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Dominium Mundi. Livre I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Tancrède s’étira une dernière fois, puis se mit enfin debout.

« Dépêchez-vous un peu, bande de feignasses ! criait machinalement le major Hutbert. Le dernier à mettre sa couchette au carré aura affaire à moi ! » Le major lui-même ne faisait plus attention à ce qu’il disait le matin, cela faisait partie du rituel. Tancrède était même sûr que s’il avait arrêté, les hommes auraient protesté.

Aujourd’hui, c’était quartier-libre. Une fois que toute la cabine serait en ordre, les hommes disposeraient de la journée à leur guise. Tancrède attendit que la cohue aux lavabos diminue pour aller faire sa toilette. Devant la glace, il s’enduisit méthodiquement les joues de mousse blanche puis sortit son rasoir de l’étui, le déplia et entreprit de le passer sur son visage. Son voisin de lavabo le regarda avec des yeux ronds.

« Ça alors, mon Lieutenant ! Je crois bien que c’est la première fois que je vois quelqu’un utiliser un tel coupe-chou ! »

Tancrède lui jeta un coup d’œil sans répondre.

« Pourquoi n’utilisez-vous pas un rasoir magnétique, comme tout le monde ? Ça prend trente secondes de se raser avec ça !

— Je préfère à l’ancienne. Ça me détend.

— Eh bien moi, si j’avais une lame aussi coupante sous la gorge, je ne pense pas que j’arriverais à me détendre. »

L’homme se passa bruyamment la tête sous l’eau, puis se tamponna le visage avec sa serviette.

« Vous allez au procès du classe zéro, mon Lieutenant ? Moi, j’hésite. Il va y avoir tellement de monde qu’il va falloir jouer des coudes pour entrer.

— Un classe zéro est jugé aujourd’hui ? Qu’a-t-il fait ?

— C’est un activiste. Un membre du Métatron Hérétique. »

Le rasoir de Tancrède resta en suspens sur sa joue gauche.

« Ils en ont attrapé un ? Je l’ignorais.

— Ouais. Il va en prendre plein la gueule celui-là, si vous voulez mon avis. »

L’homme s’enroula la serviette autour du cou, ramassa ses affaires, fit un bref salut à son lieutenant et quitta les lavabos.

Le Métatron Hérétique… Tancrède n’avait pas eu l’occasion d’en lire un autre depuis celui qu’il avait eu entre les mains au début du voyage.

Presque un an s’était écoulé depuis la promesse qu’il avait faite à son oncle de mettre un terme à ses investigations parallèles. Un an, dont dix mois de stase sur-luminique qui n’avaient duré que le temps de fermer les yeux et de les ouvrir. Pour Tancrède, il n’y avait donc qu’un peu plus d’un mois et demi qu’il essayait de ne plus penser à la mort de la fiancée de son ami, ni au Foudroyeur.

Il ressentait de la culpabilité à l’idée d’avoir abandonné, d’avoir capitulé face aux pressions et par contrecoup, peu à peu, le Foudroyeur était devenu presque une obsession pour lui. Il le voyait partout et nulle part.

Il avait renoncé pour rassurer Bohémond, mais sa colère face à l’injustice, face à la souffrance de Liétaud, ne s’était pas éteinte.

Et dans le même temps, ce maudit Robert de Montgomery montait en puissance dans les médias – il ne se passait pas une journée sans qu’on le voie sur l’Intra donner son avis sur ceci ou cela – et pavoisait au nom des ultras, formant un pôle de plus en plus puissant avec le comte de Toulouse, Raymond de St. Gilles. Eux, personne ne leur demandait de capituler. Robert pouvait mener toutes les intrigues qu’il voulait contre la famille Tarente, personne ne viendrait lui demander de se faire oublier !

