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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Il préféra éteindre la chandelle. Eloisa lui avait dit qu’il déboucherait sous la cuisine, dans une cave où personne n’allait jamais. Mais les habitudes du château n’étaient peut-être plus les mêmes. Il écouta, n’entendit rien et monta les dernières marches, pour se retrouver dans une pièce aux murs bas, froide et humide, creusée à même la roche. L’incendie n’avait pas pu arriver jusque-là. C’est pourquoi Eloisa était si sûre que le passage était resté praticable. Dans la pièce, tout un bric-à-brac : une table boiteuse, deux tonneaux crevés, des chaises sans rembourrage, des caisses rongées par les rats.

Dans la paroi de droite, il vit une petite porte, neuve. L’ancienne avait dû brûler dans l’incendie. Il espéra qu’elle n’était pas fermée mais elle s’ouvrit sans effort, dans un grincement à peine audible.

Les premières lueurs du matin lui montrèrent un espace sous la cuisine, laquelle était au niveau de la cour. Il prit une profonde inspiration, serra fort les poings pour décharger la tension, rabattit sa capuche et monta les sept marches menant à l’arrière-cuisine.

Chefs, sauciers et marmitons s’affairaient. On enfournait le pain, les jambons grésillaient déjà sur les broches. Il baissa la tête pour passer devant la porte, restée ouverte, et arriva dans la cour. Personne. On y avait construit la baraque où logeaient les prostituées. Il espérait qu’Emöke serait là, et non en prison, d’où il n’aurait jamais pu la faire sortir. Mais Emöke n’avait sans doute pas été jugée capable de s’enfuir. Sans compter qu’elle n’aurait pas pu échapper aux cinq sentinelles qui montaient la garde devant la grande porte.

Les épaules voûtées, Mikael inspecta l’intérieur du bâtiment des prostituées.

Elle était bien là, assise, tranquille, occupée à converser avec quelqu’un qu’elle était seule à voir. Mais il y avait les autres. L’une des prostituées, prise de peur, pourrait donner l’alarme. Comment attirer l’attention d’Emöke ?

Soudain, elle fronça les sourcils, comme si quelqu’un lui disait une chose bizarre. Elle regarda vers l’ouverture au-dessus de la porte et croisa le regard de Mikael. Alors, sans qu’aucune des filles n’y prête attention, elle se dirigea vers lui.

Une fois dehors, sans avoir l’air étonnée, elle le regarda, silencieuse.

« Allons-y », dit Mikael, la voix étranglée de peur. Elle ne bougeait pas. Il la prit par la main et se souvint du jour où Ojsternig l’avait envoyé la chercher, quand elle errait dans ce champ, en proie à une douleur qui l’avait rendue folle. Il lui avait dit : « Viens, s’il te plaît ». Et il l’avait amenée à Ojsternig. C’était peut-être ce qui lui dictait ce devoir de la libérer. Il se sentait responsable.

Emöke sourit et se laissa guider dans la cour. Ils passèrent par les arrière-cuisines, descendirent les sept marches vers la cave et se glissèrent dans la trappe du passage secret. Mikael replaça la fausse pierre. Une fois arrivé au bas des escaliers, il s’aperçut qu’il avait retenu sa respiration jusque-là. Il souffla comme s’il remontait du fond des eaux, le temps de se calmer.

Emöke était sereine. Elle ne posait pas de questions.

« Viens, lui dit Mikael en lâchant sa main et en s’acheminant dans le boyau.

— Viens, Gregor », dit Emöke derrière elle.

Là où le boyau se resserrait avant de sortir à l’air libre, Mikael s’arrêta. « Il faut attendre la nuit », dit-il. Il étendit son manteau. « Assieds-toi, Emöke ».

Elle s’assit, regardant devant elle en silence.

Une heure plus tard, Mikael s’approcha de l’entrée, que masquaient les branches de pin. Des cavaliers s’étaient lancés à bride abattue dans les champs, d’autres exploraient les fourrés. Impossible de tenter une sortie. Ils devaient rester cachés là, dans la gueule du loup, malgré la peur. Les recherches cesseraient avec l’obscurité, puis reprendraient le lendemain à l’aube. S’ils s’éloignaient suffisamment du château cette nuit, leurs chances augmenteraient.

