Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » История » Histoire de la Russie et de son empire
Histoire de la Russie et de son empire - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
1 ... 75 76 77 78 79 80 81 82 83 ... 376
Перейти на страницу:

La correspondance d’Ivan le Terrible et de Kourbski reflète, a posteriori l’opinion des deux hommes sur le coup de force opéré par le tsar en 1560, date à laquelle Alexis Adachev, Sylvestre et nombre de conseillers se retrouvèrent en disgrâce ; elle évoque aussi les événements ayant précédé et suivi la rupture. Les auteurs des lettres voient le passé chacun à sa manière, ils apprécient diversement les faits et les hommes, se lancent mutuellement des accusations sans pitié. Le lecteur a la chance de pouvoir consulter un monument capital de la littérature de cette époque, l’exposé passionné de deux conceptions politiques radicalement opposées ; on irait volontiers jusqu’à parler de deux programmes politiques, si le ton très personnel de la correspondance, la liste des offenses et griefs mutuels n’empêchaient le recours à un terme aussi froid que « programme ».

Auteur d’un remarquable portrait psychologique du Terrible, Vassili Klioutchevski note : « Ivan est l’un des meilleurs orateurs et écrivains du XVIe siècle, parce qu’il était le Moscovite le plus virulent de son temps9. » L’historien fait allusion au ton passionné des missives, à la conviction fanatique que nourrit Ivan d’être dans son bon droit, à sa fureur contre son adversaire, combinée à une ironie assassine. Le programme d’Ivan est simple : le tsar est un monarque absolu, car il tient de Dieu son pouvoir. Sa conception est parfaitement formulée dans l’aphorisme que citent immanquablement les historiens : « Nous sommes libres de gracier nos esclaves (kholops), comme nous sommes libres de les châtier. » La concision de l’aphorisme explique son succès : en quelques mots, c’est l’essence même du pouvoir absolu, autocratique, qui s’y exprime. Développant son idée de la nécessité d’un pouvoir unique, Ivan cite le prophète et propose un parallèle convaincant : « Malheur à la maison où la femme gouverne, malheur à la cité où le pouvoir est entre de multiples mains. »

Le biographe soviétique d’Ivan le Terrible souligne comme un trait essentiel de sa vision politique le lien indissoluble entre théorie et pratique : « L’action pratique se hausse ici au niveau de la théorie, et la théorie elle-même apparaît comme un guide direct pour l’action pratique, déterminant et orientant cette action10. » L’idée, très juste au demeurant, de l’historien soviétique a ceci de remarquable qu’elle paraphrase la célèbre formule de Staline : le marxisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action.

Le ton pathétique de la lettre d’Ivan vise à défendre et justifier son pouvoir sans limite. Le destinataire en est Andreï Kourbski mais, très vite, le tsar abandonne le « tu » pour passer au « vous » et englober tous ses ennemis, les traîtres, les boïars qui ont porté atteinte à son pouvoir. « Les autocrates russes, déclare Ivan, se référant à l’histoire, ont d’emblée gouverné eux-mêmes leur État, et non les boïars et seigneurs. » La théorie et la référence au passé permettent au tsar de passer à la pratique : en essayant de limiter son pouvoir, les boïars se rendent coupables de trahison, et le tsar peut à plein droit châtier les traîtres, ainsi qu’ils le méritent : « Tu veux ne pas craindre le pouvoir ? Fais le bien ! Mais si tu commets le mal, sois empli d’effroi, car ce n’est pas pour rien que le tsar est armé du glaive, mais pour porter la vengeance chez les scélérats et la louange chez les vertueux11. » Andreï Kourbski ouvre le feu. Réfugié en Lituanie, il envoie une lettre au tsar, dans laquelle il accuse, explique, se justifie. Une légende veut que la missive ait été apportée à Moscou par un serviteur du prince, Vassili Chibanov. Le tsar, ayant transpercé de son sceptre le pied du messager, entendit la lecture qu’on lui faisait de la lettre et, complimentant Vassili Chibanov pour sa fidélité au prince, le fit exécuter. Les historiens, il est vrai, émettent quelques doutes sur la véracité de l’histoire. Ce qui est incontestable, en revanche, c’est qu’Ivan répond à Kourbski.

