Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Ojsternig leva un mouchoir brodé. « Dès que ce mouchoir touchera le sol, la bataille commencera. »
Les proches des jeunes gens se serraient les uns les autres, angoissés, perdus.
Les pieds des combattants foulaient la terre même où son père s’était battu jusqu’à la mort contre Agomar et ses hommes. Une fureur terrible enflamma Mikael, mais ses ennemis n’étaient pas l’équipe des Noirs. “Un combat de chiens”, se répéta-t-il sourdement.
Ojsternig lâcha le mouchoir, qui plana dans l’air avant de toucher les planches de l’estrade.
« Guerre ! cria Agomar.
— Ne vous battez pas, dit alors Mikael aux garçons de son équipe. Montrez-leur qu’on n’est pas des chiens. »
Ils le regardèrent sans comprendre. Certains firent quelques pas vers leurs adversaires. D’autres avaient un petit sourire nerveux.
« Guerre, par Dieu ! », hurla Agomar.
Eberwolf, après un regard vers Ojsternig puis vers le prince Marcus, s’avança et bouscula violemment un garçon des Verts qui faisait la moitié de sa taille.
Ojsternig rit et l’encouragea : « Vas-y, le lâche ! Achève-le ! »
Eberwolf ferma son poing et frappa le menton du garçon qui s’abattit sur le sol.
Cependant, dans un camp comme dans l’autre, les autres ne bougeaient pas.
« On n’est pas ses chiens, répétait Mikael. On n’est pas ses chiens. »
Ojsternig se leva, agacé. Il s’adressa à l’un des garçons de l’équipe des Verts. « Où est ta mère ? », lui demanda-t-il.
Le garçon courba les épaules et la chercha parmi les spectateurs. À contrecœur, il la désigna.
« Coupez-lui une oreille ! », ordonna Ojsternig à un homme d’armes, qui dégaina aussitôt son poignard et se dirigea vers la femme, qui s’était réfugiée dans les bras de son mari.
« Non… murmura le garçon.
— Alors bats-toi ! », cria Agomar.
Le garçon ne bougeait toujours pas. L’homme d’armes avait pris sa mère par le bras.
« Bats-toi, mon fils ! cria son père en tentant d’arracher sa femme à la prise du soldat. Bats-toi, pour ta mère ! », répéta-t-il, les larmes aux yeux.
Le garçon serra convulsivement les poings et se jeta en hurlant sur l’un des Noirs, qu’il frappa à l’aveugle.
L’adversaire, surpris, encaissa son coup de poing dans l’estomac. Mais comme le garçon se retournait pour voir si le soldat avait lâché sa mère, l’autre s’était relevé et l’avait frappé en pleine nuque.
En un instant, ce fut la bagarre générale.
Ils s’élancèrent les uns sur les autres. Certains avaient l’habitude de se battre et d’autres moins, mais dans la confusion chacun moulinait des poings et des pieds. Les uns tombaient tout de suite, d’autres reculaient devant une attaque, d’autres encore se laissaient emporter par le combat, oubliant toute limite.
Le sang coula bientôt sur tous les visages.
Au début, Mikael était resté immobile. Mais quand il vit que les Verts avaient le dessous, il se jeta dans la mêlée, parant les coups sans les rendre, essayant de protéger les plus faibles et répétant : « On n’est pas comme ça ! On n’est pas ses chiens ! »
Ojsternig l’observait, fasciné. « Ce ramasse-merde, j’aimerais l’avoir à mes côtés dans la bataille. Pas le genre à tourner le dos pour se sauver à toutes jambes », dit-il à Agomar.
Celui-ci lui désigna Eberwolf, qui s’ouvrait sans pitié un chemin parmi les combattants. Il frappait par derrière, cognait sur les plus faibles, envoyait des coups de pied dans les testicules, mordait pendant les corps-à-corps, donnait d’épouvantables coups de tête à ceux qui s’approchaient trop.
« À la fin, c’est celui-là qui restera debout », dit Agomar.
Ojsternig regarda de nouveau sa fille, et vit Lukrécia fixer Mikael. Il avait éveillé son attention.
