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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Le calife Haroun Alraschid donnait à Cogia Hassan une attention si grande qu’il ne s’aperçut de la fin de son histoire que par son silence. Il lui dit: «Cogia Hassan, il y avait longtemps que je n’avais rien entendu qui m’ait fait un aussi grand plaisir que les voies toutes merveilleuses par lesquelles il a plu à Dieu de te rendre heureux dans ce monde. C’est à toi de continuer à lui rendre grâces par le bon usage que tu fais de ses bienfaits. Je suis bien aise que tu saches que le diamant qui a fait ta fortune est dans mon trésor, et de mon côté, je suis ravi d’apprendre par quel moyen il y est entré. Mais parce qu’il se peut faire qu’il reste encore quelque doute dans l’esprit de Saadi sur la singularité de ce diamant, que je regarde comme la chose la plus précieuse et la plus digne d’être admirée de tout ce que je possède, je veux que tu l’amènes avec Saad, afin que le garde de mon trésor le lui montre, et, pour peu qu’il soit encore incrédule, qu’il reconnaisse que l’argent n’est pas toujours un moyen certain à un pauvre homme pour acquérir de grandes richesses en peu de temps et sans beaucoup de peine. Je veux aussi que tu racontes ton histoire au garde de mon trésor, afin qu’il la fasse mettre par écrit et qu’elle y soit conservée avec le diamant.»

En achevant ces paroles, comme le calife eut témoigné par une inclination de tête à Cogia Hassan, à Sidi Nouman et à Baba Abdallah qu’il était content d’eux, ils prirent congé en se prosternant devant son trône, après quoi ils se retirèrent.

La sultane Scheherazade voulut commencer un autre conte, mais le sultan des Indes, qui s’aperçut que l’aurore commençait à paraître, remit à lui donner audience le jour suivant.

HISTOIRE D’ALI BABA ET DE QUARANTE VOLEURS EXTERMINÉS PAR UNE ESCLAVE.

La sultane Scheherazade, éveillée par la vigilance de Dinarzade, sa sœur, raconta au sultan des Indes, son époux, l’histoire à laquelle il s’attendait.

Puissant sultan, dit-elle, dans une ville de Perse, aux confins des états de Votre Majesté, il y avait deux frères, dont l’un se nommait Cassim et l’autre Ali Baba. Comme leur père ne leur avait laissé que peu de biens, et qu’ils les avaient partagés également, il semble que leur fortune devait être égale: le hasard néanmoins en disposa autrement.

Cassim épousa une femme qui, peu de temps après leur mariage, devint héritière d’une boutique bien garnie, d’un magasin rempli de bonnes marchandises, et de biens en fonds de terre qui le mirent tout à coup à son aise et le rendirent un des marchands les plus riches de la ville.

Ali Baba, au contraire, qui avait épousé une femme aussi pauvre, que lui, était logé fort pauvrement, et il n’avait d’autre industrie pour gagner sa vie et de quoi s’entretenir, lui et ses enfants, que d’aller couper du bois dans une forêt voisine, et de venir le vendre à la ville, chargé sur trois ânes qui faisaient toute sa possession.

Ali Baba était un jour dans la forêt, et il achevait d’avoir coupé à peu près assez de bois pour faire la charge de ses ânes, lorsqu’il aperçut une grosse poussière qui s’élevait en l’air et qui avançait droit du côté où il était. Il regarde attentivement et il distingue une troupe nombreuse de gens à cheval qui venaient d’un bon train.

Quoiqu’on ne parlât pas de voleurs dans le pays, Ali Baba néanmoins eut la pensée que ce pouvait en être, et, sans considérer ce que deviendraient ses ânes, il songea à sauver sa personne. Il monta sur un gros arbre dont les branches à peu de hauteur se séparaient en rond si près les unes des autres, qu’elles n’étaient séparées que par un très-petit espace. Il se posta au milieu avec d’autant plus d’assurance qu’il pouvait voir sans être vu; et l’arbre s’élevait au pied d’un rocher isolé de tous côtés, beaucoup plus haut que l’arbre, et escarpé de manière qu’on ne pouvait monter au haut par aucun endroit.

