Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Eberwolf, toujours bravache, s’écarta de la barrière à laquelle il s’appuyait.
Mikael le fixa sans rien dire. Il éprouvait une sensation agréable. « Tu sais quoi ? finit-il par dire, savourant cette émotion nouvelle.
— Qu’est qu’y a, Crottin Sec ?
— Tu me fais pas peur… Elderstoff, dit Mikael d’une voix calme, avant de s’en aller.
— Je m’appelle Eberwolf ! », cria l’autre.
Mikael ne se retourna pas.
41
Le dimanche, les Noirs et les Verts étaient regroupés de chaque côté de l’enclos. Sur l’estrade siégeaient Ojsternig, Agomar, Arialdo de Tarvis, la princesse Lukrécia, le prince Marcus et le curé du palais. Les familles de ceux qui devaient se battre s’étaient massées avec angoisse au fond de la cour. Plus près de l’enclos, les serviteurs et les soldats, une chope de bière à la main. Les prostituées formaient un groupe à part.
La journée était froide mais le ciel limpide, de ce bleu immaculé qui ne se voit qu’en montagne. Le soleil dessinait des ombres parfaites sur le sol de la cour.
Forts de leur écrasante victoire du dimanche précédent, les Noirs piaffaient comme les chevaux dont le marchand qui veut les vendre a saupoudré le cul de poivre. Les Verts se dandinaient sur place, effrayés par ce qui les attendait.
« Aujourd’hui auront lieu les combats individuels, annonça Agomar. Chacun de vous devra faire la preuve de ses capacités. »
Eberwolf, surexcité, serra les poings. Il lança un rapide regard vers le prince, s’inclina, et Marcus répondit d’un signe de tête satisfait.
Mikael, au milieu de son groupe, semblait pensif. Sa rencontre avec Volod l’avait profondément troublé. Il ne savait plus s’il l’admirait. Son cynisme l’avait désorienté. La réponse qu’il était venu chercher avait fait naître de nouvelles questions. Eloisa et lui en avaient beaucoup parlé.
« C’est pas du tout un héros ! avait conclu Mikael avec agacement. Tu t’aveugles à cause de ce qu’on raconte de lui. Mais en fait, tu n’en sais rien.
— À ce que tu m’as raconté, en tout cas, c’est pas quelqu’un qui se remplit la bouche de belles paroles », avait répondu Eloisa, agacée.
Mikael lui en avait voulu. Il s’était renfermé sur lui-même et avait mis fin à la conversation.
Ceux de son équipe se serraient maintenant autour de lui. Il se souvint de s’être battu pour les défendre, un à un, dans la bataille du dimanche précédent. Ils avaient besoin qu’on leur torche le cul, parce qu’ils ne savaient pas le faire tout seuls. Volod avait raison.
Mikael se tourna vers les familles des paysans, à la recherche d’Eloisa, et croisa son regard. Il posa la main sur son cœur.
« Notre Seigneur bien-aimé, maître de vos vies, va maintenant choisir les deux premiers combattants », annonça Agomar.
Ojsternig se leva et regarda vers les Noirs.
Eberwolf fit un pas en avant.
Ojsternig l’ignora et tendit le doigt vers un garçon petit et trapu, au visage large et à l’expression stupide. « Toi », dit-il, avant de se tourner vers les Verts.
Tous, à l’exception de Mikael, baissèrent les yeux.
« Regardez-moi ! », cria Ojsternig d’une voix impérieuse.
Les Verts levèrent alors des regards effrayés, chacun priant pour ne pas être choisi.
Ojsternig tendit le doigt vers un gamin de treize ans à peine, long et fin, grandi trop vite sans avoir le temps de forcir, malgré les durs travaux des champs. Son thorax était caréné comme celui de certains oiseaux, et ses épaules voûtées.
« Que les deux combattants pénètrent dans l’enclos », dit Agomar.
Ojsternig remarqua que Mikael avait pris par le bras le gamin des Verts pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille. Puis il l’avait répété aux autres. « Qu’est-ce qu’il a dit ? », demanda Ojsternig à Agomar.
