Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Ma nouvelle tentative pour me défiler n’échappa évidemment pas à Pascal.
« Arrête tes conneries ! me dit-il. Ne l’écoutez pas, ce mec a un don pour se compliquer la vie tout seul. Je peux vous assurer qu’il est prêt. »
Résigné, je me contentai de lever les yeux au ciel. Cossolat intervint :
« Ne t’en fais pas pour ça, me dit-il par-dessus son épaule avec un accent du sud-ouest. Chacun fait ce qu’il peut à sa manière, nous ne portons pas de jugement. Si tu veux apporter ta contribution, même modeste, tu es le bienvenu. Toute aide est précieuse. »
J’acquiesçai de la tête. Il avait parlé avec plus de chaleur que Sanche.
« Tu pourrais recueillir des renseignements pour nous, par exemple. En bossant au bioStruct, tu dois voir défiler un paquet d’informations intéressantes. Il suffirait qu’on se rencontre de temps en temps et que tu nous fasses un rapport sur ce que tu as appris, que ça te paraisse important ou non. Nous ferons le tri.
— Oui, ça, je pourrais le faire.
— De cette façon, on apprendra à se connaître et si tu veux t’impliquer davantage par la suite, il sera toujours temps d’en discuter. »
Décidément, ce Cossolat me faisait bonne impression.
« Entendu, je suis partant.
— Alors, bienvenue parmi nous, Albéric ! »
Les deux hommes se levèrent.
« Cossolat, juste une question », lui lançai-je.
Il s’arrêta, et fit semblant de consulter son messageur afin de donner le change.
« Pourquoi avez-vous appelé votre journal comme ça ?
— Le Métatron est le plus élevé des anges, c’est le porteur de la voix de Dieu.
— Donc, vous avez choisi ce nom parce qu’il ne dit que la vérité, c’est ça ?
— Si on veut. Mais c’est surtout pour faire chier les bigots ! »
Bien que spacieux et relativement luxueux comparés aux cabines collectives des soldats, Godefroy trouvait les appartements de Bohémond de Tarente plutôt simples rapportés à ceux des autres seigneurs. Le comte de Tarente se considérait avant tout comme un soldat, et cela se ressentait jusque dans ses goûts en matière décoration. Certains de ses meubles étaient même de simples fournitures de campagne militaire. D’autres, à l’inverse, avaient l’aspect de précieuses antiquités médiévales, comme ce lourd fauteuil de chêne sculpté dans lequel il se tenait.
Au-delà de ces détails, c’était le désordre régnant ici qui avait frappé le duc flamand. Un véritable capharnaüm constitué d’une invraisemblable quantité d’objets hétéroclites, précieux ou non, utiles ou pas, que son nouvel allié avait amassé au cours de sa vie bien remplie et sans lesquels, de son propre aveu, il ne se déplaçait jamais. En découvrant cette collection inattendue, Godefroy s’était demandé si un seul VTO avait suffi à la transporter à bord.
À la sortie du Conseil, Bohémond avait proposé au jeune duc et à Hugues de Vermandois de venir le rejoindre chez lui afin de s’entretenir des derniers événements. Le commandant de bord, débordé de travail à la veille de la phase sommeil stasique, avait courtoisement refusé. Godefroy, en revanche, avait jugé cette proposition judicieuse.
Bohémond remplit des verres de vin et en tendit un à Godefroy.
« Il vient de mes terres d’Italie du Sud, dit-il en s’asseyant dans le fauteuil d’en face. Bien que ce ne soit pas un grand cru français, il est tout à fait honorable.
— Plus qu’honorable, si vous voulez mon avis, répondit Godefroy après y avoir trempé les lèvres. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’être français pour être un grand cru. »
Bohémond éclata de rire. Comme beaucoup d’autres peuples, les Flamands étaient connus pour leur lassitude à l’égard de l’arrogance des Français dans bien des domaines.
« Je vous ai trouvé songeur durant ce Conseil, Bohémond.
