Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Albin Michel
- ISBN: 978-2-226-22436-1
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:
— Te laissera aller… sans aucun doute, Lester. Tout droit à la prison d’État de Shawshank.
— J’accepte le châtiment que Dieu m’infligera. Avec joie.
— Et moi ? Et Andy Sanders ? Et les frères Bowie ? Et Roger Killian ? Il a neuf gosses à nourrir, si je me souviens bien ! Et si ça ne nous rendait pas si joyeux que ça, Lester ?
— Je ne peux rien y faire. » Lester se mit à se frapper les épaules avec sa bible. D’un côté, puis de l’autre. Big Jim se surprit à lancer sa balle en or au même rythme que les coups que se portait le révérend. Tac… tac… tac… tac. « C’est triste, pour les petits Killian, bien sûr, mais… Exode, 20, verset 5 : Car moi, ton Seigneur Dieu, je suis un Dieu jaloux, reportant l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération. Nous devons nous incliner devant cela. Nous devons vider cet abcès, aussi douloureux que cela soit ; réparer ce que nous avons fait de mal. Ce qui signifie confession et purification. La purification par le feu. »
Big Jim leva la main qui, à cet instant-là, ne tenait pas la balle en or. « Houlà, houlà, houlà ! Pense un peu à ce que tu dis. Cette ville dépend de moi — et de toi, bien sûr — en temps ordinaire, mais en temps de crise, elle a besoin de nous. » Il se leva, repoussant son fauteuil. La journée avait été longue, avait été terrible, il était fatigué — et maintenant, ça. De quoi mettre quelqu’un en colère, non ?
« Nous avons péché », s’entêta Coggins en se frappant toujours avec sa bible. Comme s’il pensait que traiter le Saint Livre de Dieu ainsi était parfaitement convenable.
« Ce que nous avons fait, Lester, a été d’empêcher des milliers de petits Africains de mourir de faim. Nous avons même payé pour traiter leurs infernales maladies. Nous t’avons aussi bâti une nouvelle église et nous avons créé la station de radio chrétienne la plus puissante de la région.
— En nous remplissant les poches au passage, n’oublie pas ! » rétorqua Coggins d’une voix qui s’étranglait. Cette fois-ci, il se frappa en plein visage avec le Saint Livre. Un filet de sang suinta d’une de ses narines. « Nous les avons remplies avec l’argent immonde de la drogue ! (Il se frappa à nouveau.) Et la station de Radio-Jésus est entre les mains d’un cinglé qui fabrique le poison que les enfants injectent dans leurs veines !
— En réalité, je pense qu’ils le fument, pour la plupart.
— Essaierais-tu d’être drôle, Jim ? »
Big Jim fit le tour de son bureau. Une veine battait sur ses tempes tandis qu’une rougeur de brique envahissait ses joues. Il essaya cependant une fois de plus, parlant doucement, comme on s’adresse à un enfant qui pique une colère : « Lester, cette ville a besoin de moi pour la diriger. Si tu ouvres ta gueule, je ne pourrai plus assumer ce rôle. Même si je suis sûr que personne ne te croira…
— Ils me croiront tous ! cria Coggins. Quand ils verront quel atelier du diable je t’ai laissé installer derrière mon église, ils le croiront tous ! Et Jim, comment tu peux ne pas voir que lorsqu’on aura extirpé le péché… qu’une fois que ce chancre aura été nettoyé… Dieu enlèvera sa barrière ! La crise sera terminée ! Ils n’auront plus besoin que tu les diriges ! »
C’est à cet instant que James P. Rennie péta les plombs. « Ils en auront toujours besoin ! » rugit-il, balançant son poing fermé — celui qui tenait la balle.
