Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
«Après le souper, les enfants se rassemblèrent, et ils recommencèrent le même bruit qu’auparavant. Alors, je voulus savoir quelle était la cause de leur dispute. J’appelai l’aîné, et je lui demandai quel sujet ils avaient de faire ainsi grand bruit. Il me dit: «Mon père, c’est un morceau de verre qui fait de la lumière quand nous le regardons le dos tourné à la lampe.» Je me le fis apporter et j’en fis l’expérience.
«Cela me parut extraordinaire, et me fit demander à ma femme ce que c’était que ce morceau de verre, «Je ne sais, dit-elle: c’est un morceau de verre que j’ai tiré du ventre du poisson en le préparant.»
«Je ne m’imaginai pas non plus qu’elle que ce fût autre chose que du verre. Je poussai néanmoins l’expérience plus loin. Je dis à ma femme de cacher la lampe dans la cheminée. Elle le fit, et je vis que le prétendu morceau de verre faisait une lumière si grande, que nous pouvions nous passer de la lampe pour nous coucher. Je la fis éteindre, et je mis moi-même le morceau de verre sur le bord de la cheminée pour nous éclairer. «Voici, dis-je, un autre avantage que le morceau de plomb que l’ami de Saadi m’a donné nous procure en nous épargnant d’acheter de l’huile.»
«Quand mes enfants virent que j’avais fait éteindre la lampe et que le morceau de verre y suppléait, sur cette merveille, ils poussèrent des cris d’admiration si hauts et avec tant d’éclat, qu’ils retentirent bien loin dans le voisinage.
«Nous augmentâmes le bruit, ma femme et moi, à force de crier pour les faire taire, et nous ne pûmes le gagner entièrement sur eux que quand ils furent couchés et qu’ils se furent endormis, après s’être entretenus un temps considérable, à leur manière, de la lumière merveilleuse du morceau de verre.
«Nous nous couchâmes après eux, ma femme et moi, et le lendemain de grand matin, sans penser davantage au morceau de verre, j’allai travailler à mon ordinaire. Il ne doit pas être étrange que cela soit arrivé à un homme comme moi, qui étais accoutumé à voir du verre et qui n’avais jamais vu de diamants, et si j’en avais vu, je n’avais pas fait d’attention à en connaître la valeur.
«Je ferai remarquer à Votre Majesté, en cet endroit, qu’entre ma maison et celle de mon voisin la plus prochaine, il n’y avait qu’une cloison de charpente et de maçonnerie fort légère pour toute séparation. Cette maison appartenait à un juif fort riche, joaillier de profession, et la chambre où lui et sa femme couchaient joignait à la cloison. Ils étaient déjà couchés et endormis quand mes enfants avaient fait le plus grand bruit. Cela les avait éveillés, et ils avaient été longtemps à se rendormir.
«Le lendemain, la femme du juif, tant de la part de son mari qu’en son propre nom, vint porter ses plaintes à la mienne de l’interruption de leur sommeil dès le premier somme. «Ma bonne Rachel (c’est ainsi que s’appelait la femme du juif), lui dit ma femme, je suis bien fâchée de ce qui est arrivé, et je vous en fais mes excuses. Vous savez ce que c’est que les enfants: un rien les fait rire, de même que peu de chose les fait pleurer. Entrez, et je vous montrerai le sujet qui fait celui de vos plaintes.»
«La juive entra, et ma femme prit le diamant, puisque enfin c’en était un, et un d’une grande singularité. Il était encore sur la cheminée, et, en le lui présentant: «Voyez, dit-elle, c’est ce morceau de verre qui est cause de tout le bruit que vous avez entendu hier au soir.» Pendant que la juive, qui avait connaissance de toute sorte de pierreries, examinait ce diamant avec admiration, elle lui raconta comment elle l’avait trouvé dans le ventre du poisson et tout ce qui en était arrivé.
«Quand ma femme eut achevé, la juive, qui savait comment elle s’appelait: «Aischah, dit-elle en lui remettant le diamant entre les mains, je crois comme vous que ce n’est que du verre; mais comme il est plus beau que le verre ordinaire, et que j’ai un morceau de verre à peu près semblable dont je me pare quelquefois, et qu’il y ferait un accompagnement, je l’achèterais si vous vouliez me le vendre.»
