Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 73 74 75 76 77 78 79 80 81 ... 188
Перейти на страницу:

« Je n’y avais jamais pensé… » Mercurio s’arrêta.

Anna coupa les cheveux au-dessus de l’oreille. « Tu n’es qu’un petit arnaqueur, c’est ça ? Un vaurien qui n’a pas d’idéal et pas de rêves. »

Mercurio fronça les sourcils. « Tu ne peux pas comprendre…, marmonna-t-il.

— Regarde-moi. » Anna lui mit un doigt sous le menton et l’obligea à tourner la tête vers elle. Elle vérifia la longueur des cheveux, écourtant ici et là, à coups de ciseaux rapides. Puis elle passa derrière Mercurio pour les finitions et reprit la parole. « Tu ne penses pas que vivre dans une fosse d’égout renfermait déjà ton projet ?

— Quel projet il peut y avoir à vi… »

Anna lui donna une bourrade. « Tiens donc ta langue ! Qui commande ? Ta langue ou toi ? Tu n’as pas fini d’écouter que déjà tu parles.

— J’ai entendu ce que tu as dit, fit Mercurio, vexé.

— Et tiens-toi droit, si tu ne veux pas que je me casse le dos. »

Mercurio soupira.

« Pourquoi vivais-tu dans une fosse d’égout ? », reprit Anna, d’un ton revêche.

Mercurio haussa les épaules et eut un petit rire. « Parce que je n’avais plus envie de rester au chaud dans le palais de mes parents, bien logé, bien nourri… »

Anna lui donna une autre bourrade. « Si tu me prends pour une idiote, on peut s’arrêter là, dit-elle, sérieuse. Essaie de répondre à ma question. On sait tous les deux que tu n’as ni père ni mère, que tu étais pauvre à crever de faim, que la vie est une charogne, que tout le monde t’a toujours traité à coups de pied dans le cul et blablabla et blablabla. » Anna lui agita les ciseaux sous le nez. « Pourquoi tu n’es pas resté avec ce Scalzamorto ?

— Scavamorto, dit Mercurio en souriant.

— Quelle importance ? Ne fais pas le malin avec moi. Je commence à perdre patience !

— Parce que…

— Quelle tête de mule tu fais, Pietro Mercurio des Orphelins de Saint-Michel Archange, souffla Anna. Être dans une fosse d’égout puante, dans le noir, sans rien à manger, seul comme un chien, c’était mieux que…

— Il nous enchaînait à nos lits ! explosa Mercurio. Comme des esclaves ! Comme si on était à lui !

— Alors que dans ta fosse d’égout tu étais…

— Libre, bordel de merde ! »

Anna fit mine de lui donner une claque. « Attention à ce que tu dis, méchante langue. » Puis elle tendit la main vers le visage de Mercurio et le caressa. « Libre, mon enfant. Libre, oui. »

Mercurio ne savait pas pourquoi il avait envie de pleurer. Il se retint. Mais c’était comme si quelque chose s’était cassé en lui. Ou comme une reddition. Ses pensées étaient confuses.

« Pour quelqu’un qui n’a jamais eu la passion de la mer, c’est bizarre de vouloir tout à coup posséder un navire, reprit Anna. Allons, quelle est la première chose que tu m’as dite à propos de ton rêve ?

— Que j’emmènerai Giuditta avec moi…

— Non.

— Le Nouveau Monde…

— Non ! » Anna le secoua par l’épaule. « Rappelle-toi ton émotion !

— Que je voulais… être… » Les yeux de Mercurio de remplirent de larmes.

« Dis-le !

— Libre…

— Répète.

— Je voulais être libre. »

Anna le prit dans ses bras. « Oui, mon trésor. C’est cela que tu veux. Que tu as toujours voulu. Pas un navire, pas le Nouveau Monde, tu ne sais même pas comment c’est, et si ça se trouve c’est peuplé de sauvages. Mais être libre. C’est ça, ton projet. Ça l’a toujours été. » Elle s’écarta et lui prit de nouveau le visage entre les mains, émue. « Toi, la liberté, tu l’as dans le sang. Et dans le cœur. Tu… tu sais vraiment ce que c’est. Et tu veux l’offrir aussi à Giuditta. » Elle le reprit dans ses bras. « Tu as un projet beaucoup plus grand qu’un misérable navire. Tu t’en rends compte ? »

Mercurio la regarda. La chaleur du feu séchait déjà ses larmes.