Deux faits expliquent l’importance du prince Kourbski dans l’histoire russe. D’une part, il se soustrait à l’autorité du tsar et en donne publiquement les raisons. On pourrait ainsi le considérer comme le premier émigré russe, s’il ne refusait lui-même cette définition. Héritier de la vieille lignée des princes patrimoniaux de Iaroslavl, Andreï Kourbski s’estime en droit de quitter un suzerain avec lequel les relations se sont détériorées, pour passer au service d’un autre. Le droit au départ est un immense privilège des princes patrimoniaux, auquel les grands-princes de Moscou s’attaquent dès le règne d’Ivan III. Sous Ivan le Terrible, le départ devient trahison ; toutefois, le tsar lui-même ne se résout pas à l’interdire : il n’aime pas, en effet, à rompre avec les anciens usages. Désireux, cependant, de faire obstacle aux éventuels transfuges, Ivan oblige les boïars à lui jurer fidélité sur la croix. Au milieu des années 1550, en dépit de leur serment, les boïars moscovites cherchent à gagner la Lituanie. Ce mouvement centrifuge prend des proportions inquiétantes. La répression qui s’abat sur les fuyards capturés et leurs familles en pousse d’autres à s’enfuir à leur tour, ce qui suscite de nouvelles vagues de répressions.

Le deuxième fait concerne les opinions d’Andreï Kourbski. Les reproches, les accusations et arguments du prince s’ordonnent en un système que l’on peut considérer comme un programme politique.

Depuis plus de quatre cents ans, la personnalité de Kourbski, les raisons de sa fuite, la justesse de ses accusations, ses théories et opinions suscitent des débats passionnés. Ivan reproche à Kourbski toute une série de crimes : trahison, violation du serment, désir de restaurer l’oudiel de Iaroslavl – autrement dit, de faire de Iaroslavl une principauté indépendante –, projet d’arracher au tsar son épouse Anastassia. Si les deux premières accusations ont quelque fondement, la troisième et la quatrième relèvent pleinement de l’imagination du tsar. Les historiens ont, sur ces différents points, des avis diamétralement opposés. L’opinion dominante est toutefois la suivante : le prince Kourbski est un traître, un adversaire de l’autocratie, le porte-parole de l’élite des boïars, qui veut empêcher la création d’un État fort centralisé. L’auteur d’une toute récente biographie du Terrible est catégorique : Kourbski « nourrissait depuis longtemps des projets de trahison et était en pourparlers avec les Lituaniens. La peur d’être démasqué le poussa à fuir la patrie12 ». Les tenants d’une autre tendance voient à l’inverse en Kourbski un homme honnête, sincère, un champion de la lutte contre la tyrannie, un publiciste très fin et cultivé, le premier historien russe. N. Dobrolioubov, l’un des publicistes les plus connus du mouvement révolutionnaire démocratique au XIXe siècle, devait noter que l’Histoire du grand-prince de Moscou de Kourbski était « écrite en partie sous l’influence des idées occidentales ; à travers elle, la Russie célébrait l’amorce de sa délivrance de la stagnation orientale et de conceptions aussi étriquées qu’exclusives13 ». Ami de Dobrolioubov, A. Pypine consacre à Kourbski des pages enthousiastes dans l’Histoire de la littérature russe, le qualifiant de premier publiciste russe et premier véritable citoyen du pays, au sens fort du terme14. Un spécialiste contemporain écrit, en 1987, que « toute la tradition postérieure du libéralisme russe remonte aux idées du prince tombé en disgrâce15 ».

Les réactions contradictoires suscitées par Andreï Kourbski concernent, non l’activité littéraire du prince, mais les différents jugements portés sur l’action d’Ivan le Terrible. Le plus récent biographe du tsar voit dans la lettre de Kourbski « le seul document, ou presque, formulant ouvertement le programme de l’opposition boïare en Russie, à la veille de l’opritchnina » ; pour lui, le point essentiel en est « la revendication d’un arrêt immédiat des répressions dirigées contre les boïars16 ». Par ailleurs, Kourbski reproche au tsar son caractère sanguinaire, son mauvais gouvernement, la « fausseté de ses jugements » ; il l’accuse de ruiner la noblesse et de brimer les marchands, le juge responsable des souffrances endurées par les paysans. L’historien polonais K. Waliszewski, auteur d’une biographie d’Ivan le Terrible publiée en 1912, met en parallèle les griefs de Kourbski à l’endroit du tsar – en d’autres termes, son programme théorique – et son action en Pologne, après sa fuite. Il reproche au prince d’opprimer les paysans des domaines polonais qui lui ont été donnés en jouissance, l’accuse de raids dévastateurs sur ses voisins. Les sources polonaises indiquent que le prince Kourbski eut tôt fait d’adopter les mœurs des magnats polono-lituaniens et qu’en particulier, il ne tenait aucun compte du pouvoir royal, traitant les émissaires du roi « des mots moscovites les plus inconvenants ».

1 ... 75 76 77 78 79 80 81 82 83 ... 376
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)