Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
« Tarente ? Tu as un lien avec Bohémond de Tarente, conseiller militaire de cette croisade ? »
Ça, ce n’était pas l’idéal pour le mettre à l’aise. Néanmoins, Tancrède n’avait pas l’habitude d’avoir honte de son nom.
« C’est mon oncle.
— Ton oncle ? Et tu espères que je vais me confier à toi ?
— Pourquoi pas ?
— Disons qu’en général, les nobles ne se montrent pas très enclins à accepter la critique. Dans les hautes sphères, on n’aime pas trop les esprits indépendants.
— Nous ne sommes pas très conformistes dans la famille. Je t’assure que tout ce que tu diras resteras entre nous. »
L’autre eut l’air médusé par son toupet.
« Mais d’où sors-tu, l’ami ? Crois-tu vraiment qu’il est possible pour un homme comme moi de dire ce qu’il pense à un homme comme toi ? »
Soudain, Tancrède frappa du plat de la main sur la table. Il voulait bien rester calme, mais ce jeune homme devait y mettre un peu du sien.
« Cesse de me prendre pour un petit soldat modèle qui pense forcément comme ses chefs ! J’ai servi dans des campagnes militaires où la vie des hommes ne valait rien aux yeux des officiers ! Si tu avais vu les horreurs que j’ai vues, tu saurais qu’après un certain temps à la guerre, on relativise tout. Même lorsqu’on est lié par le sang à l’un des barons d’une croisade ! »
Le jeune homme resta silencieux, le fixant d’un regard pénétrant. Il se méfiait des inconnus, et Tancrède songea soudain qu’il ferait bien de l’imiter. Avec son passé disciplinaire, ce n’était pas une très bonne idée de s’exprimer ainsi en public.
« Si la guerre te dégoûte tant, que fais-tu dans cette campagne militaire ? Je croyais qu’il y avait trop de monde, ça devait être facile de ne pas en être.
— Détrompe-toi. Pour quelqu’un dans ma position, c’était impossible de ne pas en être. »
Il hocha la tête lentement, comme s’il soupesait la réponse. Tancrède décida que c’était le moment de parler à cœur ouvert.
« Écoute, aujourd’hui je suis lassé d’obéir sans discuter. Faire la guerre pour une juste cause est un métier honorable. Mais se retrouver du mauvais côté de la morale est un risque que je ne suis plus prêt à prendre. Je me suis croisé en pensant qu’une cause aussi importante me permettrait de retrouver la tranquillité de l’esprit. Mais désormais, je suis las. Las de tous ces compromis, de tous ces mensonges. Maintenant, je veux comprendre pour obéir, je veux savoir avant d’exécuter.
— Ce n’est pas très “réglementaire” comme attitude…
— Je t’ai dit que je n’étais pas conformiste. Crois-moi, je suis probablement plus proche de tes idées que tu ne le penses. Ce procès m’a choqué tout autant que toi.
— Je ne crois rien. Dis-moi déjà de quoi tu voulais parler, je verrai ensuite si c’est le genre de sujet que l’on peut aborder avec un inconnu. »
Enfin, il se détendait un peu.
« Dans le tribunal, tu avais l’air de penser que tout n’était qu’une mascarade. Pourquoi ?
— Ce n’est pas exactement ce que j’ai dit. J’étais en colère parce que l’homme qui a été jugé… (il se reprit) condamné, était un ami. Les mots ont peut-être dépassé ma pensée.
— Tu te méfies toujours », dit Tancrède. Il essaya de se montrer le plus sincère possible : « Tu dois me croire. Si tu as des informations que les hommes devraient connaître, tu as le devoir de les révéler. »
Le jeune homme s’esclaffa.
« Es-tu sérieux, Tancrède de Tarente ? Si j’avais des « informations », comme tu dis, la dernière chose à faire serait de les révéler. Tu as vu comment ils ont traité mon ami ! Son crime était précisément d’encourager les autres à penser par eux-mêmes. Et puis, quand on est classe zéro, on se fait plutôt oublier que remarquer.