« Que veux-tu que ce soit, un navire ? », se mit à rire Anna en se levant. Elle prit un balai de paille et poussa les mèches de cheveux vers le feu. Elle en ramassa une, la tint un instant dans sa main et la regarda, les yeux perdus dans le passé. « Merci, mon garçon, dit-elle. Autrefois je coupais ceux de mon mari. C’est beau de le faire à nouveau. » Puis elle jeta les cheveux dans le feu et les écouta grésiller.

Mercurio se dit qu’il n’était pas encore libre. Parce que maintenant il appartenait à Scarabello. Mais avec l’aide d’Anna, tout se résoudrait, pensa-t-il. Et il en éprouva une sensation encore plus chaude que celle du feu dans la cheminée.

Il se projeta dans le passé, vers sa vie d’autrefois, et se vit petit garçon, debout au bord de la fosse commune par-delà la piazza del Popolo, à Rome. Il se souvint de sa colère quand il scrutait les cadavres amoncelés à la recherche de celui de sa mère. Parmi les morts. Espérant la trouver morte. Même s’il n’avait aucune chance de la reconnaître, ne l’ayant jamais connue. Il se rappela — et le comprit alors —, que Scavamorto tentait de l’arracher à cette colère en lui faisant jouer à qui était ma mère. Il comprit que Scavamorto, à sa manière, comme un maître avec un esclave, avait eu une sorte d’affection pour lui. Et dans son cœur, à cet instant-là, il lui pardonna.

Mais il n’avait jamais cherché un père. Il avait toujours voulu une mère.

Là, devant la cheminée, il éprouvait une sensation nouvelle de plénitude intérieure. Et il eut peur que ce ne soit pas réel.

« Nous deux, on est une famille, hein ? », dit-il alors.

41

« Aujourd’hui, au port, on m’a parlé d’un équipage macédonien qui a voulu détrousser deux Juifs l’an dernier, un père et sa fille. Mais dans leurs malles ils n’ont trouvé que des cailloux. » L’éclat de rire d’Ester retentit, cristallin, plus fort que le bruit du ressac.

Shimon Baruch s’arrêta pour la regarder. Ses pieds s’enfonçaient dans le sable, à la lisière de l’eau.

Elle s’arrêta aussi et répondit à son regard, nullement intimidée. Le vent ébouriffait ses cheveux, soulevant des mèches dans sa coiffure en tresses patiemment enroulées autour du front et retenues par de fines épingles d’os. Un coup de vent plus fort arracha son foulard en soie brodée, fixé sur la partie supérieure de la tête. Ester tenta de le rattraper mais la brise l’emporta et le fit danser dans les airs comme un papillon. Ester rit de nouveau.

Shimon ne se laissa pas distraire par le vol du foulard. Il continua de fixer les yeux d’Ester, verts comme des scarabées, et ses lèvres pleines et roses.

« Ce n’est pas drôle ? », demanda-t-elle, avec un sourire.

Shimon acquiesça. Il ne sourit pas. Il n’avait pas encore appris. Mais il savait qu’Ester n’attendait pas cela de lui, pas plus qu’elle ne s’attendait à le voir courir comme un gamin sur cette plage où ils se rencontraient tous les jours pour marcher, depuis qu’il avait décidé de s’arrêter quelque temps à Rimini.

Elle rougit un peu, sous son regard intense.

Elle ne s’attendait pas non plus à ce qu’il soit heureux, pensa Shimon.

Ester se tourna pour regarder le foulard, qui s’était envolé dans l’eau et flottait, semblable à un nénuphar. Elle regarda Shimon, lui sourit de nouveau et haussa les épaules. Cela n’avait pas d’importance. Elle voulut reprendre leur promenade.

1 ... 73 74 75 76 77 78 79 80 81 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)