se montra tres pratique. En cedant le bail, on obtiendrait sans doute du nouveau locataire les deux termes en retard. Et il se risqua a parler des Poisson, il rappela que Virginie cherchait un magasin; la boutique lui conviendrait peut-etre. Il se souvenait a present de lui en avoir entendu souhaiter une toute semblable. Mais la blanchisseuse, au nom de Virginie, avait subitement repris son calme. On verrait; on parlait toujours de planter la son chez soi dans la colere, seulement la chose ne semblait pas si facile, quand on reflechissait.

Les jours suivants, Lantier eut beau recommencer ses litanies, Gervaise repondait qu'elle s'etait vue plus bas et s'en etait tiree. La belle avance, lorsqu'elle n'aurait plus sa boutique! Ca ne lui donnerait pas du pain. Elle allait, au contraire, reprendre des ouvrieres et se faire une nouvelle clientele. Elle disait cela pour se debattre contre les bonnes raisons du chapelier, qui la montrait par terre, ecrasee sous les frais, sans le moindre espoir de remonter sur sa bete. Mais il eut la maladresse de prononcer encore le nom de Virginie, et elle s'enteta alors furieusement. Non, non, jamais! Elle avait toujours doute du coeur de Virginie; si Virginie ambitionnait la boutique, c'etait pour l'humilier. Elle l'aurait cedee peut-etre a la premiere femme dans la rue, mais pas a cette grande hypocrite qui attendait certainement depuis des annees de lui voir faire le saut. Oh! ca expliquait tout. Elle comprenait a present pourquoi des etincelles jaunes s'allumaient dans les yeux de chat de cette margot. Oui, Virginie gardait sur la conscience la fessee du lavoir, elle mijotait sa rancune dans la cendre. Eh bien, elle agirait prudemment en mettant sa fessee sous verre, si elle ne voulait pas en recevoir une seconde. Et ca ne serait pas long, elle pouvait appreter son petard. Lantier, devant ce debordement de mauvaises paroles, remoucha d'abord Gervaise; il l'appela tete de pioche, boite a ragots, madame Petesec, et s'emballa au point de traiter Coupeau lui-meme de pedzouille, en l'accusant de ne pas savoir faire respecter un ami par sa femme. Puis, comprenant que la colere allait tout compromettre, il jura qu'il ne s'occuperait jamais plus des histoires des autres, car on en est trop mal recompense; et il parut, en effet, ne pas pousser davantage a la cession du bail, guettant une occasion pour reparler de l'affaire et decider la blanchisseuse.

1 ... 72 73 74 75 76 77 78 79 80 ... 116
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)