Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Avec le recul, c’était vertigineux de penser à quel point un événement survenant à un instant donné dans la vie de quelqu’un pouvait infléchir son comportement pour le restant de ses jours. Il se demanda combien de temps encore il entendrait l’écho intérieur de cet épisode douloureux. Peut-être était-il trop solitaire ? Peut-être passait-il trop de temps à ruminer ses pensées ?
Il faudrait que je me fasse plus d’amis… ou d’amies.
Il remarqua que depuis quelques instants, une douce torpeur s’était emparée de lui, comme un engourdissement. Il regarda sa plaque : le compte à rebours était terminé. Il était même déjà passé dans le positif, indiquant que la phase stasique était commencée depuis deux minutes trente. Il sentit ses extrémités refroidir peu à peu. Lentement, mais inexorablement.
Bon Dieu, cette alvéole me rend vraiment claustro !
À l’appareillage, j’avais déjà eu la même sensation d’enfermement, mais cette fois, je me voyais carrément dans un cercueil en puissance. De ma place, je ne pouvais voir Pascal. Je me demandais si, au réveil, nos blessures seraient exactement les mêmes, ou si elles auraient commencé à cicatriser. C’était toujours aussi difficile de se dire que ces dix mois relatifs de sommeil ne dureraient pour nous que le temps de fermer les yeux et de les rouvrir.
Les choses n’avaient pas traîné avec la résistance inerme : je leur avais livré mes premiers renseignements le matin même. Néanmoins, je ne parvenais pas à comprendre en quoi des relevés thermiques pouvaient bien servir notre cause. Ils avaient eu l’air satisfait, mais à mon avis, les fichiers que je leur avais transmis avaient déjà atterri dans une poubelle. S’ils ne se montraient pas difficiles, c’était pour me mettre en confiance bien sûr, je n’étais pas dupe. Ils finiraient inévitablement par me demander de sortir des informations plus sensibles. Peut-être même me demanderaient-ils de hacker les zones noires de l’Infocosme ? Si je faisais un truc de ce genre, je serais grillé. Au sens figuré, comme au propre.
Malgré tout, je devais reconnaître que cette mission secrète m’excitait. Réaction un peu ridicule certes, voire infantile si on pensait au danger potentiel. Néanmoins, je me rendais compte qu’ils n’auraient pas à insister beaucoup pour que j’aille plus loin.
Que de changements en si peu de temps !
Hier, simple petit étudiant parisien sans histoire ; aujourd’hui, agent d’un réseau clandestin au cœur d’un monstre technologique perdu dans l’espace.
C’est alors que je sentis le froid. Pas le froid mordant qui vous rougit les oreilles en hiver. Plutôt une sorte d’anesthésie progressive, comme lorsqu’un membre s’ankylose faute d’être irrigué par le sang. Je savais que cette sensation était trompeuse, une illusion induite lors de l’entrée dans le tunnel. Il n’y avait pas de réel changement de température pendant la stase, mais maintenant, je comprenais pourquoi on appelait ça « sommeil froid ».
J’aurais voulu rester lucide plus longtemps afin de profiter davantage de cette expérience unique, mais le ralentissement de mon métabolisme prit rapidement le dessus et je sombrai bientôt dans l’inconscience.
Je ne ressentais aucune peur à cet instant. Juste de la perplexité.
Un observateur, même attentif, n’aurait pas vu grand-chose au passage du Saint-Michel.
À mesure qu’il se rapprochait de la vitesse de la lumière, il accrochait de moins en moins de photons, renvoyant de lui une image toujours plus sombre. La montagne de métal semblait aussi diaphane qu’un voile de gaze noire. Sur le million d’âmes à bord, plus aucune n’était consciente. La stase avait tout figé dans les corps, les échanges sanguins comme les influx nerveux, les muscles comme les pensées.
Néanmoins, au sein de ce cortège d’êtres en suspens, un organisme était encore actif : le Nod2. Il travaillait toujours et continuerait de le faire durant les dix mois de transit. Les programmes complexes qu’il fallait exécuter pendant la traversée du tunnel Rœmer nécessitaient toute son attention. Il avait donc été spécifiquement conçu pour résister aux effets supposés de ce voyage. Ses palpeurs organiques continueraient à envoyer leurs informations le long des axones afin de tenir informées les milliards de cellules nerveuses de son cerveau de tout ce qui se passerait à bord. Le Nod2 veillerait sur ses passagers comme un berger sur ses brebis.
À la seconde où 87,326 % de vitesse de la lumière furent atteints, les moteurs tunnel s’activèrent.
Alors, le Saint-Michel plongea dans le noir abîme et disparut totalement.
DEUXIÈME PARTIE
V
Gris. Pénombre. Humidité.
Il va mieux. L’ombre lui a donné asile. Le soleil est tenu en échec.
Pour le moment.
Où est-il ? Où est celui qui l’a guidé jusqu’ici.
Je suis toujours là.
Où ? D’où vient cette voix ? Il doit s’orienter pour la trouver. Se repérer.
Oui, tu dois t’orienter.
Il avance. Ces cavernes sont labyrinthiques. Une éternité pour en sortir.
Suis les lignes.
Quelles lignes ? C’est un piège.
Il n’aurait pas dû avoir confiance. Il ne sortira jamais d’ici.
La confiance.
Quel idiot ! Quel naïf !
Tu dois t’apaiser.
S’apaiser, mais comment ? Il est bloqué ici, prisonnier !
Laisse-toi guider.
Guider, mais par qui ? Ici, tout n’est que sable, rocs !
Fie-toi à ton instinct.
Il tourne en rond dans ces cavernes. Il cherche une issue. Il panique.
Quelqu’un va venir.
Qui ? Il ne voit personne !
Il est différent.
Sortir ! Il étouffe ici. Dehors, il fait trop chaud. Dedans, il fait trop sombre.
Fie-toi à lui.
Qui ?
C’est ton autre face.
Il sent le calme revenir. Après tout, ici il peut survivre. Dehors, c’est la mort.
Ton autre face…
Les cloches synthétiques du Saint-Michel sonnèrent l’angélus de six heures. Comme tous les autres participants à la neuvième croisade, les hommes de la 78e se levèrent à contrecœur, mais sans perdre de temps.
Ce matin-là, assis sur le rebord de sa couchette, Tancrède avait du mal à émerger du sommeil. Il se massait les tempes tout en essayant de trouver la volonté nécessaire pour se lancer dans une nouvelle journée. Chaque nuit où il faisait ce fichu rêve, il se sentait un peu vaseux au réveil. Contrairement aux premières fois, ce songe présentait maintenant beaucoup de différences d’une fois sur l’autre. Heureusement, même s’il se réveillait toujours un peu mal à l’aise, ça n’avait encore jamais viré au cauchemar.
Pas comme ces rêves horribles que presque tout le monde avait faits après le transit Rœmer. Pendant quelques jours, des visions atroces avaient alors perturbé le sommeil de la plupart des passagers, envoyant des centaines de soldats paniqués chez les psys du navire. Heureusement, tout était rapidement rentré dans l’ordre et aucune autre anomalie n’était apparue. Néanmoins, cet épisode en avait troublé plus d’un.