Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Un lourd silence suivit ces paroles. Mon cœur battait follement à l’idée de ce qu’ils allaient faire pour le punir.
Adhémar de Monteil le dévisagea longuement, l’air encore plus attristé qu’au début.
« Vous persévérez donc, malheureux, et vous aggravez votre cas. La seule voie est celle du Christ ! Et ceux qui s’en éloignent se perdent dans les ténèbres de Terreur… Repentez-vous de vos crimes et Son Jugement (il montra le ciel du doigt) sera peut-être clément. Abjurez vos vils principes et votre châtiment terrestre sera adouci ! »
Malgré la douleur qu’il devait ressentir, Cossolat se redressa entièrement, un feu brûlant dans le regard, et dit d’une voix forte : « Je ne redoute pas le jugement d’un Dieu qui n’existe pas ! »
Des cris et des protestations fusèrent dans l’auditoire. Les troupes étaient superstitieuses, et blasphémer aussi ouvertement pouvait effrayer même les soldats les plus endurcis. Adhémar s’effondra dans son siège, jouant la consternation avec talent, tandis que le juge pointait un doigt rageur vers Cossolat :
« Infâme mécréant ! Tu vas avoir le temps de réfléchir à tes paroles impies. Devant ce tribunal, je te condamne comme hérétique à dix ans de Caisson de l’Oubli ! »
Cette fois, la foule resta muette, frappée de stupeur. Je sentis la tête me tourner. Rien, aucun crime, ne méritait un tel châtiment. Cossolat perdit aussitôt le peu de prestance qu’il avait retrouvé. Son visage devint livide et il tomba à genoux. Presque pour lui-même, les yeux fermés, il dit : « Fous que vous êtes, les illusions dont vous vous nourrissez disparaîtront avec vous. Votre Dieu n’est qu’une ombre, une fumée vaine* » Quelqu’un murmura non loin de moi : « Seigneur, ayez pitié de lui. »
« Gardes, emmenez le condamné à sa cellule ! lança le juge en abattant son marteau. Je fixe la date de l’exécution de la sentence à demain ! »
Sans ménagement, Cossolat fut traîné au sol vers la sortie. Il hurla de toutes ses forces : « Vous êtes tous aveuglés par vos dogmes, mais la vérité est toute autre. Soldats, on vous ment ! Cette croisade n’est pas une cause juste, les barons gardent pour eux un secret terrible… »
Un puissant coup de poing dans l’estomac le réduisit au silence, et la porte se referma sur lui. Un murmure d’indignation parcourut la salle. Même pour ce public conquis d’avance, la sentence paraissait effroyable. Dire que je partageais cet état d’esprit était un euphémisme. J’enrageais de tout mon être.
« Ordures ! » grondai-je, me fichant éperdument de savoir si l’on m’entendait.
Je me levai brutalement et pris la direction de la sortie, bousculant tout le monde sur mon passage. Il fallait que je m’extirpe d’ici à tout prix. J’éprouvais une telle nausée que ma vue se brouillait.
Lorsqu’enfin je me retrouvai sur l’esplanade, je pris une longue inspiration. Une minute de plus dans ce tribunal et j’aurais rendu mes tripes sur leur plancher verni !
Soudain, une main se posa sur mon épaule. Je fis volte-face en une fraction de seconde, comme si l’on m’avait frappé, prêt à rendre coup pour coup.
« Oh là, du calme ! dit l’homme en ôtant sa main.
— Que veux-tu, soldat ! » criai-je aussitôt.
C’est alors que je reconnus le géant brun qui s’était assis devant moi au tribunal.
« Oh, pardon, mon Lieutenant. Vous m’avez surpris et je…
— Laisse tomber le grade, veux-tu, répondit l’homme. J’aurais aimé te parler un instant. »
Même si je savais que je devais m’adresser à un officier avec respect, j’étais encore sous l’effet de la colère intense que je venais de ressentir.
« Et pourquoi parlerais-je avec vous ? Je ne vous connais pas !
— Calme-toi, je ne te veux aucun mal, répondit-il. J’aimerais juste te payer un verre et discuter un peu. »
Il avait eu l’air heurté par l’agressivité de ma réponse. Cela éveilla ma curiosité et refroidit un peu ma colère.
« Pourquoi ? demandai-je en essayant de mettre moins d’intensité dans ma voix.
— Je pense qu’il y a des questions sur lesquelles tu pourrais… m’éclairer. »
Ce type semblait de plus en plus gêné. S’il me tendait un piège, il n’était pas très doué pour jouer la comédie.
« Désolé, je n’ai pas le temps.
— Allez, ne fais pas l’idiot. C’est moi qui t’invite et c’est toi qui choisis la taverne.
— Non, je ne préfère pas. J’ai du travail et…
— Quelle tête de mule ! Tu vas accepter le verre que je te propose, parce que c’est un ordre ! »
Je n’étais vraiment pas d’humeur à obtempérer aux injonctions du premier soldat venu cependant, quelque chose dans le comportement de cet homme m’incitait à essayer d’en savoir plus.
« Écoute, je sais que tu dois trouver ça étrange, ajouta-t-il, mais j’ai besoin de parler avec toi. »
Il paraissait réellement embarrassé. Jamais un milicien n’aurait été capable d’être embarrassé par quoi que ce soit. Après tout, je n’avais rien à perdre à écouter ce qu’il avait à me dire. Et puis, à cette époque, je me croyais assez fin psychologue pour le percer à jour si c’était un piège.
Afin de ne pas donner l’impression de céder trop facilement, je le regardai droit dans les yeux pendant quelques instants – ce qui devait être un peu comique vu la différence de taille – puis, poussai un soupir de résignation.
« Allons-y. »
Tancrède avait suivi le jeune homme dès qu’il avait quitté le tribunal.
Il se rendait compte que c’était stupide. Même si ce type savait des choses, il ne les révélerait pas au premier venu. De plus, il s’aventurait sur un terrain glissant qu’il avait délaissé depuis le sermon de Bohémond. Pourtant, le besoin de savoir était plus fort.
L’attitude du jeune homme, lorsqu’il l’avait accosté, l’avait décontenancé. Il s’attendait à de la peur, ou de la méfiance, mais pas à de la colère. Son intuition était donc bonne. Les réactions de cet individu dans le tribunal trahissaient ses liens avec le condamné.
Maintenant qu’ils étaient assis face à face à la table d’une taverne, il se sentait encore plus ridicule. Le jeune homme le scrutait tranquillement, portant de temps en temps la chope à ses lèvres sans y boire réellement. Ce fut lui qui rompit le silence.
« Alors ? Je vous écoute. »
Soudain, Tancrède se rendit compte qu’il l’avait spontanément tutoyé. Il eut un peu honte de la condescendance que cela impliquait à son égard.
« Je t’en prie, laisse tomber le vous. »
Tancrède aurait juré qu’un imperceptible sourire était apparu sur son visage, comme s’il pensait : il veut se la jouer à l’aise, entendu.
« Très bien, je t’écoute. »
Le lieutenant normand pesa ses mots afin de ne pas l’effaroucher davantage.
« J’ai eu l’impression dans la salle d’audience que tu semblais… disons concerné par le sort de cet homme. J’ai pensé que tu aurais peut-être des choses à dire sur certains sujets.
— Pourquoi te ferais-je confiance ? Qui es-tu ?
— Mon nom est Tancrède de Tarente. D’ordinaire, les gens me font confiance. »
C’était un peu solennel, mais c’était vrai.