Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Ceux-l� n'ont d�couvert que les individus. Et certes, il est bon que les individus prosp�rent et se nourrissent et s'habillent et ne souffrent point exag�r�ment. Mais ils meurent dans l'essentiel et ne sont plus que pierres en vrac si tu ne fondes pas dans ton empire un c�r�monial des hommes.
Car autrement l'homme n'est plus rien. Et tu ne pleureras pas plus ton fr�re, s'il meurt, que le chien quand l'autre de la m�me port�e se noie. Mais tu ne tireras point de joie non plus du retour de ton fr�re. Car le retour du fr�re doit �tre d'un temple qui s'embellit, et la mort du fr�re un �boulement dans le temple.
Et chez les r�fugi�s berb�res je n'ai point observ� que l'on pleur�t les morts.
Comment saurai-je te d�montrer ce que je cherche? Il ne s'agit plus d'un objet qui parle aux sens mais � l'esprit. Ne me demande point de justifier le c�r�monial que j'impose. La logique est de l'�tage des objets et non de celui du n�ud qui les noue. Ici je n'ai plus de langage.
Tu les as vues, les chenilles sans yeux s'acheminer vers la lumi�re ou faire l'ascension de l'arbre. Et toi qui les observes en homme, tu te formules ce vers quoi elles tendent. Tu conclus: �Lumi�re� ou �Sommet�. Mais elles l'ignorent. Ainsi si tu re�ois quelque chose de ma cath�drale, de mon ann�e, de mon visage, de ma patrie, voil� ta v�rit� et peu m'importe ton vent de paroles qui n'est bon que pour les objets. Tu es chenille. Tu ne con�ois point ce que tu cherches.
Si donc de ma cath�drale, de mon ann�e, de mon empire tu sors embelli, sanctifi� ou nourri de quelque invisible nourriture, je me dirai: �Voici une belle cath�drale pour hommes. Une belle ann�e. Un bel empire.� M�me si je ne sais point d'o� consid�rer pour savoir la cause.
J'ai simplement, comme la chenille, trouv� quelque chose qui est pour moi. Ainsi d'un aveugle en hiver qui cherche le feu avec ses paumes. Et il le trouve. Et il pose son b�ton et s'assied aupr�s, les jambes en croix. Bien qu'il ne sache rien du feu, � la fa�on dont tu sais quelque chose, toi qui vois. Il a trouv� la v�rit� de son corps, car tu l'observeras qui ne changera plus de place.
Et si tu reproches � ma v�rit� de n'�tre point une v�rit�, je te raconterai la mort du seul g�om�tre v�ritable, mon ami, qui, comme il s'appr�tait de mourir, me pria de l'assister.
CXXVI
Je m'en vins donc � lui de mes pas lents car je l'aimais.
�G�om�tre, mon ami, je prierai Dieu pour toi.�
Mais il �tait las, ayant souffert.
�Ne t'inqui�te point pour mon corps. J'ai la jambe morte et le bras mort et me voici comme un vieil arbre. Laisse faire le b�cheron�
��Tu ne regrettes rien, g�om�tre?
��Que regretterais-je? J'ai le souvenir d'un bras valide et d'une jambe valide. Mais toute la vie est naissance. Et l'on s'adopte tel que l'on est. As-tu jamais regrett� ta premi�re enfance, tes quinze ans ou ton �ge m�r? Ces regrets-l� sont regrets de mauvais po�te. Il n'est point l� regret, mais douceur de la m�lancolie, laquelle n'est point souffrance, mais parfum dans le vase d'une liqueur �vapor�e. Certes ton �il, le jour o� tu le perds, tu te lamentes car toute mue est douloureuse. Mais il n'est point de path�tique � se promener dans la vie avec un seul �il. Et j'ai vu rire les aveugles.
��On peut se souvenir de son bonheur�
��Et o� vois-tu qu'il y ait l� souffrance? Certes, j'ai vu celui-l� souffrir du d�part de celle qu'il aimait et qui �tait pour lui sens des jours, des heures et des choses. Car croulait son temple. Mais je n'ai point vu souffrir cet autre qui ayant connu l'exaltation de l'amour, puis ayant cess� d'aimer, a perdu le foyer de ses joies. Et il en est de m�me de celui qui �tait �mu par le po�me puis que le po�me ennuie. O� vois-tu qu'il souffre? C'est l'esprit qui dort et l'homme n'est plus. Car l'ennui n'est point le regret. Le regret de l'amour c'est toujours l'amour� et s'il n'est plus d'amour il n'est point de regret de l'amour. Tu ne rencontres plus que cet ennui qui est de l'�tage des choses car elles n'ont rien � te donner. Les mat�riaux de ma vie ou bien ils s'effondrent dans l'instant que leur clef de vo�te s'en va et c'est la souffrance de la mue et comment la conna�trais-je? Puisque c'est maintenant seulement que m'appara�t la clef de vo�te v�ritable et la v�ritable signification et qu'ils n'ont jamais eu plus de sens qu'ils n'en ont. Et comment conna�trais-je l'ennui puisqu'il est basilique construite et achev�e et enfin �clair�e pour mes yeux?
