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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Des portières s’ouvrirent à la volée et les flics se déployèrent. Ils avaient l’équipement anti-émeute complet : casque blanc, visière en plexiglas, fusil lance-filet, matraque en bambou. Les jeunes détalèrent pour s’abriter dans les bâtiments alentour. Brève conférence des flics, on désignait une entrée, on s’apprêtait à charger.

Il y eut brusquement un vlouf assourdi en provenance de l’épave. Les sièges de la voiture de patrouille vomirent des flammes.

En quelques instants, la fumée noire des garnitures en train de brûler s’éleva au-dessus des quais.

Ali cria en malais et tendit le bras. Une demi-douzaine de rebelles venaient d’apparaître au carrefour suivant, traînant un policier inconscient par une brèche dans le mur latéral d’un entrepôt. Ils s’étaient frayé un passage dans les blocs de béton à coups de machette.

« Ils ont des parangs ! dit Ali avec une sorte de jubilation horrifiée. Comme des épées de kung-fu magiques, là ! »

Les flics n’avaient pas l’air trop chauds pour aller défoncer les portes. Pas étonnant. Laura imaginait d’ici la situation : foncer bravement, l’entraveur brandi… juste pour sentir une vive douleur et s’affaler, découvrant qu’un de ces petits anarchistes à face de rat, bien planqué derrière la porte, vient de vous sectionner le tendon du genou… Oh ! bon Dieu ! ces saloperies de machettes ! Comme des putains de lasers… Quel genre de salopard aux idées courtes avait bien pu inventer un truc pareil ?

Elle sentait le froid la gagner à mesure que s’accumulaient les implications : toute cette démonstration de kung-fu, l’idée la plus stupide qui soit, tous ces crétins d’artistes des arts martiaux qui pouvaient, sans chars ni fusils, résister aux flics modernes ou à des troupes entraînées… Non, les militants du PAT n’étaient pas en mesure d’attaquer de front la police, à découvert, mais là, d’une pièce à l’autre, avec ces murs truffés de trous, ils n’allaient certes pas se priver de se poster en embuscade, et alors…

Des gens allaient mourir ici, se rendit-elle compte. Ils étaient décidés. Razak était décidé. Des gens allaient mourir…

Les flics regagnèrent leurs voitures de patrouille. Ils battaient en retraite. Personne ne ressortit pour crier ou railler et, d’une certaine façon, c’était encore pire…

Les rebelles avaient d’autres chats à fouetter : d’épaisses colonnes de fumées s’élevaient le long des quais. En gros panaches âcres et noirs, que la brise de mousson tordait comme des doigts brisés. Plus de télévision, peut-être, et plus de téléphone – pourtant, toute l’île de Singapour saurait bientôt que l’enfer venait d’éclater. Les signaux de fumée marchaient toujours. Et leur message était éloquent.

Au bout des docks, derrière le comptoir de Rizome, trois activistes déversèrent le contenu d’un bidon à cannelures sur un tas de pneus volés. Ils s’écartèrent à bonne distance puis jetèrent un mégot allumé. Le tas branlant s’embrasa avec un bruit sourd, des pneus en sautèrent comme d’une assiette de beignets renversée. Puis le caoutchouc se mit à rôtir, crépiter, crachoter…

Derveet s’essuya les yeux. « Ça pue…

— Si vous voulez mon avis, je suis mieux ici qu’en bas dans la rue, pas de doute !

— On pourrait se rendre aux flics en hélicoptère, dit Suvendra, pragmatique. Il y a suffisamment de place sur le toit pour atterrir, et si nous agitons le drapeau blanc, ils pourraient nous arrêter, vite fait.

— Excellente idée, là !

— Faut trouver un drap, s’ils nous en ont laissé un… »

M. Suvendra et un associé nommé Bima descendirent faire un raid aux étages inférieurs.

De longues minutes épuisantes passèrent. Il n’y avait plus de violences pour l’instant, mais le calme n’était pas un réconfort. Il ne faisait qu’accroître la paranoïa générale, cette impression de siège.

