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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Ton mari est mort, folle. Il s’est pendu », dit Ojsternig avec cruauté.

Emöke fit mine de ne pas avoir entendu et continua, imperturbable, à le regarder.

« Et tu saurais prédire l’avenir de ce garçon ? demanda Ojsternig.

— Bien sûr, Seigneur. » Emöke se tourna vers Mikael. « Il réalisera son destin par l’épée, qui transformera tous en un seul. Mais avant, il devra commettre un crime qui n’est pas un crime.

— Que veux-tu dire ?

— Toute chose dit ce qu’elle veut dire, Seigneur. »

Ojsternig tendit le doigt vers Agomar.

Emöke le regarda. Puis elle franchit la clôture de l’enclos dans lequel devaient combattre les jeunes gens et regarda par terre, comme si elle cherchait quelque chose. Pendant qu’elle tournaillait en silence, les serfs, qui n’avaient pas peur d’elle, ricanaient. À un moment, semblant avoir trouvé ce qu’elle cherchait, elle s’arrêta. Elle posa la main sur le sol et se tourna vers Agomar. « Ici, dit-elle en le regardant.

— Quoi, ici ? demanda Agomar d’une voix arrogante qui cachait mal sa tension.

— Ici, répéta Emöke. Ça se passera ici. De la même façon dont ça s’est déjà passé.

— Quoi ? ricana nerveusement Agomar.

— Et c’est lui qui décidera de te rendre la pareille ou pas. »

Mikael eut un nœud à l’estomac. L’endroit où son père avait été tué. Tué par Agomar.

Eloisa ouvrait de grands yeux.

Agomar cracha en direction d’Emöke. « T’es qu’une pauvre folle. »

Ojsternig remarqua sa nervosité. Amusé, il se tourna cette fois vers le prince. « Et que peux-tu me dire de cette chiffe molle ? »

Emöke revint devant l’estrade et regarda brièvement l’usurpateur. « Tu n’auras rien, sinon le costume d’un autre, lui dit-elle simplement.

— Mais je t’aurai chaque fois que je voudrai, putain », répliqua Marcus avec rancœur.

La plupart des soldats se mit à rire.

« Et ma fille ? demanda Ojsternig.

— Chère dame, dit Emöke à la princesse avec une note de tristesse dans la voix, je suis désolée. Tu auras un homme petit, mais il ne sera pas à toi.

— Pas mal, brave femme, répondit Lukrécia d’une voix lointaine. J’en connais déjà beaucoup, des hommes qui sont petits.

— Pour finir, dit Ojsternig, de plus en plus amusé par ce changement de programme, parle-moi de ces jeunes gens. Choisis celui qui sera le vainqueur du tournoi. »

Emöke se tourna vers l’équipe des Noirs, sans hésiter. Mais tandis qu’elle s’en approchait, son pas devint hésitant. Arrivée devant Eberwolf, elle le regarda longuement puis se cacha les yeux de ses mains. Quand elle les enleva, son visage était sillonné de larmes. Elle fixa Eberwolf en hochant la tête, incapable de parler. « Tu feras pleurer les anges, lui dit-elle enfin, avec une voix pleine de douleur. Et tu finiras dans ta propre fange. » Le visage mouillé de larmes, elle revint face à Ojsternig.

« Bien, c’était très amusant, dit Ojsternig avec un rire forcé, partageant le léger malaise de l’assistance. Je t’élèverai peut-être au rang de bouffon. Mais tu me parais mélancolique tout à coup. »

Emöke essuya ses larmes. « Et toi, Seigneur, tu ne veux pas savoir ce que le destin te réserve ? »

Ojsternig la fixa.

Emöke tendit le doigt vers lui en serrant les lèvres. Son doigt vibrait comme pour le maudire. « Toi… tu aimeras », dit-elle.

Ojsternig éclata de rire. « Ça ne risque pas d’arriver ! dit-il en riant. Tu ne vaux pas grand-chose comme devineresse. Mais tu m’as bien amusé, la Folle ». Puis, à ses soldats : « Emmenez-la ».

Ils la prirent sous les aisselles et l’entraînèrent à l’intérieur.

Ojsternig restait silencieux, tous les regards tournés vers lui. Il se leva. « Assez. Partez. Cela commence à m’ennuyer. » Il descendit de l’estrade et remonta dans sa chambre.

