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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Hotchkiss força Laura à se relever. Elle n’avait pas envie de le suivre mais elle obtempéra en vitesse, quand une douleur atroce lui vrilla l’attache des épaules. L’équipe de Rizome les entoura, agitant les bras, criant. Hotchkiss éructa un borborygme, gratifia Ali d’un coup de pied dans la rotule, puis dégaina son entraveur. Ali, M. Suvendra et Bima s’effondrèrent, emmêlés dans une masse gonflante de filins adhésifs. Les autres détalèrent.

Les rebelles reprenaient le dessus. Une ouverture apparut au sommet de la porte. Hotchkiss cria un ordre à l’agent Lu ; celui-ci tira de sa ceinture un cylindre noir noueux qu’il lança par l’orifice.

Deux secondes passèrent. Il y eut derrière la porte un éclair cataclysmique, une terrible déflagration, et le battant s’ouvrit d’un coup, crachant des rouleaux de fumée. « Allez-y ! » hurla Hotchkiss.

Le haut de la cage d’escalier était jonché de rebelles assourdis, aveuglés, hurlants. L’un d’eux, encore debout, donnait frénétiquement dans le vide de grands coups d’épée en céramique tout en hurlant : « Martyre ! Martyre ! » Lu l’assomma d’une décharge de balles à gelée. Puis ils pénétrèrent à l’intérieur, tirant à l’entraveur dans la masse qui reculait.

Aw lança une autre grenade au magnésium sur le palier inférieur. Nouvelle explosion cataclysmique. « Parfait, dit Hotchkiss, dans le dos de Laura. Vous voulez jouer les Ghandi. Vous allez le faire avec les deux bras cassés. En route ! » Il la poussa sans ménagement à travers la porte.

« Je proteste ! » hurla Laura, en dansant pour éviter bras et jambes.

Hotchkiss la plaqua en arrière contre sa poitrine. « Écoute bien, l’Amerloque, dit-il avec une conviction à glacer le sang, t’es une jolie petite blonde qui a l’air bien gentille à la télé. Mais si tu me joues un tour en vache, je te fais sauter la cervelle – et je dirai que c’est les rebelles qui l’ont fait. Où sont ces fichues commandes ?

— Au rez-de-chaussée, haleta Laura. À l’arrière – dans une cage vitrée.

— Très bien. On y va. Allez ! Allez ! » Méchant tintamarre quand Lu ouvrit de nouveau le feu. Dans l’espace confiné de la cage, le bruit infernal vous vrillait le crâne. Laura sentit une brusque suée la tremper de la tête aux pieds. Hotchkiss la poussa devant lui, la main calée sous son aisselle. Il dévalait les marches par deux ou trois à la fois, la portant à moitié. Un malabar d’une force incroyable : l’impression d’être traînée par un gorille.

Puanteur suffocante de la fumée. Grandes éclaboussures bouillonnantes sur les murs pastel : teinture pourpre ou taches de sang. En bas, des rebelles qui geignent, d’autres qui crient, les mains plaquées sur les yeux ou contre les oreilles. Des rebelles collés à la rampe, le visage noirci, suffoqués par l’étreinte des filaments adhésifs. Laura trébucha sur les jambes étendues d’un jeune garçon, inconscient ou mort, le visage éclaté par une balle à gelée, le sang ruisselant d’un œil crevé…

Puis ils se retrouvèrent en bas, débouchèrent de la cage. À l’autre bout, le soleil entrait à flots par la façade défoncée, devant laquelle flics et rebelles continuaient leur bataille rangée, ces derniers prenant le dessus. Dans les profondeurs ténébreuses du comptoir de Rizome, les membres du PAT s’étaient regroupés et s’affairaient, les uns à libérer à la machette leurs camarades pris dans les rets des filets adhésifs, d’autres à traîner des flics capturés, menottes aux poignets, derrière un mur de caisses… Ils levèrent tous la tête, surpris, trente hommes en colère, maculés de sang et de sueur, éclairés en contre-jour par la lumière de la rue.

Durant un bref instant, tous se figèrent, comme pour une photo.

« Où est la salle de contrôle ? murmura Hotchkiss.

— J’ai menti, siffla Laura. Elle est à l’étage.

— La vache ! » laissa échapper Hotchkiss, stupéfait.

