Les mailles du réseau
- Автор: Стерлинг Брюс
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042558-4
- Переводчик: Jean Bonnefoy
- Жанр: Киберпанк
Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:
L’hélico ne fit pas mine de se poser. Au bout de quelques secondes, il s’éleva de nouveau et, décrivant un gracieux arc de cercle, mit franchement le cap au nord.
« Ils pourraient se presser un peu », dit Suvendra, lorgnant le front de tempête qui avançait. « Le temps ne va pas tarder à se gâter pour de bon ! »
Ils roulèrent leur drap de lit-SOS, au cas où les rebelles s’aviseraient de monter jeter un œil. Négocier avec le PAT était une éventualité mais en assemblée générale Rizome avait décidé de ne pas insister auprès d’eux. Les rebelles s’étaient déjà emparés de la base de Rizome, ils pouvaient tout aussi aisément s’emparer de son personnel. Ils avaient déjà enlevé deux flics et un parlementaire. D’évidence, la situation était propice à la prise d’otages.
Vingt nouvelles minutes s’écoulèrent, horriblement interminables, dans un silence morbide et tendu qui ne trompait personne. Le soleil coiffait le front d’orage et la matinée tropicale flamboyait au-dessus de la cité parfaitement silencieuse. C’est d’un sinistre, songea Laura – comme une coupure d’habitants…
Un nouvel hélicoptère, plus gros celui-ci, et birotor, remonta le front de mer. Il pivota sur son axe et s’immobilisa momentanément à l’angle du comptoir de Rizome. Trois hommes vêtus de noir sautèrent des portes latérales sur le toit. L’appareil reprit aussitôt de l’altitude.
Les trois hommes marquèrent un bref temps d’arrêt, tapotant l’ensemble de leur équipement, puis s’avancèrent vers eux d’un pas décidé. Ils étaient en treillis noir, bottes de combat noires et ceinture de toile noire où étaient accrochés étui à pistolet, étui à munitions et pochettes fourre-tout à rabat fermé par un bouton-pression en laiton. Ils étaient armés de pistolets-mitrailleurs d’aspect étrange.
« Bonjour, tout le monde ! » lança leur chef sur un ton enjoué. C’était un grand Anglais rougeaud aux cheveux blancs en brosse, le nez fleuri et affligé d’un ictère solaire permanent. Il semblait avoir la soixantaine mais était redoutablement bien conservé pour son âge. Fractionnement sanguin ? se demanda Laura.
« Bonjour…, répondit machinalement quelqu’un.
— Je me présente : Hotchkiss, dit le gradé. Colonel Hotchkiss, Force Rapide d’Actions Ponctuelles. Et voici les agents Lu et Aw. Nous sommes ici pour assurer votre sécurité, mesdames et messieurs. Alors, pas de panique, d’accord ? » Hotchkiss exhiba une rangée de dents immaculées.
Hotchkiss était immense. Un mètre quatre-vingt-quinze, largement plus de cent kilos. Des bras comme des troncs d’arbre. Laura avait presque oublié à quel point les Blancs pouvaient être grands. Avec ses grosses bottes noires et son lourd harnachement compliqué, on l’aurait cru tombé d’une autre planète. Hotchkiss adressa un signe de tête à Laura, surpris. « Mais je vous ai vue à la télé, ma chère.
— Les auditions ?
— Ouais. J’ai… »
Il y eut un fracas soudain quand les portes métalliques d’accès au toit s’ouvrirent à la volée. Une bande hurlante de rebelles se précipita, brandissant des cannes en bambou.
Hotchkiss pivota des hanches et ouvrit le feu sur la porte avec son pistolet-mitrailleur. S’ensuivit un raffut à vous démolir les nerfs. Deux rebelles s’affalèrent, cloués par l’impact. Les autres s’enfuirent en débandade, et soudain tout le monde se retrouva à plat ventre, les doigts crochés de terreur dans le gravier de la terrasse.
Lu et Aw refermèrent la porte d’un coup de pied puis tirèrent une charge-filet contre le battant pour le bloquer. Puis ils sortirent de leur ceinture de fines cordelettes en plastique avec lesquelles ils ligotèrent les deux rebelles qui gisaient à terre, le souffle coupé. Ils les mirent en position assise.
