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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Il s’arrêta devant une porte en chêne. Le sang battait dans sa gorge.

Il entra avec prudence, sachant pourtant qu’il n’y avait personne.

La torche éclairait une chambre aux murs de pierre froide dépouillée de tout ornement.

Là où s’était trouvé son lit, il ferma les yeux et se tint à l’écoute. Ce chatouillis dans son cœur semblait avoir cessé. Un miroir de cuivre brillant était resté posé sur le sol. Il le prit, anxieux de ce qu’il allait y voir, et l’éleva à hauteur de son visage. Il examina l’expression de ses yeux, cherchant la trace d’un sentiment.

« Père, pourquoi vous ne m’aimez pas ? », dit-il.

Il se regarda. Rien. Aucun sentiment dans son cœur.

Alors il éclata de rire. « Tu n’aimeras pas ! » Et il brisa le miroir.

Sans plus forcer sa bête, il repartit vers son château de la Raühnvahl. À chaque pas du cheval, il sentait sa férocité revenir. Les fissures se refermaient. La peur avait été chassée, séparée de lui, comme si elle ne l’avait jamais touché. Il fut de nouveau enveloppé par sa misère morale comme par un manteau noir et fangeux. Il pensa aux morts qui parsemaient sa route, aux écorchés vifs et aux pendus, aux soldats d’Agomar assassinés, à son vieux capitaine qu’il avait trahi sans un regret, à l’ordre qu’il avait donné d’exterminer la maison de Saxe. Il pensa au sang, qui apaisait sa soif. À l’injustice qui gouvernait son royaume. À l’excitation de la violence. À sa femme Lukrécia, frappée et prise de force. À sa fille, dont il avait volé la virginité et la joie. À tous ces hurlements terribles dont il s’était empli les oreilles.

« Tu n’aimeras pas ! », s’écria-t-il encore, heureux.

Pourtant, quand il arriva au château de la Raühnvahl, la malédiction de la Folle résonna de nouveau dans sa tête.

Ojsternig ne connaissait qu’une seule façon de la faire taire.

Au matin, un héraut précédé de roulements de tambour, accompagné du curé du palais qui avait rédigé l’acte d’accusation et prononcé la sentence, annonça dans toute la vallée : « Au nom de Dieu tout-puissant et de Sa justice terrestre, Emöke Albath, plus connue sous le nom de la Folle, a été accusée de sorcellerie ! »

Les paysans lâchèrent leurs outils, les mères reposèrent leur nouveau-né qui tétait, les bûcherons ôtèrent leur chapeau de marmotte. Tous, abasourdis, se rangèrent en procession derrière le messager, le tambour et le curé du palais. Le héraut répétait partout, criant de toutes ses forces : « Au nom de Dieu tout-puissant et de Sa justice terrestre, Emöke Albath, plus connue sous le nom de la Folle, a été accusée de sorcellerie ! Elle est reconnue coupable d’avoir signé un pacte immonde avec Satan en personne. Après examen du père Nicolas de Worms, serviteur de Dieu sur cette terre, et au nom de Son régent le prince d’Ojsternig, elle est condamnée à être brûlée vive dans la cour du château, dans trois jours, vendredi de Pénitence, pour que son âme maudite soit purifiée ! »

Mikael serra la main d’Eloisa dans la sienne.

« On ne peut pas laisser faire ça », dit-il seulement. D’une voix si dure et si résolue qu’Eloisa sentit un frisson le long de son dos.

43

« On n’est rien, tu comprends ? Par caprice, il a le droit de la brûler vive ! » Dans la grange où ils s’étaient réfugiés, Mikael, la voix rauque, fixait Eloisa avec colère. « Il décide de nos vies, comme nous on tordrait le cou à un poulet ! Voilà ce qu’on est ! Des poulets, des chiens, des vaches ! »

Eloisa hochait doucement la tête. Une inquiétude immense se lisait dans ses yeux. « Tu ne peux pas faire ça, Mikael, murmura-t-elle.