Les militants du PAT s’approchaient lentement.

Certains portaient des casques volés à la police et presque tous étaient équipés de boucliers. L’un d’eux tira soudain une balle à filet qui manqua de justesse l’agent Aw pour aller se tortiller au sol comme une boule d’amarante parcourue de grésillements spasmodiques.

Laura se laissa tomber sur les fesses, lourdement. Hotchkiss voulut la saisir, se ravisa et se mit à battre en retraite. Soudain, ils se retournèrent et coururent vers le fond de l’entrepôt.

Alors, ce fut un maelström autour d’elle. En hurlant, des hommes se lancèrent à la poursuite des trois soldats de la FRAP. D’autres se ruèrent dans l’escalier où les victimes d’Hotchkiss, assommées, aveuglées, gémissaient, juraient, criaient. Laura ramena les jambes sous elle, crispa ses mains ligotées dans son dos, chercha à se faire toute petite.

Son esprit fonctionnait à toute allure. Il faudrait qu’elle remonte sur le toit, retrouver les siens. Non… Plutôt aider les blessés. Non… tenter plutôt de s’échapper, trouver la police, se faire arrêter. Non, il faudrait…

Un jeune Malais moustachu à la joue gonflée par une ecchymose la menaça de son sabre. Il lui fit signe de se relever, la poussant de la pointe du pied.

« Mes mains », dit Laura.

Les yeux du garçon s’agrandirent. Il passa derrière elle et trancha le ruban de plastique résistant qui reliait les menottes. Laura sentit ses bras se libérer et une brusque démangeaison de plaisir-douleur lui vrilla les épaules.

Il lui cracha furieusement quelque chose en malais. Elle se leva. Soudain, elle le dépassait d’une tête. Il recula d’un pas, hésita, se tourna vers quelqu’un d’autre…

Une rafale de vent accompagnée d’un sifflement parcourut tout l’entrepôt. Un hélico venait de descendre au niveau de la rue – il les avait repérés par la brèche creusée dans la façade du bâtiment. Casques sans expression derrière la bulle du poste de pilotage. Chuintement explosif d’un récipient vert-de-gris qu’on venait de larguer. Il heurta le sol de l’entrepôt, roula, boula, crachant de la fumée…

Et merde ! Des gaz lacrymogènes. Une vague âcre, décapante, vint la frapper soudain et elle en sentit la morsure acide sur ses orbites. La panique la prit alors. Elle chut à quatre pattes. Dans un brouillard de larmes, la gorge déchirée par une douleur cuisante. Plus d’air. Elle repoussa des gens, aveugle, affolée, et se retrouva soudain à courir. Courir libre…

Les larmes, en torrents empoisonnés, lui inondaient le visage. Quand elles touchaient ses lèvres, elle sentait un picotement acide et un goût de kérosène. Elle n’arrêta pas de courir, en s’écartant de la masse grise et floue, menaçante, d’un côté de la rue. Elle avait les poumons et la gorge remplis d’hameçons.

Elle parvint au bout de sa réserve d’adrénaline. Elle était trop choquée pour ressentir sa propre fatigue, mais ses genoux commençaient à se dérober sous elle. Elle se dirigea vers une embrasure de porte et s’effondra sous son abri.

Juste à cet instant, les cieux s’ouvrirent et la pluie se mit à tomber. Encore une averse de mousson, brusque, verticale. Par vagues successives, elle martela la rue déserte. Accroupie, misérable, sous son embrasure de porte, Laura recueillait la pluie dans ses mains en coupe pour humecter son visage et la peau dénudée de ses bras. Au début, l’eau ne sembla qu’aggraver les choses – impression de méchante brûlure, comme si elle s’était amusée à respirer du Tabasco.

Elle se retrouvait avec deux bracelets en plastique sur la peau à vif de ses poignets. Elle avait les pieds trempés, collants, dans ses sandales bon marché. Non pas à cause de la pluie mais des flaques de canons à eau sur la chaussée devant le comptoir.

Elle avait traversé la bataille de rue en aveugle. Personne ne l’avait touchée. Seule exception : un long ruban de filament adhésif collé à son mollet qui se tortillait encore faiblement, comme la queue sectionnée d’un lézard. Elle le décolla du jean.

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