Les cavaliers, grands, puissants, tous bien montés et bien armés, arrivèrent près du rocher, où ils mirent pied à terre; et Ali Baba, qui en compta quarante, à leur mine et à leur équipement, ne douta pas qu’ils ne fussent des voleurs. Il ne se trompa pas: en effet, c’étaient des voleurs qui, sans faire aucun tort aux environs, allaient exercer leurs brigandages bien loin et avaient là leur rendez-vous, et ce qu’il les vit faire le confirma dans cette opinion.

Chaque cavalier débrida son cheval, l’attacha, lui passa au cou un sac plein d’orge qu’il avait apporté sur la croupe, et ils se chargèrent chacun de leur valise; et la plupart des valises parurent si pesantes à Ali Baba, qu’il jugea qu’elles étaient pleines d’or et d’argent monnayés.

Le plus apparent, chargé de sa valise comme les autres, qu’Ali Baba prit pour le capitaine des voleurs, s’approcha du rocher fort près du gros arbre où il s’était réfugié, et après qu’il se fut fait un chemin au travers de quelques arbrisseaux, il prononça ces paroles si distinctement: «Sésame, ouvre-toi,» qu’Ali Baba les entendit. Dès que le capitaine des voleurs les eut prononcées, une porte s’ouvrit, et après qu’il eut fait passer tous ses gens devant lui et qu’ils furent tous entrés, il entra aussi et la porte se ferma.

Les voleurs demeurèrent longtemps dans le rocher, et Ali Baba, qui craignit que quelqu’un d’eux ou que tous ensemble ne sortissent s’il quittait son poste pour se sauver, fut contraint de rester sur l’arbre et d’attendre avec patience. Il fut tenté néanmoins de descendre pour se saisir de deux chevaux, en monter un et mener l’autre par la bride, et de gagner la ville en chassant ses trois ânes devant lui; mais l’incertitude de l’événement fit qu’il prit le parti le plus sûr.

La porte se rouvrit enfin, les quarante voleurs sortirent, et au lieu que le capitaine était entré le dernier, il sortit le premier et après les avoir vus défiler devant lui. Ali Baba entendit qu’il fit refermer la porte en prononçant ces paroles: «Sésame, referme-toi.» Chacun retourna à son cheval, le rebrida, rattacha sa valise et remonta dessus. Quand ce capitaine enfin vit qu’ils étaient tous prêts à partir, il se mit à la tête et il reprit avec eux le chemin par lequel ils étaient venus.

Ali Baba ne descendit pas de l’arbre d’abord; il dit en lui-même: «Ils peuvent avoir oublié quelque chose qui les oblige de revenir, et je me trouverais attrapé si cela arrivait.» Il les conduisit de l’œil jusqu’à ce qu’il les eût perdus de vue, et il ne descendit que longtemps après pour plus grande sûreté. Comme il avait retenu les paroles par lesquelles le capitaine des voleurs avait fait ouvrir et refermer la porte, il eut la curiosité d’éprouver si en les prononçant elles feraient le même effet. Il passa au travers des arbrisseaux et il aperçut la porte qu’ils cachaient. Il se présenta devant, et il dit: «Sésame, ouvre-toi,» et dans l’instant la porte s’ouvrit toute grande.

Ali Baba s’était attendu à voir un lieu de ténèbres et d’obscurité; mais il fut surpris d’en voir un bien éclairé, vaste et spacieux, creusé en voûte fort élevée à main d’hommes, qui recevait la lumière du haut du rocher par une ouverture pratiquée de même. Il vit de grandes provisions de bouche, des ballots de riches marchandises en pile, des étoffes de soie et de brocart, des tapis de grand prix, et surtout de l’or et de l’argent monnayés, par tas et dans des sacs ou grandes bourses de cuir les unes sur les autres; et, à voir toutes ces choses, il lui parut qu’il y avait non pas de longues années, mais des siècles que cette grotte servait de retraite à des voleurs qui avaient succédé les uns aux autres.

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