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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Du “théâtre”. Et c’est censé dire quoi ? »

Hotchkiss ricana. « J’ai combattu dans une vraie guerre ! Aux Malouines, en 82. Une vraie. Quasiment pas de télévision…

— Alors, vous êtes britannique, colonel ? Européen ?

— Anglais. J’étais dans les SAS. » Hotchkiss s’épongea le front. « L’Europe ! Qu’est-ce que c’est encore que ce machin, l’Armée commune européenne ? Une foutue plaisanterie, tiens, voilà ce que c’est. Quand on se battait pour la reine et le pays… oh ! et puis merde, ma petite, vous ne pourriez pas comprendre de toute manière… » Un coup d’œil à sa montre. « Okay, voilà nos garçons. »

Hotchkiss se dirigea vers la façade du bâtiment. L’équipe de Rizome lui emboîta le pas.

Un blindé à six roues transport de troupes – tel un grand rhinocéros gris monté sur des roulettes en caoutchouc – escalada puis défonça sans mal la barricade. Les sacs éclatèrent et s’aplatirent. Sur la tourelle de l’engin, le canon à eau pivotait allègrement.

Le suivaient deux paniers à salade aux vitres grillagées. Les doubles portes arrière des fourgons s’ouvrirent à la volée et des nuées de flics descendirent, pour s’aligner aussitôt en rangs disciplinés : boucliers, casques, matraques.

Personne ne fit mine d’offrir la moindre résistance. Sage décision, d’autant qu’un duo d’hélicoptères planaient comme des guêpes malfaisantes au-dessus de la rue. Les baies latérales des fourgons étaient ouvertes et, de l’intérieur, d’autres flics accroupis braquaient lance-grenades et pistolets-entraveurs.

« C’est tout simple, expliqua Hotchkiss. Inutile de recourir au combat de rue quand on peut sans problème appréhender les meneurs. Et ce coup-ci, on va s’en choper un plein immeuble et… oh ! sacré nom de Dieu ! »

Toute la façade de l’entrepôt s’effondra comme une plaque en carton et six cargos robots géants jaillirent dans la rue en vrombissant.

Débandade éperdue des flics. Les robots fonçaient avec entrain. Il y avait dans leur comportement quelque chose de heurté, marque d’une programmation hâtive. Heurté, mais efficace. Ils étaient construits pour manipuler des cargaisons de la taille de semi-remorques. À présent, ils s’emparaient avec frénésie de tout ce qui avait un volume vaguement approchant.

Les fourgons de police s’envolèrent aussitôt, dans le grincement de leurs flancs perforés et l’affolement de leurs pneus qui tournaient en vain dans le vide. Le transport de troupes actionna sa lance à eau tandis que trois des robots le trituraient, le lacéraient et le martelaient avec une impitoyable stupidité mécanique. Finalement, deux d’entre eux le basculèrent, le renversant bêtement sur le bras exposé du troisième larron, qui chercha sans succès à reculer, grinçant et couinant. Le canon à eau tirait au hasard, blanc panache furieux haut de quatre étages.

Les rebelles assaillaient les flics. Les rues étaient luisantes d’eau, on chargeait en pataugeant dans les flaques. Une véritable mêlée, imbécile et furieuse, comme un nid de fourmis géantes.

Laura observait le spectacle, totalement fascinée. Elle n’arrivait pas à croire qu’on ait pu en arriver là. L’une des cités les mieux organisées de la planète et ces hommes étaient en train de se bastonner mutuellement dans les rues.

« Ô Seigneur ! s’exclama Hotchkiss. Nous sommes mieux armés mais on en a pris un coup au moral… Le soutien aérien va faire la décision, toutefois. » Les hélicos tiraient en effet des charges-filets aux confins de la mêlée – mais sans grand succès. Trop de monde, trop de boue, trop de pagaille. Laura grimaça quand un robot chargeur, en dérapant, vint percuter trois policiers.

