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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Pierre l’Ermite se fit la réflexion que malgré les désaccords fréquents qui l’opposaient à ce seigneur « modéré », il aurait pu faire exactement la même déclaration sans avoir à en retrancher un mot.

« N’est-ce pas là un charmant tableau que nous dépeint le duc de Basse-Lotharingie ? répondit Robert de sa voix la plus mielleuse. Ce serait tellement formidable si tous les hommes de bonne volonté, et cætera, et cætera … »

Afin d’accentuer sa dernière phrase, il avait agité sa main en l’air d’une façon désinvolte, tout en envoyant à Raymond de St. Gilles un regard de connivence.

Il faut toujours que cet imbécile salisse tout, pensa Godefroy de Bouillon, piqué au vif. S’il croit que je vais avoir la patience de Bohémond, il

« Assez, Monsieur le Duc ! lâcha sèchement Pierre l’Ermite, tuant dans l’œuf la réplique imminente de Godefroy. Le Conseil Croisé n’est pas réuni pour savoir si vous aimez ou non l’Ordre du Temple ! »

Le sourire sucré de Robert s’effaça aussitôt ; personne ne lui parlait jamais sur ce ton.

« De plus, continua Pierre en se tournant vers Raymond de St. Gilles, il n’est pas question de mettre les templiers en difficulté comme vous le proposez. L’Ordre des chevaliers du Christ est certes peu influent à bord du Saint-Michel, mais n’oubliez pas qu’il l’est bien davantage sur Terre. »

Hugues de Vermandois, qui s’intéressait peu aux intrigues politiques, s’interrogea à voix haute : « La question est : pourquoi le neveu de Bohémond est-il persuadé que la mort de cette femme n’est pas accidentelle ? N’y aurait-il pas là un lien avec ce mythe étrange circulant parmi les hommes d’un tueur fou rôdant la nuit et foudroyant ces victimes ?

— Balivernes ! » rétorqua Pierre en se mettant soudainement à crier.

Hugues sursauta.

« Je, euh… reprit Pierre d’une voix tremblante de colère, je commence à en avoir assez de cette rumeur stupide et de l’importance qu’on lui donne. Les hommes sont trop désœuvrés à bord et inventent des histoires païennes pour se divertir, voilà tout !

— Mais… Je n’insinuais aucunement que ce mythe fût vrai, bégaya Hugues, décontenancé par le brusque accès de colère du Prætor peregrini. Je cherchais simplement une explication éventuelle au comportement curieux du neveu de Bohémond. »

Observant l’échange entre les deux hommes, Godefroy de Bouillon restait silencieux, le visage indéchiffrable. Il n’avait rien perdu de la réaction qu’avait eue Pierre l’Ermite à l’évocation de ce « mythe ».

« Bien que ce conte pour simples d’esprit ne contienne pas une once de vérité, conclut Pierre sur un ton froid et déterminé, il ne rencontre que trop d’écho parmi les troupes. Il est évident qu’il est l’œuvre de ce groupe de dissidents qui torpillent la discipline du bord en publiant clandestinement un brûlot blasphématoire. »

Il se leva pour mettre fin à la séance.

« Tout ceci n’a que trop duré ! Il est grand temps de mettre un terme aux agissements de ces renégats et de la manière la plus convaincante qui soit pour ceux qui seraient tentés de prendre leur relève. Je ferai passer des consignes spéciales en ce sens aux tribunaux militaires. »

* * *

« Viens, on s’en va, dis-je à Pascal. Ils ne viendront pas.

— Attends encore ! Ils ont à peine une demi-heure de retard. Pas de quoi fouetter un chat. »

J’avais avalé mon repas en cinq minutes, assis sur un banc de jardin public, en compagnie de Pascal qui, lui, prenait son temps pour terminer le sien. Il cherchait évidemment à m’obliger à rester. Le but de la manœuvre était que je ne me défile pas pour le rendez-vous organisé avec ses amis. La pause déjeuner du Diamant durant une heure, il avait encore le temps de réussir son coup.

Toute la matinée, alors que nous étions intégrés à l’lnfocosme du Nod2 où personne ne pouvait nous entendre, nous avions longuement parlé de l’agression. À mon grand regret, j’avais bien été obligé de reconnaître que la position que j’avais adoptée depuis le début sur la condition d’inerme ne tenait plus. Il m’était impossible de me contenter de baisser la tête jusqu’à mon retour. Ces chiens ne nous laisseraient jamais en paix. Qui sait même si on nous renverrait vraiment chez nous après cette croisade ? Cette idée était si horrible pour moi que je devais lutter constamment pour l’empêcher d’occuper mon esprit. Il faudra bien qu’ils me ramènent chez moi, d’une manière ou d’une autre !

Du coup, alors que jusqu’à présent je passais mon temps à essayer de dissuader Pascal de frayer avec des contestataires, c’était lui qui était parvenu à me convaincre de collaborer avec eux. Mes dernières réticences avaient été brisées par le terrible désir de vengeance qui m’habitait depuis ce matin. Or, maintenant que je me trouvais assis sur ce banc, à attendre le premier contact avec des « résistants », je sentais ma volonté fléchir. Le plus important n’était-il pas de tout faire pour rentrer, pour ne pas abandonner Guillemette et papa à leur sort ?

Mais si je me fais tabasser tous les deux jours, je ne reviendrai pas vivant !

« Les voilà », dit Pascal, en avalant sa dernière bouchée.

Deux types s’approchaient de nous. Le genre de types tellement communs qu’on ne les remarque même pas. C’était probablement l’effet recherché, mais je crois que je m’attendais à quelque chose de plus impressionnant. Ils vinrent s’asseoir dans l’herbe, à quelques mètres de notre banc, en prenant soin de ne pas nous regarder. Ces airs de conspirateurs à la petite semaine me donnèrent une furieuse envie de pouffer. Le visage tuméfié de Pascal me rappela qu’ils avaient quelques raisons d’être prudents.

« Je te présente Cossolat et Sanche, me dit Pascal sans les regarder. Ils sont du Métatron Hérétique. »

Le dénommé Cossolat avait une grande mèche blonde qui lui tombait devant les yeux, l’obligeant à la ramener sans arrêt derrière l’oreille ; Sanche avait les cheveux bruns coupés en brosse et de longues cicatrices sur le visage. Je crus un instant qu’il avait été lui aussi été frappé à bord, mais me ravisai aussitôt : ces marques avaient l’air anciennes.

« C’est le mec dont tu nous as parlé ? demanda Sanche d’une voix rauque.

— Oui. Il travaille avec moi au Diamant. C’est un bio-informaticien. Il s’appelle Albéric.

— Il est aussi fort que tu le dis ?

— Oui, et tu es encore loin de la vérité. »

J’eus une petite bouffée d’orgueil en entendant cela. Pascal ne m’avait jamais dit qu’il estimait à ce point mes compétences. Mais inutile de jouer les hypocrites, je savais très bien l’effet que je faisais en général aux autres pupitreurs.

« Alors, Albéric, demanda Sanche, tu te sens prêt à nous rejoindre ?

— On a été passés à tabac ce matin, ça m’a fait réfléchir.

— Faut jamais louper une occasion de réfléchir. »

Je ne savais pas si c’était ironique, donc je continuai sans relever.

« J’aimerais y aller progressivement. Je ne veux plus subir la situation sans agir, mais je ne veux pas me mouiller à fond pour le moment. Si vous trouvez ça lâche et que vous ne voulez pas perdre votre temps avec moi, je comprendrais parfaitement. »

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