«Mes enfants, qui entendirent parler de vendre leur jouet, interrompirent la conversation en se récriant contre, en priant leur mère de le leur garder; ce qu’elle fut contrainte de leur promettre pour les apaiser.
«La juive, obligée de se retirer, sortit, et, avant de quitter ma femme, qui l’avait accompagnée jusqu’à la porte, elle la pria en parlant bas, si elle avait dessein de vendre le morceau de verre, de ne le faire voir à personne qu’auparavant elle ne lui en eût donné avis.
«Le juif était allé à sa boutique de grand matin, dans le quartier des joailliers; la juive alla l’y trouver, et elle lui annonça la découverte qu’elle venait de faire. Elle lui rendit compte de la grosseur, du poids à peu près, de la beauté, de la belle eau et de l’éclat du diamant, et surtout de sa singularité, qui était de rendre de la lumière la nuit, sur le rapport de ma femme, d’autant plus croyable qu’il était naïf.
«Le juif renvoya sa femme avec ordre d’en traiter avec la mienne, de lui en offrir d’abord peu de chose, autant qu’elle le jugerait à propos, et d’augmenter à proportion de la difficulté qu’elle trouverait, et enfin, de conclure le marché à quelque prix que ce fût.
«La juive, selon l’ordre de son mari, parla à ma femme en particulier, sans attendre qu’elle se fût déterminée à vendre le diamant, et elle lui demanda si elle en voulait vingt pièces d’or pour un morceau de verre, comme elle le pensait. Ma femme trouva la somme considérable; elle ne voulut répondre néanmoins ni oui ni non: elle dit seulement à la juive qu’elle ne pouvait l’écouter qu’elle ne m’eût parlé auparavant.
«Dans ces entrefaites, je venais de quitter mon travail, et je voulais rentrer chez moi pour dîner comme elles se parlaient à ma porte. Ma femme m’arrête, et me demande si je ne consentais pas à vendre le morceau de verre qu’elle avait trouvé dans le ventre du poisson pour vingt pièces d’or, que la juive, notre voisine, en offrait.
«Je ne répondis pas sur-le-champ; je fis réflexion à l’assurance avec laquelle Saad m’avait promis, en me donnant le morceau de plomb, qu’il ferait ma fortune, et la juive crut que c’était en méprisant la somme qu’elle avait offerte que je ne répondais rien, «Voisin, me dit-elle, je vous en donnerai cinquante. En êtes-vous content?»
«Comme je vis que de vingt pièces d’or, la juive augmentait si promptement jusqu’à cinquante, je tins ferme et je lui dis qu’elle était bien éloignée du prix auquel je prétendais le vendre. «Voisin, reprit-elle, prenez-en cent pièces d’or; c’est beaucoup, je ne sais même si mon mari m’avouera.» À cette nouvelle augmentation, je lui dis que je voulais en avoir cent mille pièces d’or; que je voyais bien que le diamant valait davantage; mais que, pour lui faire plaisir, à elle et à son mari, comme voisins, je me bornais à cette somme, que je voulais en avoir absolument, et s’ils le refusaient à ce prix-là, que d’autres joailliers m’en donneraient davantage.
«La juive me confirma elle-même dans ma résolution par l’empressement qu’elle témoigna de conclure le marché en m’en offrant à plusieurs reprises jusqu’à cinquante mille pièces d’or, que je refusais. «Je ne puis, dit-elle, en offrir davantage sans le consentement de mon mari. Il reviendra ce soir. La grâce que je vous demande, c’est d’avoir la patience qu’il vous ait parlé et qu’il ait vu le diamant.» Ce que je lui promis.
«Le soir, quand le juif fut revenu chez lui, il apprit de sa femme qu’elle n’avait rien avancé avec la mienne ni avec moi, l’offre qu’elle m’avait faite de cinquante mille pièces d’or et la grâce qu’elle m’avait demandée.