— Classe zéro ? Tu es un enrôlé de force ?
— Eh bien ? Tu n’as pas vu cette marque ? »
Il tapota les deux lignes jaunes sur sa manche. Tancrède se sentit gêné de ne pas avoir remarqué ce détail plus tôt.
« Si, mais je n’avais pas fait le rapprochement. Je n’avais encore jamais discuté avec un inerme.
— Et pour cause, reprit l’autre d’un ton aigre, ils se débrouillent pour qu’on se rencontre le moins possible. Ça fait mauvais genre. Je parie que tu n’as pas dû beaucoup sortir des dômes d’entraînement depuis le début du voyage.
— Non, en effet. Je suis… désolé pour toi qu’on t’ait enrôlé de force. »
Tancrède réalisa alors qu’il n’avait jamais vraiment réfléchi aux problèmes des inermes.
Le jeune homme eut soudain l’air exaspéré. Il se leva aussi brusquement qu’au tribunal.
« Laisse tomber ces conneries ! Tu vois bien que nous n’avons rien à faire ensemble, Lieutenant de Tarente. Allez, à un de ces jours ! »
Tancrède se leva à son tour.
« Non, attends !
— Quoi ?
— Je connaissais la femme qui est morte foudroyée aux buanderies. »
L’autre resta interdit. Il jeta un coup d’œil à la ronde, puis se rapprocha de Tancrède pour dire à voix basse : « Vraiment ? Tu sais quelque chose à ce sujet ?
— Deux ou trois choses. »
Le jeune inerme réfléchit un instant, hésitant.
« Tu serais prêt à en parler ?
— Oui, mais c’est donnant donnant. Tu devras répondre à mes questions aussi. »
L’autre sembla peser le pour et le contre, puis se décida.
« Bon, retrouve-moi demain soir après l’ordinaire au jardin Saint-Jean.
— Entendu, je connais. »
Alors, sans un mot de plus, l’autre se dirigea vers la sortie.
« Au fait ! lança Tancrède. Quel est ton nom ?
— Albéric, répondit l’inerme par-dessus son épaule. Albéric Villejust. »
Ce matin-là, l’instruction était au programme de la 78e unité mixte I/C.
Depuis le début de la deuxième partie du voyage, toutes les unités suivaient à tour de rôle une série de cours sur Akya du Centaure. Pour la 78e, c’était la première fois. La plupart des hommes n’étaient pas emballés à l’idée « d’aller à l’école », mais l’occasion d’en apprendre enfin un peu plus sur leur destination et sur les ennemis leur procurait une motivation suffisante. Néanmoins, l’ambiance était plutôt à la mauvaise humeur.
En effet, le cours était prévu à dix heures et tout le monde était arrivé à temps, sauf leur lieutenant. En l’absence de l’officier, ils avaient dû passer leur tour et retourner en salle d’attente jusqu’à ce que celui-ci se décide à arriver. Pour des soldats habitués à se faire remonter les bretelles à la moindre minute de retard, cette absence était assez agaçante. Aussi, les hommes tuaient-ils le temps en ronchonnant.
Comme souvent, Ardélion exprimait son mécontentement bruyamment :
« Encore au moins deux heures à glander avant le prochain tour, et on ne sait même pas où il est !
— Ouais, grogna un autre homme, c’est déjà chiant de se taper l’instruction, alors si en plus on doit attendre des plombes… »
Olinde, Dudon et Renaud jouaient aux cartes sur un banc, installés près d’une bouche d’aération afin de pouvoir griller une cigarette discrètement, en soufflant la fumée dans le conduit.
« Je me demande ce que le lieutenant pouvait avoir de si important à faire, s’interrogea Olinde. Il n’a même pas inspecté la cabine, ce matin.
— Après l’ordinaire, il a dit qu’il avait un truc à voir et il est parti », répondit Dudon.