Bientôt, le visage de Mikael fut le plus couvert de sang. Quand il le pouvait, il ne rendait pas les coups. Il se plaça plus d’une fois devant Eberwolf qui s’acharnait sur un adversaire à terre. Il vit un garçon aux cheveux roux bourrer de coups un enfant plus petit et plus maigre, roux lui aussi. « Richard, c’est ton frère ! », lui cria-t-il, en l’obligeant à reculer.
Richard avait un regard de possédé. Le cri de Mikael sembla un instant le ramener à la réalité. Il s’arrêta et fixa son frère, qui avait le nez cassé. Mais, excité par la bagarre comme un animal, il se jeta aussitôt sur un autre, envoyant partout des coups de pied et des coups de poing.
« Reste par terre, rends-toi ! dit Mikael au gamin roux dont il avait pris la défense.
— Non ! », cria le gamin, qui se jeta à son tour sur son frère.
À la fin, dix Noirs et deux Verts restaient debout. L’un des Verts était Mikael, l’autre Fabio, le fils du paysan qui conduisait la charrue. À l’inverse de son père, il n’était ni fort ni robuste mais il était nerveux, agile, doué pour la bagarre. Parmi les Noirs, il y avait Eberwolf. Les jeunes gens se regardaient en haletant. Il était clair que les Noirs avaient gagné.
« Jusqu’au bout ! », hurla Ojsternig.
Mikael cracha par terre. Un crachat rouge de sang.
« On va les coincer », dit Eberwolf au reste de son équipe.
Les dix Noirs encerclèrent Mikael et Fabio, et s’en approchèrent en même temps. Tous les deux, dos à dos, levaient les poings.
Juste avant l’attaque finale, Mikael leur lança : « On n’est pas comme ça ! On n’est pas ce qu’il veut qu’on soit ! Montrez-leur qu’on n’est pas comme ça ! »
Mais les Noirs, comme une meute de loups, attaquèrent tous au même moment. À force de cogner sur les deux Verts, ils les eurent bientôt mis à terre.
Ojsternig riait.
Mikael était à genoux. Comme son père. À l’endroit même où Agomar l’avait tué. Et, comme son père, il leva un regard fier vers Eberwolf qui s’apprêtait à l’achever.
L’autre, joignant ses deux poings, le frappa violemment dans le dos.
La douleur fut terrible, et Mikael tomba, le nez dans la poussière.
Ojsternig proclama les Noirs vainqueurs et annonça que le dimanche suivant auraient lieu les combats singuliers.
Eberwolf, bouffi d’orgueil, s’était tourné vers lui.
Mais sans lui accorder un seul regard, Ojsternig se leva et partit.
Le prince Marcus s’avança de son allure indolente jusqu’à Eberwolf. « Tu es un champion, dit-il de sa voix mélodieuse. Si tu continues à gagner, un jour, en récompense, je te ferai baiser ma putain. »
Eberwolf s’inclina presque jusqu’à terre. « Merci, Monseigneur. »
Personne ne s’inclinait jamais devant Marcus, pas plus qu’on ne l’appelait “Monseigneur”. Il lui caressa la joue et dit : « Nous ferons de grandes choses ensemble ». Au moment de s’éloigner, il se retourna et lui fit un sourire charmeur.
Eloisa se pencha sur Mikael : « Tu peux te lever ? »
Il la regardait, sentait ses mains sur son visage mais son cœur était plein de désespoir. « On n’est pas comme ça… On n’est pas des chiens féroces… dit-il d’une voix pleine de douleur. On n’est pas comme ça… hein ? »
Eloisa ne répondit pas.
40
« Occupe-toi d’Harro, dit Mikael deux jours plus tard à Eloisa.
— Où tu vas ? »
Ils se regardèrent en silence. Une inquiétude se lisait dans les yeux d’Eloisa.
« Occupe-toi d’Harro », répéta-t-il. Et il partit.
Il avait des bleus sur tout le corps mais ne se souciait plus de la douleur physique. Il était devenu fort. Comme une bête de somme.