Tancrède avait bel et bien promis à Bohémond de mettre un terme à ses recherches, néanmoins, si une occasion se présentait d’en apprendre davantage, ce ne serait pas vraiment comme reprendre son enquête…

* * *

La file d’attente était déjà longue lorsque j’arrivai devant le Palais de Justice du Saint-Michel. Les gens avançaient au ralenti, filtrés par la police militaire qui tâchait d’éviter la bousculade à l’entrée du tribunal. Aussi, la queue continua de s’allonger bien après mon arrivée.

Lorsqu’enfin on me laissa passer, la grande salle d’audience était presque comble et je dus me frayer un chemin à travers la foule pour parvenir à une place où je pourrais entendre les débats. Même si je me fis invectiver plusieurs fois au passage, je réussis finalement à atteindre un banc non loin des premiers rangs. Un type maigrelet entre deux âges, dont le visage décharné et les yeux un peu fous trahissaient le poivrot, dut se tasser contre un accoudoir pour me laisser m’asseoir. Il me lança en ricanant : « T’as de la chance d’avoir trouvé une place mon gars, y’en à qui sont là depuis des heures pour ça ! »

Ce procès était déjà un supplice pour moi, mais la longue attente que je venais de m’envoyer avait achevé de me mettre de mauvaise humeur.

« Je sais. Les foules sont toujours avides de sang. »

Le décharné ricana de plus belle, sa voix sonnait comme un violon désaccordé :

« Fais pas la fine bouche, mon gars. T’es bien venu toi aussi ! »

Oui, j’étais venu. Bien que m’étant juré de rester à l’écart de ce pseudo-procès, l’idée d’abandonner un ami m’était odieuse. Cela ne changerait sûrement rien pour lui que je sois dans cette foule, mais peut-être mon regard accrocherait-il le sien par hasard et qu’il en serait un peu réconforté.

Pendant les semaines qui avaient suivi le passage dans le tunnel Rœmer, j’avais pris une place de plus en plus importante dans le « Réseau ». Après Cossolat et Sanche, les autres membres importants m’avaient été présentés et j’avais appris à les apprécier. Alors que je craignais de me trouver avec des comploteurs revanchards préparant de mauvais coups contre l’oppresseur, j’avais eu la surprise de découvrir des gens pragmatiques qui avaient simplement décidé de passer à l’action. Ils ne voulaient plus subir le cours des événements, ils voulaient l’infléchir.

À leurs côtés, je m’étais montré plus actif que je ne m’en serais cru capable. Je me surprenais moi-même, d’ailleurs. Comme il était loin le temps où je sermonnais Pascal à cause de sa proximité avec le Réseau ! J’en étais devenu un élément essentiel.

Le choc de la descente de flics au local du Métatron n’en avait été que plus fort.

Je me concentrai à nouveau sur la salle tandis que l’agitation qui s’était emparée des greffiers laissait présager l’arrivée des juges militaires. Un type au physique d’armoire à glace vint alors s’asseoir pile devant moi, me bouchant presque toute la vue.

« Manquait plus que ça, merci ! » fis-je en grinçant des dents.

Je me mordis les lèvres aussitôt. Je n’avais pas vu le grade de lieutenant sur les épaulettes. Le type – une espèce de brun ténébreux à la mâchoire carrée – se retourna et me lança un bref coup d’œil. Il dut estimer que je ne valais pas la peine qu’il s’énerve, car il reporta son attention sur le prétoire sans dire un mot. Je poussai un soupir intérieur de soulagement. Ce n’était pas le moment de se faire arrêter pour quelque chose d’aussi stupide qu’injure à officier.

Soudain, la porte sur le côté de la salle s’ouvrit et un greffier annonça : « Messieurs les Juges ! »

Trois hommes pénétrèrent dans le tribunal, deux colonels et l’évêque Adhémar de Monteil. Même si je ne m’étais guère fait d’illusions sur l’issue de ce « procès », je sus, rien qu’en les regardant, que tout était perdu pour mon ami. Les deux colonels portaient sur le visage les stigmates de la rigidité morale et de l’absence totale d’empathie. Le genre qui ne détenait qu’une seule réponse pour toutes les questions : « Les militaires ne pensent pas, ils obéissent. »

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