— Si, je peux ! Et je vais le faire ! cria-t-il presque. Je vais le faire parce que je ne veux pas être un des chiens d’Ojsternig.

— Mais tu mourras !

— Non. » Puis il la regarda. « Au moins je ne mourrai pas comme le bétail d’Ojsternig. »

Le regard d’Eloisa se durcit. Envahie d’une colère aveugle, elle frappa de ses deux poings la poitrine de Mikael en criant : « Mais tu te prends pour qui ? »

Mikael la serra fort dans ses bras. Il la sentait trembler de tout son corps, comme prise de fièvre. « Je ne mourrai pas », répéta-t-il.

Eloisa, les yeux pleins de larmes, le gifla. « Si tu meurs, j’irai cracher sur ta tombe tous les dimanches !

— Je ne mourrai pas, dit encore Mikael en la reprenant dans ses bras jusqu’à ce qu’elle se calme. Mais je vais devoir partir. »

Eloisa secoua la tête, passa les bras autour de sa taille. « Non…, murmura-t-elle faiblement.

— Je ne peux pas rester…

— Non. » Elle s’écarta et le fixa. Elle caressa son visage, passa le doigt sur la cicatrice de son front. Toucha ses sourcils. Puis ferma les yeux. « Ne bouge pas », chuchota-t-elle. Elle toucha de nouveau la cicatrice. Les sourcils, les paupières, le profil du nez, les lèvres, la ligne de la mâchoire, les oreilles. « Je dois apprendre par cœur chaque partie de toi, dit-elle, les yeux toujours fermés, pour pouvoir te caresser même quand tu ne seras pas là. » Elle soupira, saisie d’un chagrin qui l’empêchait de trouver les mots. « Dieu seul sait combien je vais prier pour que tu sois déjà parti demain. » Elle ouvrit les yeux et le fixa intensément. « Parce que si tu es encore ici… ce sera parce que tu es mort. »

L’air était froid, le ciel sombre parcouru de nuages noirs. Dans la grange flottait la bonne odeur du foin.

Mikael étendit son vieux manteau sur le sol. Puis se coucha sur Eloisa. Ils se regardèrent longtemps, sans un mot.

« Alors, gros bêta, dit-elle en essayant de sourire, tu te décides à m’embrasser ou pas ? »

Mikael approcha ses lèvres des siennes. Eloisa les ouvrit sous sa langue. Ce fut un baiser interminable, le seul baiser mélancolique qu’ils se soient jamais donné. Elle glissa les mains sous sa tunique et planta ses ongles dans son dos jusqu’à le griffer. Il gémit et ses yeux s’emplirent de larmes. C’était peut-être leur dernière fois. Il la saisit par les cheveux. Eloisa le mordit à la lèvre, et sentit le sang couler.

« Toi aussi, mords-moi », dit-elle.

Mikael lui mordit la lèvre.

« Plus fort… »

Il serra les dents jusqu’à sentir le sang sur sa lèvre se mêler au sien.

« Maintenant je suis à toi, chuchota Eloisa. Et tu es à moi. »

Alors Mikael entra en elle. Elle l’accueillit dans un gémissement. Ils firent l’amour avec rage, se griffèrent, se mordirent, se serrèrent jusqu’à étouffer. Et quand ils atteignirent le plaisir, ce fut comme une douleur.

Ils n’échangèrent pas un seul mot avant d’être en vue de la baraque.

« Il faut le dire à ma mère, dit Eloisa.

— Non. Elle serait bien capable de me couper la jambe pour me faire passer l’envie de partir.

— Et moi, je l’aiderai, répondit Eloisa d’une voix sourde.

— C’est pas vrai. Tu sais bien que c’est juste et que je dois le faire.

— Non, je ne sais pas si c’est juste. Ma tête et mon cœur me disent des choses complètement contradictoires.

— Tu prendras soin d’Harro ? demanda Mikael.

— Je le ferais même si je le détestais. Il est tout ce qui va me rester de toi. »

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