« Ça va, ça va. » Avec un geste de sa grosse paluche, Hotchkiss rassura le reste de l’assistance. « Rien que des balles à gelée, vous voyez ? Pas de problème, là ! »
Le groupe Rizome se releva lentement. À mesure que la vérité se faisait jour, il y eut des petits rires nerveux, gênés. Les projectiles avaient touché les deux rebelles, des adolescents, à hauteur de la poitrine, déchirant leur chemise en papier. En dessous, la peau du torse révélait des taches d’encre violette indélébile, grosses comme le poing.
Chevaleresque, Hotchkiss aida Laura à se relever. « Les balles de gelée ne tuent pas, annonça-t-il. Mais y a encore des dards en réserve.
— Vous nous avez tiré dessus à la mitraillette ! lança un des rebelles, renfrogné.
— La ferme, fils, dit aimablement Hotchkiss. Lu, Aw, ces deux-là sont trop petits. Balancez-les où vous me les avez pêchés, vu ?
— La porte est bloquée, mon colonel, remarqua Lu.
— Servez-vous de votre tête, Lu. Vous avez vos cordes.
— Oui, mon colonel », dit Lu, hilare. Lui et l’agent Aw firent sauter les deux garçons jusqu’au bord du toit. Ils entreprirent alors de les encorder à l’aide d’une série de mousquetons en chrome. Du quai de chargement, trois étages au-dessous, montèrent les cris furieux et sanguinaires des militants du PAT.
« Eh bien, dit négligemment Hotchkiss. On dirait que les émeutiers ont établi un centre opérationnel au pied même de votre quartier général. » D’un coup de pied, Lu balança du toit l’un des captifs puis laissa filer la corde de rappel tandis que le garçon descendait avec des cris impuissants.
« Mais vous tracassez pas, poursuivit Hotchkiss. On peut les briser où qu’ils se trouvent. »
Suvendra grimaça. « On les a vus démolir votre voiture de patrouille…
— Envoyer cette voiture, c’était une idée des politiques, lâcha dédaigneusement Hotchkiss. Mais maintenant, c’est notre affaire… »
Laura avisa le multiphone perfectionné de l’officier de la FRAP. « Que pouvez-vous nous dire, colonel ? Nous sommes sevrés d’informations, ici. L’armée est-elle vraiment entrée à Johore ? »
Sourire d’Hotchkiss. « On n’est pas dans votre Texas, ma poule. L’armée est juste passée de l’autre côté – un simple petit pont. Ce n’est qu’à quelques minutes d’ici. » Il leva deux doigts, écartés de trois centimètres. « Ici, tout est à échelle réduite, voyez-vous… »
Les deux agents chinois de la FRAP arrimèrent le second captif à leurs cordes. En dessous, les rebelles furieux donnaient libre cours à leur frustration. Des briques volèrent en direction du toit. « Balancez-leur quelques balles de teinture », cria Hotchkiss.
Les deux Chinois épaulèrent leur arme et se penchèrent par-dessus le parapet. Fracas épouvantable de la rafale, cliquetis des douilles crachées par les culasses. Du sol montèrent des cris de douleur et de terreur. Laura entendit les rebelles s’égayer. Elle sentit monter en elle une nausée.
Hotchkiss la prit par le coude. « Vous vous sentez bien ? »
Elle déglutit avec difficulté. « J’ai vu un homme se faire tuer à la mitrailleuse, un jour…
— Oh ! vraiment ? dit Hotchkiss, intéressé. Vous êtes allée en Afrique ?
— Non…
— Vous m’avez l’air un peu jeune pour avoir vu des combats véritables… Oh ! la Grenade, c’est ça ? » Il la relâcha. Des martèlements frénétiques ébranlaient la porte du toit. Hotchkiss tira dessus les dernières balles à gelée de son chargeur. Choc brutal, écrasement mou. Il jeta le chargeur vide et le remplaça par un autre avec l’air dégagé d’un fumeur invétéré.
« Et ça, ce n’est pas du “combat véritable” ? » s’écria Laura. Elle avait les oreilles qui carillonnaient.
« Ça, ce n’est que du théâtre, ma poule, expliqua patiemment Hotchkiss. Ces petits extrémistes de salon n’ont même pas de carabines. Imaginez la même opération dans le sale vieux temps – à Belfast ou à Beyrouth – et on serait déjà étendus le corps criblé de balles par les francs-tireurs.