��G�om�tre, que me dis-tu l�! La m�re peut se lamenter sur le souvenir de l'enfant mort.
��Certes dans l'instant o� il s'en va. Car les choses perdent leur sens. Le lait monte � la m�re et il n'est plus d'enfant. Te p�se la confidence qui est destin�e � la bien-aim�e et il n'est plus de bien-aim�e. Et si te voil� d'un domaine vendu et dispers� que feras-tu de l'amour du domaine? C'est l'heure de la mue laquelle est toujours douloureuse. Mais tu te trompes, car les mots embrouillent les hommes. Vient l'heure o� les choses anciennes re�oivent leur sens et qui �tait de te faire devenir. Vient l'heure o� tu te sens enrichi d'avoir autrefois aim�. Et c'est la m�lancolie laquelle est douce. Vient l'heure o� la m�re ayant vieilli est de visage plus �mouvant et de c�ur mieux �clair�, bien qu'elle n'ose avouer, tant elle a peur aussi des mots, que lui est doux le souvenir de l'enfant mort. As-tu jamais entendu une m�re te dire qu'elle e�t pr�f�r� ne point le conna�tre, ne point l'allaiter, ne point le ch�rir?�
Le g�om�tre s'�tant tu longtemps me dit encore: �Ainsi ma vie bien rang�e en arri�re me devient aujourd'hui d�j� souvenir�
��Ah! g�om�tre mon ami, dis-moi la v�rit� qui te fait cette �me sereine�
��Conna�tre une v�rit�, peut-�tre n'est-ce que la voir en silence. Conna�tre la v�rit�, c'est peut-�tre avoir droit enfin au silence �ternel. J'ai coutume de dire que l'arbre est vrai, lequel est une certaine relation entre ses parties. Puis la for�t laquelle est une certaine relation entre les arbres. Puis le domaine lequel est une certaine relation entre les arbres et les plaines et autres mat�riaux du domaine. Puis de l'empire lequel est une certaine relation entre les domaines et les villes et autres mat�riaux des empires. Puis de Dieu lequel est une relation parfaite entre les empires et quoi que ce soit dans le monde. Dieu est aussi vrai que l'arbre, bien que plus difficile � lire. Et je n'ai plus de questions � poser.�
Il r�fl�chit:
�Je ne connais point d'autre v�rit�. Je ne connais que des structures qui plus ou moins me sont commodes pour dire le monde. Mais��
Il se tut longtemps cette fois et je n'osai point l'interrompre:
�Cependant il m'est apparu quelquefois qu'elles ressemblaient � quelque chose�.
��Que veux-tu dire?
��Si je cherche j'ai trouv� car l'esprit ne d�sire que ce qu'il poss�de. Trouver c'est voir. Et comment chercherais-je ce qui pour moi n'a point de sens encore? Je te l'ai dit, le regret de l'amour c'est l'amour. Et nul ne souffre du d�sir de ce qui n'est pas con�u. Et cependant j'ai eu comme le regret de choses qui n'avaient point encore de sens. Sinon pourquoi aurais-je march� dans la direction de v�rit�s que je ne pouvais concevoir? J'ai choisi vers des puits ignor�s des chemins rectilignes qui furent semblables � des retours. J'ai eu l'instinct de mes structures comme des chenilles aveugles de leur soleil.
�Et toi quand tu b�tis un temple et qu'il est beau, � qui ressemble-t-il?
�Et quand tu l�gif�res sur le c�r�monial des hommes et qu'il exalte les hommes comme le feu r�chauffe ton aveugle, � quoi ressemble-t-il? Car les exemples ne sont pas tous beaux et il est des c�r�monials qui n'exaltent pas.
�Mais les chenilles ne connaissent point leur soleil, les aveugles ne connaissent point leur feu et tu ne connais point le visage auquel tu le fais ressembler quand tu b�tis un temple qui est path�tique au c�ur des hommes.
�Il �tait pour moi un visage qui m'�clairait d'un c�t� et non de l'autre puisqu'il me faisait tourner vers lui. Mais je ne le connais point encore��