Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
D’un pas rapide, il traversa le village où s’élevaient peu à peu les nouvelles habitations des bûcherons et de leurs familles.
Il s’arrêta devant les peaux clouées au parapet du pont sur l’Uque. Les rats avaient déjà rongé leurs pieds. Il les toucha toutes les sept. Chaque fois, il prononça à voix haute le nom la victime et se signa, même s’il ne comprenait plus grand-chose à la religion ni à Dieu. « Tu vivras dans le sang, comme moi et comme tous nos ancêtres. C’est notre destin, notre fatalité », dit-il tout bas, répétant les dernières paroles qu’il avait entendues de son père, le jour où il avait été tué. Puis il ajouta, comme pour conclure une prière : « Amen ».
Il pénétra dans la forêt d’un pas décidé, continuant à penser aux deux frères roux qui s’étaient massacrés pendant le combat d’Ojsternig, revoyant la fureur aveugle, sauvage, avec laquelle les dix Noirs les avaient agressés, lui et l’autre Vert resté debout. Il avait demandé à Eloisa : « On n’est pas comme ça, hein ? » Mais Eloisa n’avait pas répondu.
Mikael voulait une réponse. Ça ne pouvait pas venir de Raphael, ce n’était pas de son calme qu’il avait besoin. Un seul homme aurait pu lui répondre, mais il ne savait pas où le trouver. Personne ne le savait.
Il grimpa à travers la forêt du Mezesnig jusqu’au couloir des lépiotes, puis jusqu’à la roche fendue où poussait le vieux pin noir. S’aventurer au-delà de cette limite était dangereux. Autrefois, quand il était petit, la vue de cet arbre l’émerveillait. Mais ce jour-là, elle l’attrista. Eux non plus n’avaient pas le choix, ils devaient prendre racine dans des terrains arides, apprendre à survivre sans nourriture. Il regarda une dernière fois le pin noir, qui aurait pu avoir toute la forêt pour grandir. Mais ce n’était pas sa forêt, il n’était pas digne de pousser dans la terre grasse et humide. Il avait dû se contenter des rochers.
Agnete la lui avait décrite, leur vie, quand il n’était qu’un petit garçon. Il lui avait demandé pourquoi les vaches du village étaient si maigres. « Elles sont comme nous, elles mangent les restes », avait dit Agnete. Dans sa naïveté d’enfant, il avait demandé pourquoi elles ne partaient pas chercher un meilleur endroit. Et Agnete avait répondu : « Nous non plus, on ne part pas ».
Le cœur lourd, Mikael reprit sa marche à la recherche de Volod le Noir.
Lui seul pourrait répondre à ses interrogations.
Il se souvenait vaguement d’un endroit qui aurait pu faire une bonne cachette. On grimpait jusqu’à mi-hauteur avant de se glisser dans un ravin rocheux presque invisible, qui commençait par un passage étroit entre deux masses calcaires apparemment infranchissables. Il l’avait découvert en flânant dans la montagne, mais il n’était pas certain de le retrouver. Après une heure de marche, il devint plus optimiste car il lui sembla reconnaître un gros hêtre au tronc fendu par la foudre, une pierre en forme de grenouille, une racine tordue, comme un serpent prêt à attaquer. Il examina le terrain. Il y avait des traces, des ronces brisées, des fougères piétinées. C’était peut-être simplement la piste d’un cerf, mais il la suivit quand même.
Il était si attentif à étudier le terrain qu’il ne prêta pas attention au cri d’un coq de bruyère perché au sommet d’un arbre, bien trop haut pour ce genre d’oiseau. Un autre coq de bruyère, à quelque distance, lui répondit. Mikael s’aperçut qu’il avait perdu la piste. Plus aucune trace dans le sous-bois, et aucun signe du moindre passage. Étrange. L’atmosphère était trop calme.
À l’instant où il passait sous un grand mélèze, un homme dégringola sur ses épaules et l’immobilisa, lui mettant un couteau sur la gorge. Il lui demanda d’une voix agressive : « Qu’est-ce que tu cherches ? »
Mikael sentait la lame affilée contre sa peau. Sans opposer de résistance, il répondit : « Je veux voir Volod le Noir.