Agomar n’en savait rien.
« Dignité », dit la princesse.
Ojsternig se retourna avec étonnement vers sa fille, qui parlait rarement. « Dignité ? », demanda-t-il en fronçant les sourcils.
Lukrécia n’ajouta rien. Elle regardait Mikael.
Irrité, Ojsternig sortit un mouchoir blanc brodé de la manche de sa houppelande italienne tissée de fil d’or. Il vit sa fille continuer de regarder Mikael. « Tu n’aimes pas ce spectacle, ma fille ?
— Si, beaucoup.
— Pourtant tu n’as d’yeux que pour le ramasse-merde.
— Comme vous, père.
— Le spectacle est ailleurs, dit Ojsternig avec irritation.
— Vous croyez ?
— Tu devrais regarder ton époux.
— Je le regarde aussi souvent que vous le regardez, père. »
Ojsternig la fixa un instant avant de se tourner vers l’enclos, et leva le mouchoir qui donnerait le signal du combat.
Mais Emöke s’était détachée du groupe des prostituées et s’avançait vers Mikael. Elle lui prit le bras et dit : « Tu sais que Gregor ne vit plus chez sa mère, hein ? »
Mikael étreignit sa main, les yeux pleins de compassion. Il aurait voulu être le premier à lui annoncer la mort de Gregor, mais il n’avait pas eu ce courage. « Tu l’as appris…, dit-il.
— Bien sûr.
— Je suis désolé, je…
— Il est avec moi, maintenant, le coupa Emöke, un sourire angélique dans le regard. Il est avec moi au château. »
Mikael fut encore plus triste.
Ojsternig, le mouchoir à la main, suivait la scène.
« J’ai un message pour toi de la part de Gregor, continua Emöke du même ton absent.
— Dis-moi, répondit Mikael pour ne pas contrarier sa folie.
— Il veut que tu saches que tu n’es pas un lâche comme lui », dit Emöke.
Mikael sentit un frisson le long de son échine. Comment pouvait-elle connaître ses pensées ? Il recula d’un pas.
Mais Emöke le retint. « N’aie pas peur, le rassura-t-elle, le regard flou posé sur un monde qu’elle était seule à voir. Il m’a dit que s’il peut, il t’aidera. »
Les yeux de Mikael se mouillèrent de larmes.
« Alors, la Folle, tu prophétises ? » dit Ojsternig en riant.
Emöke se tourna vers lui. Elle pencha la tête pour le regarder, comme un animal qui entend un son inhabituel.
« Allez, partage tes prophéties avec nous, se gaussa-t-il. Fais le bouffon de cour, et parle-nous du combat.
— Qu’est-ce que tu veux savoir, Seigneur ? »
Mikael retint Emöke par le bras. « Emöke, non…
— Lâche-la », ordonna sèchement Ojsternig.
Mikael lâcha Emöke et se tourna vers Eloisa, inquiète elle aussi.
Emöke s’avança vers l’estrade. « Qu’est-ce que tu veux savoir ? »
Une crainte superstitieuse agita les soldats.
Ojsternig promena son regard sur ceux qui siégeaient sur l’estrade et désigna Arialdo de Tarvis. « Dis-moi, ce que tu vois ? M’est-il fidèle ? »
Emöke fixa le vieux comptable. « Tu es un homme bon, lui dit-elle. Mais tu es obligé d’avoir des idées méchantes. Et comme un fleuve qui court vers la vallée, tu n’arriveras jamais, pas un seul instant de ta vie, à changer de route. »
Ojsternig sourit. « L’oracle dit que tu me seras fidèle, Arialdo. Grand bien te fasse. »
Sur le visage du vieil homme, la tristesse était apparue, et ses épaules s’étaient abaissées imperceptiblement.
« Qu’est-ce que tu as dit au garçon ? demanda Ojsternig à Emöke.
— Je lui ai transmis un message de la part de mon mari, Seigneur.