À la porte du toit, les coups redoublaient. Quelqu’un avait réussi à y engager la lame en céramique d’une machette et sciait vigoureusement le ruban du filet. Ils se retournèrent vers l’accès au toit et découvrirent alors, derrière la cage, au-dessus des quais, une des grues portuaires. Le bras squelettique de la flèche pivotait sur son axe, gagnant de la vitesse avec une grâce pesante. Au bout du câble, un conteneur frigorifique tournait au-dessus des docks, emporté de plus en plus haut par la force centrifuge.

Soudain, la grue libéra sa charge. Aussitôt, le lourd conteneur, gros comme la moitié d’une maison, s’envola en tournoyant, décrivant dans les airs un arc gracieux. Presque au ralenti, comme une balle lancée par en dessous du revers de la main.

Son vol s’acheva brutalement. Il percuta, avec une précision cybernétique, un hélico noir de la police en vol stationnaire au-dessus des quais. Il y eut une explosion quand le conteneur s’ouvrit, libérant au milieu des panaches de vapeur et de givre des centaines de boîtes multicolores en carton. L’hélicoptère se brisa, piqua, et s’écrasa spectaculairement dans l’eau sale. L’épave flottait au milieu des cartons comme une libellule écrasée sur la calandre d’une voiture.

« Les Bâtonnets de Poisson surgelés de Mme Srivijaya », murmura la petite Derveet, à côté de Laura. Elle avait reconnu la cargaison.

La grue se laissa glisser le long du quai, claquant de la pince en quête d’une nouvelle proie.

« Comment ont-ils pu réussir un coup pareil ? demanda Hotchkiss.

— C’est un engin très intelligent, dit M. Suvendra.

— Je me fais vieux, observa tristement le colonel. Mais d’où pilotent-ils cette foutue machine ?

— De l’intérieur de l’entrepôt, expliqua M. Suvendra. Il y a des consoles…

— Parfait. » Hotchkiss saisit le poignet maigre de M. Suvendra. « Vous allez m’y conduire. Lu ! Aw ! On y va !

— Non », dit M. Suvendra.

Son épouse lui saisit l’autre bras. Soudain, ils se mirent à le tirailler comme une poupée de chiffon. « Nous ne pratiquons pas la violence ! expliqua-t-elle.

— Vous quoi ?

— Nous ne nous battons pas, dit Suvendra, avec passion. Nous ne vous aimons pas ! Nous n’aimons pas votre gouvernement ! Nous ne nous battons pas ! Arrêtez-nous !

— Cette saloperie de grue va tuer nos pilotes…

— Eh bien, cessez le combat ! Renvoyez-les ! » Suvendra éleva la voix, le ton perçant. « Assis, tout le monde ! »

Tout le personnel de Rizome se figea sur place et s’assit aussitôt, comme un seul homme. M. Suvendra également, malgré son bras toujours accroché à la grosse patte couverte de taches de son du colonel Hotchkiss.

« Salopards de politiciens, cracha Hotchkiss, avec un mépris étonné. Je veux pas le croire. Je vous ordonne, en tant que citoyens…

— Nous ne sommes pas vos citoyens, dit catégoriquement Suvendra. Nous n’obéissons pas non plus à votre régime de loi martiale illégal. Arrêtez-nous !

— Foutre oui, que je vais vous arrêter, et toute la bande ! Merde, vous ne valez pas mieux qu’eux ! »

Suvendra hocha la tête, inspira un grand coup. « Nous sommes non violents. Mais nous sommes les ennemis de votre gouvernement, colonel, croyez-le ! »

Hotchkiss se tourna vers Laura. « Vous aussi, hein ? »

Laura le fusilla du regard, furieuse de le voir ainsi l’isoler des siens. « Je ne peux rien faire pour vous, lui dit-elle. Je suis une mondialiste et vous représentez le bras armé de l’État.

— Oh ! sacré nom de Dieu, vous êtes bien un sacré putain ramassis de fils de pute à la gomme », observa tristement Hotchkiss. Il les jaugea du regard, puis se décida. « Vous ! » lança-t-il à Laura.

Sans ménagement, il la retourna pour lui attacher les menottes dans le dos.

« Il enlève Laura ! piailla Suvendra, outrée. Empêchez-le ! »

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