Il ne savait pas pourquoi, mais la Folle l’avait troublé. Ça n’avait aucun sens. Par nature, il était froid comme de la glace. Comment aurait-il pu ressentir de l’amour ? C’était ridicule. Pourtant, avec une insistance absurde, il voyait apparaître une fêlure en lui.

« Non ! », cria-t-il avec rage.

Il ne trouva pas Emöke dans la pièce où logeaient les prostituées. Elle était avec le prince, lui dit-on. Dans la chambre du prince, la porte était entrouverte. Il vit Emöke de dos, la jupe relevée. Eberwolf la prenait fougueusement par derrière. Et Marcus l’encourageait, les yeux brillants de désir, serrant les mains autour de ses fesses et les poussant au rythme de ses reins.

Ojsternig resta là, à regarder.

À ce moment-là, Emöke se tourna vers lui. Ses lèvres remuèrent doucement, murmurant quelque chose.

42

Ils étaient face à face, la Folle et lui. Elle le regardait avec une expression sérieuse, pénétrante. Quand la respiration de la Folle s’arrêtait, la sienne s’arrêtait aussi. Il avait l’impression de se noyer. Et un instant avant la mort, la Folle souriait et recommençait à respirer. Il recommençait à respirer aussi, comme au sortir d’une longue apnée.

Ojsternig se réveilla dans un cri, trempé de sueur.

Son serviteur, inquiet, apparut aussitôt.

« Va-t-en, imbécile ! », cria Ojsternig, hors d’haleine.

Le serviteur s’inclina et referma la porte.

Sous sa couverture de loup, il était hors d’haleine. En nage, tout en ayant froid. Un froid qui ne venait pas de la pierre grise des murs, du foyer à demi éteint, de l’automne qui dessinait sur les vitres épaisses un étincelant réseau de givre. Ce froid, c’était son cœur de glace qui attendait d’être réchauffé.

« Qu’est-ce qu’il m’arrive ? », se demanda Ojsternig avec angoisse.

Il passa sa main dans ses cheveux, mouillés et collés à ses tempes. Elle tremblait.

« Toi… tu aimeras », avait dit la folle. Sa voix était entrée en lui comme la malédiction d’une sorcière. Il savait que les plus puissantes sont les malédictions de ceux qui ont subi une injustice. La Folle lui avait jeté un sort. Le Démon lui avait donné la clé pour entrer dans son corps, et elle y avait brisé quelque chose, ouvert une crevasse. Par cette crevasse, une chaleur le pénétrait. La chaleur des sentiments ? Était-ce pour cette raison qu’il avait froid ? Cette maudite sorcière lui avait-elle inoculé la maladie des sentiments ?

« Non ! », s’écria-t-il.

Jamais il ne deviendrait faible.

Mais il resta au lit jusqu’au soir, recroquevillé sous la peau de loup.

« Tu aimeras. » Ojsternig avait maintenant l’impression de prononcer lui-même cette malédiction. C’était sa propre voix. Comme s’il admettait la possibilité d’aimer.

« Père… », dit-il tout bas, cherchant à écouter son cœur. « Père », répéta-t-il, d’une voix presque enfantine. Puis : « Mère… ». Il resta immobile, à attendre. Il lui sembla ressentir une sorte de petit chatouillis dans la poitrine, à la hauteur du cœur.

« Non ! », cria-t-il encore. Et il se leva d’un bond.

Il s’habilla et descendit à l’écurie, où il s’empara d’une torche.

Averti par les écuyers, Agomar vint se placer devant lui et demanda, d’une voix altérée : « Où allez-vous, Seigneur ?

— Ôte-toi de là. »

Agomar s’écarta.

Ojsternig éperonna son cheval. Il traversa le village au galop, fit résonner les planches du pont sur l’Uque et remonta à travers bois la route vers le col. Dès que la bête ralentissait, il l’éperonnait sauvagement. Au col, l’animal écumait, les flancs blessés. Il le lança dans la descente, traversa Dravocnik sans même s’en apercevoir et pénétra dans le château, à présent désert, où il avait grandi. Il laissa son cheval dans la cour, sans même l’attacher. Une autre torche à la main, il monta au premier étage.

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