Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Il s’installa dans un fauteuil face à son neveu, et le fixa avec gravité.
« Tancrède, il y a autre chose dont nous devons parler. »
Celui-ci ne réagit pas, mais son regard suggérait qu’il savait à quoi s’attendre.
« Aujourd’hui, j’ai eu la désagréable surprise d’apprendre que tu faisais partie de l’Ordre des templiers. »
Il marqua une pause. Tancrède resta silencieux.
« Est-ce vrai ?
— Oui. Ils m’ont approché après la campagne de Surat.
— Si tôt ? Pourquoi ne me l’as-tu jamais dit ?
— Je sais que tu ne les portes pas dans ton cœur, et puis le secret est souvent préférable pour les membres de l’Ordre.
— Ce n’est pas que je ne les porte pas dans mon cœur. Je n’aime pas leur conception de la foi et leur position critique à l’égard du pape. Cela ne fait qu’affaiblir l’ECM !
— Les templiers ne critiquent pas le pape ; plutôt sa politique ou ses choix militaires », répondit Tancrède un peu mécaniquement, comme s’il récitait une leçon.
Entendre ce genre de phrase dogmatique dans la bouche de son propre neveu agaça aussitôt Bohémond.
« Ce n’est pas la critique du pape qui me gêne. Je respecte le Saint-Père parce qu’il est le chef de la chrétienté, sans pour autant faire partie des dévots bêlants qui disent amen à tout ce qu’il fait. » Il haussait le ton malgré lui : « Ce que je n’aime pas avec le Temple, c’est que les maîtres de l’Ordre n’ont qu’un seul objectif : devenir califes à la place du calife ! Seul le pouvoir les intéresse et leur argument de l’orthodoxie n’est qu’un vil prétexte.
— L’Ordre du Temple a une position suffisamment forte aujourd’hui pour être un contre-pouvoir efficace face aux actions immorales des corrompus qui conseillent le pape, et c’est cela qui inquiète les membres du haut clergé ! La foi des templiers est pure et sans tache ! »
Bohémond allait répliquer, mais se ravisa. Un lourd silence s’installa. Même si Tancrède regrettait d’avoir parlé de manière aussi doctrinaire, le ton de son oncle l’avait irrité. Où était-il, lui, lorsqu’il avait eu besoin de soutien après la campagne de Surat ? Les templiers lui avaient offert une béquille lorsqu’il boitait et il leur en était reconnaissant. Néanmoins, il n’était pas naïf au point d’ignorer que Bohémond avait raison sur le fond : les dirigeants de l’ordre ne s’intéressaient probablement pas à autre chose qu’au pouvoir.
Prenant une profonde inspiration afin de retrouver un peu de sang-froid, Bohémond dit : « La pureté de la foi est un concept dangereux à manier. Il peut facilement vous exploser à la figure.
— Tu ne crois pas si bien dire. En 90, après le drame de Surat, j’ai perdu pied. J’ai brutalement réalisé que je n’étais pas l’instrument de la volonté divine comme on me l’avait inculqué à l’école, mais un simple outil de la politique militaire du Vatican. Les templiers sont les seuls à avoir su me parler à ce moment. C’est grâce à eux que j’ai réussi à m’éclaircir les idées. Au début, en tout cas… »
Bohémond baissa la tête.
« En t’entendant, je prends conscience que j’ai failli à mon devoir de mentor. C’est moi qui t’ai poussé vers le métier des armes, et je n’ai pas su te conseiller au moment où tu en avais le plus besoin. »
Il se leva pour aller s’asseoir juste à côté de son neveu, puis lui posa la main sur l’épaule.
« Ne nous disputons pas sur des questions politiques. Tu as fait un choix et après tout, je n’ai pas à le discuter. Accepte cependant un conseil de ton vieil oncle. »
Faisant un effort sur lui-même pour se calmer, Tancrède hocha la tête en signe d’assentiment.
