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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Non.

— Moi, je veux devenir un homme. »

Il y eut un long silence.

Eloisa l’attira à elle et l’embrassa. « On y arrivera, chuchota-t-elle.

— On y arrivera, répéta Mikael.

— J’ai peur…

— De quoi ?

— Demain, c’est dimanche. Tu vas devoir combattre.

— Non. Je ne suis pas son chien. »

Eloisa resta silencieuse. Puis elle commença à le caresser, et leurs respirations entrecoupées firent bientôt taire toutes leurs pensées. Après l’amour, pourtant, elle répéta : « J’ai peur… »

Le dimanche matin, quand Mikael arriva au château avec Agnete et Eloisa, la cour était déjà pleine de gens.

Malgré le froid et la mauvaise saison qu’annonçait chaque matin un ciel gris perle, bas et oppressant, les bûcherons avaient abattu pendant toute la semaine une grande quantité d’arbres, surtout des hêtres. La population les avait transportés jusqu’au village pour construire les futurs logements des familles des bûcherons, et les abris pour les moutons et les vaches. La montagne était comme blessée. Parfois, à l’aube, on apercevait des chevreuils qui regardaient autour d’eux, désorientés.

Toute la semaine, tandis que villageois et nouveaux arrivants commençaient à échanger quelques phrases prudentes pour tester leur cohabitation future, les garçons n’avaient parlé que de la sélection du dimanche. Beaucoup étaient excités. L’espoir de devenir écuyer ou soldat emplissait leurs nuits de rêves de gloire, leur faisait imaginer une vie affranchie de la terre. Ce matin-là, Eberwolf était arrivé le premier dans la cour du château.

En entrant, Mikael vit une estrade où se tenaient Ojsternig, Agomar, la princesse Lukrécia et le prince Marcus, flanqués d’Arialdo de Tarvis et du curé du palais. Tous, serviteurs, hommes d’armes, villageois, jeunes gens attendant la sélection et putains de la soldatesque, s’étaient massés au pied de l’estrade. Emöke aussi était là.

Devant l’estrade, deux rangées de cordes solidement attachées à quatre poteaux fichés dans le sol délimitaient un rectangle de vingt verges sur dix. On aurait dit un enclos pour le bétail. Mikael leva les yeux vers le château, reconstruit presque à l’identique, et regarda la fenêtre de ce qui avait été sa chambre. Il crut sentir à nouveau l’odeur du bois qui fumait dans la cheminée, la douceur du matelas en laine de mouton sur lequel il dormait, bien au chaud sous des couvertures en peau de loup doublées de lin fin. Ses pensées allèrent à Eilika, la fidèle gouvernante qui dormait au pied de son lit sur une pauvre paillasse. À l’époque, tout cela lui semblait normal. Il ne s’était jamais demandé s’il était juste qu’Eilika, qu’il aimait pourtant, dorme comme un chien à ses pieds.

« Pour moi aussi, elle était du bétail, murmura-t-il.

— Qu’est-ce que tu dis ? », demanda Eloisa.

Mikael la regarda, se rappelant le jour où il lui avait donné sa part de tourte à la viande de cerf. Maintenant il connaissait la faim, comme tous les serfs de la glèbe, et il savait ce qu’elle avait dû éprouver en la mangeant. Mais pour lui, en ce temps-là, cette nourriture si raffinée, si spéciale, n’était rien. « Tu m’as sauvé la vie pour une tranche de tourte à la viande », lui dit-il.

Eloisa le fixa droit dans les yeux puis laissa errer son regard sur cette cour, qu’elle revoyait, comme lui, rouge de sang, dévastée par les flammes. « C’est la meilleure chose que j’aie jamais mangée », répondit-elle.

Mikael eut honte. Il lui avait donnée seulement pour se débarrasser d’elle et jouer tranquillement à cache-cache avec Eilika. Eilika, son chien fidèle, qui dormait chaque nuit au pied de son lit. « Rien n’est comme ça devrait être… », dit-il dans un murmure.

Agomar se leva. « Défilez un par un devant votre prince », annonça-t-il aux jeunes gens, dont beaucoup piaffaient comme de petits taureaux.