En bas, sur le quai de chargement, des groupes de rebelles faisaient cercle autour des émetteurs-récepteurs. Les radios étaient des jouets de gosse fabriqués en grande série. Produits d’exportation pour le Tiers Monde, vendus quelques centimes. Qui diantre avait besoin d’émetteurs-récepteurs quand on pouvait porter un téléphone au poignet ? Mais le PAT n’avait pas la même opinion…

« Je ne crois pas que les flics soient capables de maîtriser une telle situation, dit Laura. Ils vont être obligés de faire appel à l’armée. »

M. Suvendra et Bima remontèrent enfin, avec une pile de draps de lit et quelques paquets de bouffe industrielle oubliés par les pillards. Les rebelles ne les avaient pas importunés ; tout juste s’ils les avaient remarqués.

L’équipe étendit un drap sur le toit. À genoux, Suvendra ouvrit en deux un crayon-feutre pour étaler un gros SOS noir sur le tissu. Ils déchirèrent un autre drap pour confectionner un drapeau et des brassards blancs.

« Grossier mais efficace, commenta Suvendra en se relevant.

— À présent, on fait signe à un hélico, là… »

Le jeune qui surveillait la télévision s’écria : « L’armée est dans Johore ! »

Ils laissèrent tout tomber pour se précipiter vers l’écran.

Les journalistes de Johore étaient abasourdis. L’armée singapourienne avait traversé en un éclair la chaussée menant à Johore Bahru. Une colonne blindée traversait en ce moment même la ville à toute allure, sans rencontrer de résistance – non que la Maphilindonésie fût capable d’en opposer une bien forte dans les circonstances actuelles. Singapour décrivait l’attaque comme une « opération de police ».

« Oh ! bon Dieu ! dit Laura, comment peut-on être stupide à ce point ?

— Ils s’emparent des réservoirs, dit M. Suvendra.

— Quoi ?

— Les réserves principales de Singapour en eau douce sont sur le continent. Impossible de défendre l’île sans eau.

— Ils l’ont déjà fait, durant la Konfrontation, observa Mme Suvendra. Gouvernement malais très fâché contre Singapour – essaie de couper l’alimentation en eau.

— Et qu’est-il arrivé ? s’enquit Laura.

— Ils foncent à travers Johore, direction Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie… l’armée malaise s’enfuit, le stupide gouvernement malais tombe… et aussitôt après, voilà la nouvelle Fédération de Maphilindonésie. Le nouveau gouvernement fédéral se montra très aimable avec Singapour, jusqu’à ce qu’ils se mettent d’accord pour réintégrer leurs frontières.

— Ils ont appris à ne pas mordre la “crevette empoisonnée”, dit M. Suvendra. Très dure à la tâche, l’armée de Singapour.

— La main-d’œuvre chinoise de Singapour aussi, observa Derveet. Pour engendrer tous ces incidents-là.

— À présent, nous sommes nous aussi des ennemis étrangers, dit Bima, sur un ton malheureux. Que faire ? »

Ils attendirent un hélico de la police. En trouver un n’avait rien de difficile. À présent, ils étaient une douzaine à survoler les quais, silencieux, se balançant pour éviter les colonnes de fumée.

L’équipe de Rizome agita son drapeau blanc avec enthousiasme quand l’un d’eux passa à proximité, avec une aisance insolente.

L’hélico s’immobilisa au-dessus d’eux dans le sifflement de ses pales invisibles. Un flic passa sa tête casquée par l’écoutille, leva sa visière.

Un concert de cris confus s’ensuivit. « Faut pas vous affoler, Rizome ! lança enfin le flic. On va vous repêcher, sans problème !

— Combien d’entre nous ? » cria Suvendra en maintenant d’une main son chapeau de paille sur la tête.

« Tout le monde ! Toute la bande !

— Dans un seul hélico ? » s’écria Suvendra, perplexe. Le petit appareil de la police pouvait au mieux embarquer trois passagers.

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