« Pour l’heure, tu as échappé aux sanctions grâce aux craintes que suscite ton ordre en haut lieu, mais ce n’est qu’une première manche. Pierre l’Ermite ne pourra pas éternellement tolérer qu’un simple lieutenant défie son autorité. Tu comprends ? À partir de maintenant, montre-toi irréprochable si tu ne veux pas que tous les saints du ciel te tombent dessus.
— Oui, bien sûr, je comprends. Je sais que je n’aurais pas dû m’emporter. Je vais tâcher de me faire oublier quelque temps.
— À la bonne heure ! Je n’en demande pas davantage. »
Retrouvant enfin le tempérament direct et enjoué de son oncle, Tancrède esquissa un sourire. Il était inévitable que ce dernier apprenne un jour ou l’autre son appartenance au Temple et finalement, il était soulagé que ce soit enfin arrivé. Bohémond avait d’ailleurs plutôt fait preuve de modération dans sa réaction, et il lui en était reconnaissant. Il décida qu’il était temps de changer de sujet :
« À la dernière séance tachy que j’ai eue avec mes parents, ma mère m’a demandé de vous rappeler que vous ne lui aviez pas donné de nouvelles depuis des mois.
— Ah bon ? fit Bohémond d’un air innocent. J’aurais juré l’avoir appelée au moins une fois depuis le début du voyage.
— Elle a été formelle : pas une fois. Elle m’a donc ordonné de veiller à ce que vous le fassiez rapidement, quitte à vous y contraindre par la force ! »
Cette fois-ci, Bohémond éclata de rire pour de bon. Ce rire franc et sonore qui gênait toujours un peu dans les assemblées mondaines, mais qui était parfaitement adapté aux corps de garde.
« Entendu. Je promets que je ferai un effort sur la question dès que nous aurons passé la stase.
— Vous oubliez que la phase sommeil froid va durer dix mois, mon oncle. Donc presque deux ans sur Terre. Je pense que vous feriez mieux de l’appeler aujourd’hui même, sans quoi elle vous en voudra jusqu’à la fin de ses jours.
— Très bien, très bien. Je capitule. Je promets d’aller en cabine tachy avant ce soir. »
La préparation à la stase sur-luminique avait occupé toute la matinée du lendemain.
Si, techniquement parlant, les procédures étaient à peu près comparables à celles de l’appareillage, la frayeur de l’équipage était en revanche bien plus grande. En effet, au moment de quitter l’orbite terrestre, le risque à l’allumage des réacteurs se réduisait à un risque classique d’explosion. Si un problème sérieux était survenu durant cette phase, tout serait parti en fumée, tout le monde aurait été vaporisé. Une tragédie certes, mais une tragédie « familière ».
Or, bien que de nombreux tests aient été menés au préalable, l’activation des moteurs tunnel n’avait été tentée qu’une seule fois en grandeur réelle, lors de la première mission, et tous les colons avaient trouvé la mort par la suite. Certes, ce trépas n’avait rien à voir avec le passage dans le tunnel Rœmer – ils avaient été massacrés par les Atamides –, mais comme présage, on aurait pu faire mieux. En réalité, personne ne pouvait qualifier précisément les risques que l’équipage allait courir à long terme. Voilà ce qui faisait le plus peur.
Comme tous ses hommes, Tancrède était déjà installé dans son alvéole, harnaché et connecté à toutes sortes de capteurs, essayant de se détendre en suivant le compte à rebours sur sa plaque. Il repensa à son entrevue avec Bohémond, la veille. Cela avait été un moment difficile, mais dans le fond, c’était l’une des discussions les plus sincères qu’il ait eues avec lui. Il avait parfaitement raison de lui dire de se tenir à carreau. Il valait mieux arrêter de faire des vagues.
Néanmoins, Bohémond ne pouvait pas comprendre le dégoût profond et absolu qu’éprouvait Tancrède devant l’injustice. C’était un homme animé de nobles intentions, qui savait se montrer bon, mais c’était avant tout un militaire. Les notions les plus importantes pour lui étaient l’honneur et le courage. Tandis que Tancrède ressentait viscéralement le sentiment d’injustice, peut-être – probablement – à cause du traitement qu’on lui avait réservé autrefois après le drame de Surat.