Elle entailla Lester à la tempe gauche au moment où celui-ci se tournait pour faire face à Big Jim. Du sang se mit à dégouliner sur tout le côté du visage du pasteur. Son œil gauche brillait au milieu. Il avança d’un pas vacillant, mains tendues. La bible vint s’abattre dans un bruissement de feuilles contre Big Jim, telle une bouche bavarde. Du sang tomba sur le tapis. Toute l’épaule gauche du chandail de Lester était déjà imbibée de sang. « Non, ce n’est pas la volonté du Sei…
— C’est ma volonté, espèce de casse-pompons ! »
Big Jim frappa à nouveau, atteignant cette fois le pasteur en plein front. Big Jim sentit l’impact remonter jusqu’à son épaule. Lester n’en continua pas moins à avancer de sa démarche vacillante, agitant sa bible. On aurait dit qu’il essayait de parler.
Big Jim baissa le bras qui tenait la balle. Son épaule lui faisait mal. À présent un flot de sang coulait sur le tapis et, cependant, ce fils de garce ne s’effondrait toujours pas ; il continuait à avancer, l’air de vouloir à tout prix parler en recrachant une écume de postillons écarlates.
Coggins heurta le devant du bureau — du sang vint maculer le buvard du sous-main, jusqu’ici intact — et se mit à glisser le long du meuble. Big Jim essaya de brandir de nouveau la balle mais n’en fut pas capable.
Je savais bien qu’un jour ou l’autre je serais rattrapé par tous ces lancers que j’ai fait au lycée, pensa-t-il.
Il prit la balle dans la main gauche et la balança de côté et vers le haut. Elle entra en contact avec la mâchoire de Lester et la lui déboîta, faisant jaillir un peu plus de sang dans la lumière incertaine qui tombait du lustre. Quelques gouttes atteignirent même le verre opaque.
« Deu ! » gargouilla Lester. Il essayait toujours de contourner le bureau. Big Jim battit en retraite derrière le meuble.
« Papa ? »
Junior se tenait dans l’encadrement de la porte, les yeux écarquillés, bouche bée.
« Deu ! » répéta Lester, qui entreprit de se tourner vers cette nouvelle voix. Il brandit sa bible. « D-d-d-dieu !
— Ne reste pas planté là ! Viens m’aider ! » rugit Big Jim à l’intention de son fils.
Lester partit en titubant vers Junior, agitant sa bible en grands moulinets extravagants. Son chandail était entièrement imbibé et poisseux ; son pantalon avait pris des nuances marron sale ; son visage avait disparu, noyé de sang.
Junior se précipita. Lorsque Lester commença à s’effondrer, il le rattrapa et le redressa. « Je vous tiens, révérend Coggins, je vous tiens, ne vous en faites pas. »
Sur quoi, Junior referma ses mains sur le cou ensanglanté du pasteur et se mit à serrer.
14
Cinq interminables minutes plus tard.
Big Jim était assis dans son fauteuil — effondré dans son fauteuil —, la cravate qu’il avait mise spécialement pour la réunion dénouée, sa chemise déboutonnée. Il massait son volumineux sein gauche. Dessous, son cœur galopait encore, se cabrait souvent (troubles du rythme), mais ne semblait pas vouloir passer au point mort.
Junior sortit. Rennie pensa tout d’abord que son fils allait chercher Randolph, ce qui aurait été une erreur, mais il était trop hors d’haleine pour le rappeler. Finalement il revint, portant la bâche du camping-car. Big Jim regarda Junior la déployer sur le sol — avec des gestes étrangement précis, comme s’il l’avait déjà fait des milliers de fois. C’est tout ces fichus films policiers qu’il regarde à la télévision, pensa Big Jim. Frottant toujours ses chairs molles jadis si fermes et dures.
« Je… je vais t’aider, dit-il d’une voix sibilante, sachant qu’il ne le pourrait pas.
— Reste assis où tu es et reprends ton souffle. »
Son fils, à genoux, lui adressa un regard sombre et indéchiffrable. Il y avait peut-être de l’amour dans ce regard — Big Jim l’espérait certainement — mais il dissimulait aussi autre chose.
Je te tiens maintenant ? Je te tiens maintenant, cela faisait-il partie de ce regard ?