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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Des pas approchaient.

« Il dit qu’il veut te parler. »

Mikael sentit qu’on défaisait son bandeau. Face à lui, Volod le Noir, avec ses yeux clairs et intenses de loup.

« Ah, c’est le paysan, dit Volod, d’une voix blasée. Comment va ton chien ?

— Il est vieux, répondit Mikael. Mais il est fort. »

Volod sourit à peine, distant, sans gaieté. Lui aussi portait sur le visage les signes de la faim.

L’homme qui avait glissé la miche de pain dans sa casaque la tendit à Volod, qui la regarda en murmurant : « Du pain… Grippetout, partage-le avec les autres.

— Dieu te bénisse, Volod », dit Grippetout.

C’était une petite clairière cernée de murailles rocheuses, une forteresse naturelle cachée aux yeux du monde. Le fond en était plat, avec un mélèze énorme juste au milieu, et une petite cascade coulant d’une paroi qui s’élargissait ensuite pour former un puits d’eau limpide. Il y avait là une vingtaine d’hommes, fatigués, l’air souffreteux.

Grippetout se dirigea vers eux et partagea la miche entre ceux qui l’entouraient. À la fin, un garçon qui boitait fortement s’approcha. Grippetout avait à la main le dernier morceau restant, qu’il lui donna sans hésiter. Un autre coupa le sien en deux et le partagea avec Grippetout. Et ceux qui n’avaient pas encore mangé leur part en firent autant.

« Tu veux quoi ? demanda rudement Volod à Mikael.

— Une réponse, dit Mikael, touché par la scène qu’il venait de voir. Mais je l’ai déjà trouvée. »

Volod partit, se dirigeant vers une caverne que Mikael n’avait pas remarquée. « Alors, adieu », dit-il.

Mikael le suivit.

Dans la caverne, l’air était plus chaud. Trois feux brûlaient dans des foyers de pierres.

« De l’écureuil, dit Volod en montrant de la viande en train de griller sur une petite broche. On doit s’en contenter. Il n’y a pas beaucoup de cerfs, et les loups sont meilleurs que nous pour les chasser. » Il sourit, distant. « Au fond, les écureuils, c’est pas si mal… quand on n’a rien d’autre à se mettre sous la dent. »

Mikael s’assit à l’endroit que Volod lui indiqua. « Vous avez appris pour les exécutions, messire ? », demanda-t-il.

Le regard de Volod se teinta de colère puis de douleur. « C’est à cause de ces exécutions que nous souffrons de la faim. Nous n’attaquons plus les convois d’Ojsternig. On ne peut pas permettre à ce bâtard de vous tuer comme des rats. » Son visage s’assombrit.

« Ça n’est pas votre faute, messire, dit Mikael.

— Si, au contraire. J’ai échoué, répliqua Volod d’une voix pleine de regret. J’ai raté ma cible. J’aurais dû le tuer quand j’en avais l’occasion. Tous ces morts pèsent sur ma conscience. » Il regarda Mikael. « Et arrête de m’appeler messire et de me dire vous.

— Excusez… excuse-moi.

— Dis-moi pourquoi tu es là. Me fais pas perdre de temps en bavardages. »

Mikael lui raconta le combat du dimanche précédent. Il dit ce qu’il avait vu dans les yeux des jeunes gens qui se battaient. « On n’est pas comme ça, hein ? », demanda-t-il pour finir.

Volod le fixa de son regard de loup. « Si, on est comme ça, mon garçon », dit-il enfin, avec dureté.

« C’est pas vrai ! Je viens de voir tes hommes partager le pain…

— On est exactement comme ça », le coupa Volod d’une voix impitoyable. Il fit une longue pause. « Nous, on a tranché la gorge à des soldats qui étaient blessés, à terre, désarmés. Sans hésiter. Comme des chiens féroces.

— Et c’est pas juste ? demanda Mikael.

— J’en sais rien, paysan. Tu poses des questions trop compliquées pour un homme comme moi. » Volod montra la clairière de la main. « Je me demande combien de temps il faudra encore avant qu’on devienne de simples brigands. On a faim. On ne tient plus sur nos pattes. La faim, ça empêche de dormir, tu sais ça ?