Eberwolf poussa de l’épaule le garçon qui était devant lui et s’avança le premier. Malgré le froid piquant, il portait une casaque sans manches qui laissait voir les muscles puissants de ses bras. Sûr d’être plus fort que les autres, il ne doutait pas d’être choisi, convaincu que sa vie allait changer.

Du haut de l’estrade, Ojsternig lui jeta un regard distrait. « Je me souviens de toi, dit-il. Tu es le lâche. »

Le thorax d’Eberwolf se dégonfla aussitôt, comme s’il avait reçu un coup de poing à l’estomac.

« Nous verrons ce que tu sais faire, dit Ojsternig en se débarrassant de lui d’un revers de la main. Va dans l’enclos et mets-toi à droite. »

Mikael remarqua que le prince Marcus, l’usurpateur, regardait Eberwolf avec intérêt. Eberwolf aussi s’aperçut du regard de Marcus, et lui fit une révérence maladroite.

Le deuxième garçon qui se présenta avait de grandes mains mais des épaules étroites, et il était un peu bossu.

Ojsternig se mit à rire. « À gauche. » Il se tourna vers Lukrécia.

Elle avait le regard absent, plein d’ennui.

Le deuxième garçon franchit les cordes et se plaça de l’autre côté de l’enclos.

« Le berger choisit les bêtes pour l’abattoir, murmura Mikael d’une voix sourde.

— Tais-toi, pour l’amour de Dieu », le supplia Agnete.

Tous les jeunes gens du village se présentèrent l’un après l’autre à l’examen. Ojsternig les répartit en deux groupes, à droite ou à gauche.

Mikael observait les autres. Ceux qui auraient aimé devenir soldats et quitter la terre se comportaient comme les chiens mâles qui en rencontrent un autre. Ils voulaient paraître à leur avantage. Ceux qui avaient peur se comportaient en revanche comme des proies, les yeux baissés, les épaules affaissées.

« Allez, ramasse-merde, c’est ton tour », ordonna Ojsternig.

Eloisa serra fort sa main. « Vas-y et ne fais pas l’idiot, s’il te plaît, lui recommanda-t-elle.

— Ramasse-merde, viens ici ! cria Ojsternig.

— Vas-y, gamin, n’aie pas peur, dit Agnete.

— C’est plus un gamin », lâcha Eloisa.

Une émotion profonde envahit Mikael, mais il n’avait pas peur. Il avança d’un pas sûr jusqu’à l’estrade.

Ojsternig, sans le regarder, fixait un point derrière lui.

Mikael se retourna, une inquiétude au cœur. Il comprit que les yeux d’Ojsternig s’étaient posés sur Eloisa, qui soutenait fièrement son regard. “S’il te plaît, ne le regarde pas”, lui dit intérieurement Mikael, alarmé.

Ojsternig s’adressa à lui. « À gauche », dit-il.

Passant par-dessus les cordes, il rejoignit les autres.

Les serfs de la glèbe retenaient leur souffle.

Agomar se leva. « Vous formez deux équipes », annonça-t-il avant de faire un signe à des serviteurs, qui apportaient sur un plateau de minces bandes de lin noires et vertes. « Que l’équipe de droite noue à son cou les bandes noires, et l’équipe de gauche les vertes. Les couleurs de la maison de vos seigneurs, le prince d’Ojsternig et le prince Marcus II de Saxe. »

Mikael serra les poings.

Les serviteurs distribuèrent les rubans de couleur, que les garçons attachèrent à leur cou.

Ceux de droite, les Noirs, étaient vingt, et ceux de gauche, les Verts, dix-neuf.

« Vous êtes ennemis, leur dit Agomar. Au signal de votre prince, vous commencerez à vous battre. Équipe contre équipe. Les Noirs contre les Verts. Pas de règles, tous les coups sont permis. » Il se rassit.

“Un combat de chiens”, pensa Mikael plein de rage. Il se tourna vers Eloisa et vit qu’elle avait l’air effrayé. Puis Agnete l’attira contre elle et passa le bras autour de ses épaules.

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