— Je réfléchissais sur la manière qu’ont eue Pierre l’Ermite et Robert de présenter le dérapage de mon neveu.
— En d’autres termes : pourquoi annoncer son appartenance à l’Ordre, puisque cela dissuade de facto le Conseil de prendre des sanctions à son égard ?
— Exactement ! Je constate une fois de plus que nous pensons de la même manière, cher Godefroy. Et quelle réponse apporteriez-vous à cette question ? »
Godefroy se pencha en avant pour prendre la carafe de cristal posée sur la table basse, puis remplit à nouveau son verre. « Il est possible que les ultras avancent leurs pions pour plus tard. L’objectif n’était probablement pas de punir Tancrède maintenant, mais plutôt de vous fragiliser, et tous les modérés à travers vous.
— C’est ce que je pense aussi. Robert jouait un coup. Mais il était nerveux, vous avez remarqué ?
— Cet homme est un serpent ! s’exclama Godefroy. J’ai toujours pensé qu’il avait un esprit retors et malsain. Très franchement, je n’ai pas remarqué de différence aujourd’hui. Ni en mieux, ni en pire.
— Je vous assure que ce damné duc, ainsi que Pierre, sont nerveux ces derniers temps. Quelque chose les tracasse. »
Godefroy s’enfonça dans le creux de son siège, étirant les jambes pour se détendre.
« C’est possible. Cet homme me dégoûte tant que j’avoue avoir du mal à discerner les nuances de son comportement. »
Un léger tintement électronique les interrompit. Bohémond se leva pour se rendre à la console murale qui clignotait. Il toucha le carré lumineux sur l’écran et le visage de Tancrède apparut, debout devant la porte d’entrée. Bohémond toucha la zone « ouverture », puis revint vers son invité.
« Il est arrivé », lui dit-il simplement.
Tancrède traversa le vestibule d’un pas rapide en se dirigeant vers la porte du salon. C’était probablement là que Bohémond l’attendait.
Il ignorait pourquoi celui-ci lui avait demandé de venir, mais il s’en doutait un peu. Ils ne s’étaient pas vus très souvent depuis le début du voyage, et son oncle préférait en général le rencontrer à l’extérieur plutôt que dans ses appartements. Toujours sa sacro-sainte impartialité ! Au moment de pousser la porte du salon, il entendit une autre voix et se demanda qui Bohémond pouvait bien inviter chez lui.
« Bonjour, mon oncle », dit-il en pénétrant dans la pièce, puis, surpris en découvrant Godefroy de Bouillon assis dans l’un des fauteuils, il marqua un temps d’arrêt. « Entre, Tancrède ! lui lança Bohémond. Rejoins-nous ! » Un peu raide sous le regard de Godefroy, Tancrède s’avança afin d’embrasser son oncle, puis se retourna pour s’incliner devant son invité.
« Bonjour, Tancrède, je suis content de vous revoir. »
La voix du seigneur flamand était chaleureuse.
« Tout le plaisir est pour moi, Monsieur le Duc.
— Je vous en prie, appelez-moi Godefroy. »
Conscient de l’honneur qui lui était fait, Tancrède inclina la tête poliment, puis s’installa à son tour dans un fauteuil, tandis que Bohémond lui servait du vin. Ce dernier attaqua aussitôt, d’une voix forte : « Alors Tancrède, on peut dire que tu as fait parler de toi ! Il semble que tu aies fait preuve d’une conception très personnelle de la discipline militaire ! Penses-tu que ton attitude soit digne d’un véritable soldat ? Accepterais-tu que l’un de tes hommes se comporte comme tu l’as fait ce matin ? »
Gêné, Tancrède gardait les yeux baissés ; il s’attendait bien à quelques remontrances, mais certainement pas devant Godefroy de Bouillon.
« Je peux vous expliquer… », commença-t-il. Son oncle l’interrompit aussitôt, continuant sur un ton encore plus sévère.