À la mi-journée, ils se partagèrent la tranche de jambon. Mais aucun des deux ne toucha au pain.

Mikael pensait sans cesse à Eloisa.

« Tu comprends, Emöke, que tu ne reviendras plus jamais ici ? lui dit-il, le cœur lourd.

— Moi, non. Mais toi, oui. » Emöke le fixa de son regard vide.

« Et c’est ici, ajouta-t-elle, que ton destin s’accomplira. »

Mikael baissa les yeux, et resta immobile jusqu’à la tombée du soir. Il était temps de partir. Si on les découvrait, on les tuerait. Et Mikael n’était pas aussi sûr d’être prêt à mourir qu’il l’avait dit à Eloisa. La peur le retenait, assis là dans ce boyau comme dans la trappe d’Agnete quand il était enfant. Il allait se lever, quand il entendit un froissement de branches près de l’entrée : « On est découverts ! »

Une voix murmura : « Sortez ! »

Mikael, bouche bée, entendit la voix dire encore, avec une pointe d’angoisse : « Mikael, t’es là ? Dis-moi que tu es là ! »

Une joie immense l’envahit et il se précipita vers l’entrée. Ses mains, ses genoux s’écorchaient sur la pierre dure et froide. Dès qu’il fut sorti, il s’agrippa aux épaules d’Eloisa. « Pourquoi ? Pourquoi ? C’est de la folie ! », dit-il d’une voix rauque. Puis il la prit dans ses bras, traversé par une émotion irrésistible.

Eloisa se serrait désespérément contre lui. « Je voulais tellement te voir, même si c’était la dernière fois, lâcha-t-elle entre deux sanglots. Il fallait que je sache si tu étais vivant…

— C’est de la folie…

— Et puis je voulais te dire… » Elle fit une pause, comme si parler lui coûtait un effort immense. « Te dire… que ce que tu fais… c’est juste. Et que je suis fière de toi. »

Les larmes aux yeux, Mikael la serra encore plus fort.

« Emöke… ? demanda Eloisa.

— Elle est là. » Mikael se tourna vers l’entrée du boyau. « Viens, Emöke. »

Emöke apparut. Eloisa la prit dans ses bras, mais Emöke resta inerte, comme si elle n’avait conscience de rien. Inquiète, Eloisa leva les yeux vers Mikael.

« On y arrivera », lui dit celui-ci. Il caressa son visage, passa les doigts sur ses lèvres. « Mais je veux que tu t’en ailles, maintenant, Eloisa.

— Non ! »

Mikael posa les mains sur ses épaules. « Le jour où je t’ai dit que nous devions partir, tu m’as répondu que tu ne pourrais jamais laisser ta mère seule.

— Je vous accompagne jusqu’au pont.

— Non. S’ils nous trouvent, ils… »

Eloisa lui posa le doigt sur la bouche. « Ne le dis pas ! N’essaie même pas à le dire !

— Alors va-t-en », dit Mikael.

Eloisa se serra de nouveau contre sa poitrine, comme pour le retenir.

Mikael l’écarta, le regard résolu. « Va-t-en, répéta-t-il.

— Ne t’inquiète pas, Eloisa », dit Emöke.

Eloisa la regarda. Et soudain elle se sentit étrangement rassurée, à voir son reflet dans ces yeux fous.

« Je reviendrai, je te le jure, lui dit Mikael d’une voix cassée.

— Oui, tu reviendras », acquiesça Eloisa. Elle se redressa et disparut dans la nuit, tel un chat.

Mikael dit alors à Emöke : « Allons-y ».

Ojsternig avait placé deux soldats devant le pont sur l’Uque. Ils étaient assis par terre autour d’un feu, une bonne dizaine de verges avant le pont, auquel ils tournaient le dos. Bavardant et riant, ils se passaient une fiasque de vin. Leurs épées plantées dans le sol ressemblaient à des croix dans la lumière tremblotante des flammes.

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