— Je connais pas de Volod le Noir », dit l’homme en appuyant la lame encore plus fort.
Mikael déglutit, sentant le couteau sur sa pomme d’Adam, mais ne parla pas.
« Qui tu es ?
— Je m’appelle Mikael Veedon. Je suis… je suis un paysan.
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Je veux parler avec Volod le Noir.
— Je t’ai dit que je connais pas de Volod le Noir.
— Alors laisse-moi partir, dit Mikael. Je ne veux pas d’ennuis. »
Le cri d’un coq de bruyère résonna à nouveau dans la forêt.
L’homme répondit à l’appel.
Deux autres cris, venus de deux endroits différents de la forêt, lui firent écho. L’instant d’après apparaissaient trois hommes armés d’arcs et de flèches.
« C’est qui ? dit l’un des trois, un grand gaillard à la tunique déchirée.
— C’est un paysan, Grippetout, répondit l’homme qui maintenait son couteau sur la gorge de Mikael.
— C’est un espion, dit un jeune boutonneux à la peau jaune, signe de malnutrition. Faut le tuer.
— Je suis un ami, dit Mikael.
— Faut le tuer, répéta le boutonneux.
— Ta gueule, Vaillant ! répondit rudement le dénommé Grippetout. Lâche-le. »
Mikael sentit la pression de la lame diminuer. L’homme le repoussa.
Grippetout encocha une flèche, tendit son arc et visa Mikael. « Si tu bouges, je te la plante dans l’œil.
— Tue-le, Grippetout, dit le petit jeune.
— Ferme ta gueule, j’ai dit ! », tonna Grippetout, la corde toujours tendue. « Tu cherches quoi ? demanda-t-il à Mikael.
— Je veux voir Volod le Noir. »
Grippetout l’observa quelques instants. Lui aussi semblait mal nourri. Le bras qui tendait l’arc vibrait déjà de fatigue.
Mikael mit la main à sa besace.
« Bouge pas ! », lui cria l’autre.
Mikael écarta les bras, en signe de reddition. « J’ai du pain, dit-il en indiquant son sac d’un signe de tête. Prenez-le. »
Les hommes hésitèrent. Puis Grippetout dit au jeune homme : « Va voir ».
Le garçon s’approcha prudemment de la besace et posa la pointe de son couteau sur le ventre de Mikael. « Si tu bouges, t’es mort. » Il prit la miche de pain de seigle et fit un bond en arrière. Il regardait le pain comme s’il n’avait pas mangé depuis une semaine, et ne put s’empêcher de mordre dedans. Dans sa hâte, il s’étrangla presque.
« Vaillant ! », s’écria Grippetout.
Le garçon courba les épaules et toussa. Il passa la miche de pain à un autre, qui la regarda avec envie mais la glissa dans sa casaque.
« Si on t’amène à lui et qu’il est pas d’accord…, dit Grippetout en baissant son arc, y aura pas de retour pour toi. On t’enterrera ici. »
Mikael sentit un frisson courir le long de son échine.
« Je prends le risque, dit-il.
— Bandez-lui les yeux. »
L’un des hommes défit le bout de tissu qu’il portait autour du cou et le noua sur les yeux de Mikael. Ils le firent tourner sur lui-même à toute vitesse jusqu’à le faire tomber. Deux hommes le prirent sous les bras. Ils puaient. Plus tard ils tournèrent à droite, puis à gauche, puis de nouveau à droite, et Mikael perdit tout sens de l’orientation.
Il sentit des branches remuer, fut poussé sur un terrain rocailleux. Au loin, un bruit d’eau jaillissante. Ils devaient être dans un couloir entre des rochers, car les deux hommes qui le tenaient se serraient contre lui.
Après un court trajet, Mikael sentit de l’herbe sous ses pieds. Ils s’arrêtèrent. Les voix d’hommes qu’on entendait se turent brusquement.
« Volod ! », cria Grippetout.