Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Cassim ne s’attendait pas à cet événement. Dans le grand danger où il se voit, la frayeur se saisit de sa personne, et plus il fait d’effort pour se souvenir du mot de Sésame, plus il embrouille sa mémoire, et il en demeure exclu absolument comme si jamais il n’en avait entendu parler. Il jette par terre les sacs dont il s’était chargé. Il se promène à grands pas dans la grotte, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et toutes les richesses dont il se voit environné ne le touchent plus. Laissons Cassim déplorant son sort, il ne mérite pas de compassion.
Les voleurs revinrent à leur grotte vers le midi, et quand ils furent à peu de distance et qu’ils eurent vu les mulets de Cassim autour du rocher, chargés de coffres, inquiets de cette nouveauté, ils avancèrent à toute bride et firent prendre la fuite aux dix mulets, que Cassim avait négligé d’attacher et qui paissaient librement, de manière qu’ils se dispersèrent deçà delà dans la forêt, si loin qu’ils les eurent bientôt perdus de vue.
Les voleurs ne se donnèrent pas la peine de courir après les mulets: il leur importait davantage de trouver celui à qui ils appartenaient. Pendant que quelques-uns tournent autour du rocher pour le chercher, le capitaine avec les autres met pied à terre et va droit à la porte, le sabre à la main, prononce les paroles, et la porte s’ouvre.
Cassim, qui entendit le bruit des chevaux du milieu de la grotte, ne douta pas de l’arrivée des voleurs, non plus que de sa perte prochaine. Résolu au moins de faire un effort pour échapper de leurs mains et se sauver, il s’était tenu prêt à se jeter dehors dès que la porte s’ouvrirait. Il ne la vit pas plutôt ouverte, après avoir entendu prononcer le mot de Sésame qui était échappé de sa mémoire, qu’il s’élança en sortant si brusquement qu’il renversa le capitaine par terre. Mais il n’échappa pas aux autres voleurs, qui avaient aussi le sabre à la main et qui lui ôtèrent la vie sur-le-champ.
Le premier soin des voleurs, après cette exécution, fut d’entrer dans la grotte: ils trouvèrent près de la porte les sacs que Cassim avait commencé d’enlever pour les emporter et en charger ses mulets, et ils les remirent à leur place sans s’apercevoir de ceux qu’Ali Baba avait emportés auparavant. En tenant conseil et en délibérant ensemble sur cet événement, ils comprirent bien comment Cassim n’avait pu sortir de la grotte; mais qu’il y eût pu entrer, c’est ce qu’ils ne pouvaient s’imaginer. Il leur vint en pensée qu’il pouvait être descendu par le haut de la grotte; mais l’ouverture par où le jour y venait était si élevée et le haut du rocher était si inaccessible par dehors, outre que rien ne leur marquait qu’il l’eût fait, qu’ils tombèrent d’accord que cela était hors de leur connaissance. Qu’il fût entré par la porte, c’est ce qu’ils ne pouvaient se persuader, à moins qu’il n’eût eu le secret de la faire ouvrir; mais ils tenaient pour certain qu’ils étaient les seuls qui l’avaient, en quoi ils se trompaient en ignorant qu’ils avaient été épiés par Ali Baba, qui le savait.
De quelque manière que la chose fût arrivée, comme il s’agissait que leurs richesses communes fussent en sûreté, ils convinrent de faire quatre quartiers du cadavre de Cassim et de les mettre près de la porte en dedans de la grotte, deux d’un côté, deux de l’autre, pour épouvanter quiconque aurait la hardiesse de faire une pareille entreprise, sauf à ne revenir dans la grotte que dans quelque temps, après que la puanteur du cadavre serait exhalée. Cette résolution prise, ils l’exécutèrent, et quand ils n’eurent plus rien qui les arrêtât, ils laissèrent le lieu de leur retraite bien fermé, remontèrent à cheval, et allèrent battre la campagne sur les routes fréquentées par les caravanes, pour les attaquer et exercer leurs brigandages accoutumés.
La femme de Cassim, cependant, fut dans une grande inquiétude quand elle vit qu’il était nuit close et que son mari n’était pas revenu. Elle alla chez Ali Baba tout alarmée, et elle lui dit: «Beau-frère, vous n’ignorez pas, comme je le crois, que Cassim votre frère est allé à la forêt et pour quel sujet. Il n’est pas encore revenu et voilà la nuit avancée; je crains que quelque malheur ne lui soit arrivé.»
Ali Baba s’était douté de ce voyage de son frère après le discours qu’il lui avait tenu, et ce fut pour cela qu’il s’était abstenu d’aller à la forêt ce jour-là, afin de ne pas lui donner d’ombrage. Sans lui faire aucun reproche dont elle pût s’offenser, ni son mari s’il eût été vivant, il lui dit qu’elle ne devait pas encore s’alarmer, et que Cassim apparemment avait jugé à propos de ne rentrer dans la ville que bien avant dans la nuit.
La femme de Cassim le crut ainsi, d’autant plus facilement qu’elle considéra combien il était important que son mari fît la chose secrètement. Elle retourna chez elle et elle attendit patiemment jusqu’à minuit. Mais après cela ses alarmes redoublèrent avec une douleur d’autant plus sensible, qu’elle ne pouvait la faire éclater ni la soulager par des cris, dont elle vit bien que la cause devait être cachée au voisinage. Alors, si sa faute était irréparable, elle se repentit de la folle curiosité qu’elle avait eue, par une envie condamnable, de pénétrer dans les affaires de son beau-frère et de sa belle-sœur. Elle passa la nuit dans les pleurs, et dès la pointe du jour elle courut chez eux, et leur annonça le sujet qui l’amenait plutôt par ses larmes que par ses paroles.
Ali Baba n’attendit pas que sa belle-sœur le priât de se donner la peine d’aller voir ce que Cassim était devenu. Il partit sur-le-champ avec ses trois ânes, après lui avoir recommandé de modérer son affliction, et il alla à la forêt. En approchant du rocher, après n’avoir vu dans tout le chemin ni son frère ni les dix mulets, il fut étonné du sang répandu qu’il aperçut près de la porte et il en prit un mauvais augure. Il se présenta devant la porte, il prononça les paroles: elle s’ouvrit, et il fut frappé du triste spectacle du corps de son frère mis en quatre quartiers. Il n’hésita pas sur le parti qu’il devait prendre pour rendre les derniers devoirs à son frère, en oubliant le peu d’amitié fraternelle qu’il avait eue pour lui. Il trouva dans la grotte de quoi faire deux paquets des quatre quartiers, dont il fit la charge d’un des ânes avec du bois pour les cacher. Il chargea les deux autres ânes de sacs pleins d’or, et de bois par-dessus, comme la première fois, sans perdre de temps, et dès qu’il eut achevé et qu’il eut commandé à la porte de se refermer, il reprit le chemin de la ville, mais il eut la précaution de s’arrêter à la sortie de la forêt assez de temps pour n’y rentrer que de nuit. En arrivant chez lui, il ne fit entrer dans sa cour que les deux ânes chargés d’or, et après avoir laissé à sa femme le soin de les décharger et lui avoir fait part en peu de mots de ce qui était arrivé à Cassim, il conduisit l’autre âne chez sa belle-sœur.