— Non…

— Ça empêche de dormir », répéta Volod. Sa voix était fatiguée. « La vie devient trop longue. Les nuits trop noires. Et tu ne sais plus ce qui est juste ou pas. » Il soupira et hocha la tête. « Il faudrait qu’on parte.

— Où ? demanda Mikael.

— N’importe où, là où il y a quelque chose à manger, sourit Volod avec amertume.

— Vous pouvez pas nous abandonner ! », s’écria Mikael.

Volod le fixa longuement. « T’es qui pour me dire ça ?

— C’est quoi, la liberté ? », demanda alors Mikael.

Volod hocha la tête. « J’en sais rien, paysan. Pas un de nous n’est né libre, donc on n’en sait rien. C’est juste une idée qu’on se fait. Et notre idée de la liberté, pour le moment, elle est empoisonnée par la faim.

— Qu’est-ce qu’on va faire, nous, si vous partez ?

— Vous ? s’exclama Volod rageusement. Vous cherchez seulement quelqu’un qui vous torche le cul, parce que vous savez pas le faire tout seuls ! » Il saisit la main de Mikael et la serra fort. « Tu m’as demandé si on était des bêtes féroces, comme ces garçons qui se battent entre eux comme des chiens. Oui. La réponse est oui. La seule différence, c’est que nous on se bat pour quelque chose, pendant que vous, vous restez à regarder.

— Et vous irez où ?

— C’est pas ton affaire.

— Mais nous, qu’est-ce qu’on va faire ?

— Vous choisirez d’être des hommes ou du bétail, comme tu dis, fit gravement Volod. Nous, on lutte pour notre dignité. Et quand t’en auras assez de toute cette merde, si à l’intérieur de toi tu es un homme, tu découvriras que toi aussi tu es un chien féroce.

— T’en vas pas, s’il te plaît, dit Mikael. Sans toi, on n’aura plus d’espoir.

— Tant pis pour vous. Ça veut dire que votre espoir valait pas grand-chose. » Les yeux de Volod n’étaient plus qu’une fente. « Moi, je dois m’occuper de moi et de ceux qui m’entourent. Je ne laisserai jamais ces hommes courageux devenir des brigands. Ou perdre leur dignité. Parce que c’est tout ce que nous avons. C’est notre seule conquête. »

Mikael, tête baissée, restait silencieux.

« Faut t’en aller maintenant, dit brusquement Volod. Oublie comment t’es arrivé ici.

— Je veux me joindre à vous, dit Mikael dans un élan.

— Non, répondit sèchement Volod.

— Pourquoi ?

— Tu prendrais le pain de mes hommes, dit Volod. J’ai pas besoin d’un paysan qui ne sait pas combattre et qui se remplit la bouche de belles paroles. »

Mikael rougit.

« Va-t-en, maintenant », dit Volod.

Mikael se leva. « J’espère que tu trouveras le soleil la nuit. »

Volod fronça les sourcils. « Ça veut dire quoi ?

— Il y a bien longtemps, j’ai entendu deux vieux dire que vous, les rebelles, vous êtes ceux qui trouvent le soleil la nuit. »

Le visage de Volod se durcit. « Bavardages. Va-t-en. »

On lui banda à nouveau les yeux puis on lui fit faire de nombreux détours pour qu’il ne puisse pas se repérer. Enfin, on détacha son bandeau. Les hommes restèrent immobiles tant qu’il n’eut pas disparu.

Au village, Mikael vit Eberwolf au milieu d’un groupe d’amis. Tous portaient le bout de tissu des Noirs à leur cou. Il faillit faire un crochet pour rentrer chez lui mais, sans savoir pourquoi, il décida de continuer droit devant lui.

« On se retrouve dimanche au château, Crottin Sec ! », dit Eberwolf à son passage.

Par un vieux réflexe, Mikael marcha les yeux baissés et le dos courbé, sous les rires d’Eberwolf et des autres. Soudain il s’arrêta, et revint en arrière.

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