Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
L’évêque, quant à lui, affichait une expression affable, mais tout le monde savait que ce n’était qu’une girouette toujours alignée avec le vent. Et aujourd’hui, c’était une tempête qui se préparait à souffler sur l’accusé.
Les juges s’installèrent et le greffier lança d’une voix forte : « Gardes, faites entrer l’accusé ! »
La foule s’agita et murmura tandis que deux policiers militaires traînèrent jusqu’à la barre un homme qui ne semblait pas représenter une grande menace pour l’armée. Les traits tirés, mal rasé, visiblement passé à tabac durant la nuit, les mains et les pieds entravés, j’eus toutes les peines du monde à reconnaître mon ami.
Pourtant, c’était bien Cossolat.
« Seigneur, que lui ont-ils fait ? » dis-je dans un souffle. Cet homme que je ne connaissais que depuis peu, j’avais rapidement appris à l’aimer. Énergique, chaleureux, intelligent sont les mots qui m’auraient servi à le décrire avant son arrestation. Maintenant, ce n’était plus qu’une loque misérable.
Une fois à la barre, on lui enleva les entraves des poignets, mais pas celles des chevilles. Le colonel, qui tenait le rôle du procureur, se leva et s’adressa à lui :
« Accusé ! Vous comparaissez devant ce tribunal militaire parce que les faits suivants vous sont reprochés : complot contre l’état-major et contre l’Église, préparation d’une mutinerie, diffamation et contestation ouverte de la parole pontificale. »
Je fus si outré de l’énormité des accusations que je ne pus retenir une exclamation : « Conneries ! »
L’escogriffe qui s’était assis juste devant moi se retourna à nouveau et me dévisagea. L’intensité de son regard me surprit et je le lui rendis quelques instants avant de détourner les yeux. Il en fit de même tandis que le procureur continuait son introduction :
« Qu’il soit noté que l’accusé a refusé l’avocat commis d’office qui lui était proposé et choisi de se défendre seul. »
Puis, en s’adressant cette fois à la cour :
« Monsieur le juge, Monseigneur, cet homme a été confondu par deux soldats qui, étant en civil au moment des faits n’ont pas éveillé sa méfiance et l’ont clairement entendu proférer de graves accusations à l’encontre du clergé et des autorités militaires de cette croisade. Mettant notamment en cause la probité morale des membres du Conseil Croisé et calomniant jusqu’à Pierre l’Ermite lui-même ! De plus, plusieurs autres témoins, à la moralité irréprochable, ont affirmé l’avoir entendu de nombreuses fois alimenter les plus basses rumeurs qui circulent à bord de ce bâtiment, et particulièrement la plus nuisible de toutes, celle de ce pseudo Foudroyeur ! »
À l’évocation de ce mythe, un bruissement parcourut l’assistance. Un léger sourire aux lèvres, le procureur laissa ses paroles produire leur petit effet.
« Quel amas de stupidités ! »
Aïe, j’ai encore pensé tout haut.
Cette fois, le lieutenant ne se retourna pas, mais il m’avait forcément entendu. Par contre, l’espèce de corbeau que j’avais à ma droite commençait à perdre patience :
« Dis, gamin, tu peux pas la fermer un peu, non ? Si ça te plaît pas, t’étais pas forcé de venir. »
Le procureur enchaîna.
« Et la dernière accusation, qui n’est pas la moindre, est la subversion ! Lorsque cet homme a été appréhendé, il se trouvait dans un local technique inutilisé dont il avait volé les codes d’accès et qu’il avait transformé en imprimerie clandestine. De cet endroit, ce criminel et plusieurs complices toujours en fuite, réalisaient cet infâme tissu de mensonges, ce tract ordurier qu’est le Métatron Hérétique, dont le seul objectif est de fomenter des troubles et de jeter le discrédit sur les personnalités les plus respectables de cette opération militaire ! »
Les effets de manche du procureur trouvaient facilement prise sur ce public venu assister à la curée. Cossolat, en revanche, ne bronchait pas. Depuis le début, je n’avais pas encore eu l’occasion de voir son visage puisqu’il était dos à la salle.
J’avais bien failli me retrouver moi aussi à la barre des accusés. Nous étions plusieurs dans le local du Métatron au moment de la descente des flics. À ce moment-là, Cossolat surveillait le tirage du dernier numéro sur la vieille imprimante optique que nous avions récupérée dans l’un des nombreux débarras du navire, tandis que dans la pièce d’à côté, je planchais avec trois autres activistes sur le texte du numéro suivant.
Lorsque la police militaire avait investi le local, Cossolat avait eu la présence d’esprit de faire sauter l’une des cales de l’imprimante, la faisant ainsi tomber en travers de la porte menant à la pièce où nous nous trouvions. Les trois cents kilos de la vieille tireuse avaient défoncé le battant de métal, bloquant le passage aux policiers, et nous permettant de fuir par la « sortie de secours » que nous avions aménagée dans une gaine technique. Cinq minutes plus tard, nous étions tous dispersés dans la foule de l’Allée Centrale. Tous, sauf Cossolat.
Juste avant de m’échapper, j’avais eu le temps d’entendre les cris que les soldats lui arrachaient déjà à coups de botte.
Le procureur conclut son acte d’accusation sur un ton sec.
« Compte tenu de ces éléments, monsieur le juge, Monseigneur, cet homme a été arrêté et sommé de s’expliquer sur ses actes. Il a bien entendu nié en bloc. Nous avons donc été contraints de recourir à la question. Il y a été soumis toute la nuit et a fini par avouer ses crimes. Il a donc été amené ce matin devant vous afin que vous décidiez du châtiment le plus juste à son égard. »
En se rasseyant, le procureur affichait l’air satisfait de celui qui a bien travaillé. Tous les regards convergèrent vers le juge tandis que celui-ci observait l’accusé. Cossolat n’avait presque pas bougé depuis le début, le dos voûté, la tête baissée et les mains posées sur la barre. Agrippées, devrais-je dire.
« Monseigneur l’évêque de Monteil, dit le magistrat d’une belle voix grave. En tant que juge de la Foi dans ce tribunal, je vous laisse la parole. »
Adhémar se leva avec difficulté. Il n’était pas très âgé, mais nul n’ignorait qu’il luttait depuis longtemps contre une maladie incurable. Ce jour-là, il paraissait encore plus faible que d’habitude, ses gestes étaient prudents à l’excès, comme s’il craignait de se briser les os au moindre contact. Il avait l’air sincèrement triste pour Cossolat.
Sale hypocrite !
« Il semble donc acquis que vous êtes hérétique, mon pauvre ami. Connaissez-vous pleinement le sens de ce mot ? Il signifie que vous vous élevez contre les doctrines de l’Église et que vous vous affirmez comme ennemi de la foi… et donc de Dieu. »
À ce mot, Cossolat releva la tête. Ses épaules se redressèrent un peu et il se tourna à demi vers l’évêque. Je vis enfin son visage, terriblement tuméfié. Sa voix, cependant, était inchangée :
« Je connais en effet le sens de ce mot, évêque. »
Le visage d’Adhémar s’empourpra.
« Accusé, vous devez dire : Monseigneur ! » tonna le juge.
Cossolat hocha lentement la tête, puis reprit : « En grec, hairesis veut dire choix. Donc, si le crime dont vous m’accusez est d’avoir fait un choix, alors je suis coupable. Seul un homme libre peut faire des choix. Et aujourd’hui, la seule manière d’être réellement libre est de choisir de ne pas être dans l’Église, Monseigneur. »