Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
«L’esclave monta sur l’arbre, et quand il fut arrivé jusqu’au nid, il fut étonné de voir qu’il était pratiqué dans un turban. Il enlève le nid tel qu’il était, descend de l’arbre, et fait remarquer le turban à mes enfants; mais comme il ne douta pas que ce ne fût une chose que je serais bien aise de voir, il le leur témoigna, et il le donna à l’aîné pour me l’apporter.
«Je les vis venir de loin avec la joie ordinaire aux enfants qui ont trouvé un nid, et en me le présentant: «Mon père, me dit l’aîné, voyez-vous ce nid dans un turban?»
«Saadi et Saad ne furent pas moins surpris que moi de la nouveauté, mais je le fus bien plus qu’eux en reconnaissant que le turban était celui que le milan m’avait enlevé. Dans mon étonnement, après l’avoir bien examiné et tourné de tous les côtés, je demandai aux deux amis: «Seigneurs, avez-vous la mémoire assez bonne pour vous souvenir que c’est là le turban que je portais le jour que vous me fîtes l’honneur de m’aborder la première fois?
«- Je ne pense pas, répondit Saad, que Saadi y ait fait attention, non plus que moi; mais ni lui ni moi nous ne pouvons en douter si les cent quatre-vingt-dix pièces d’or s’y trouvent.
«- Seigneur, repris-je, ne doutez pas que ce ne soit le même turban: outre que je le reconnais fort bien, je m’aperçois aussi à la pesanteur que ce n’en est pas un autre, et vous vous en apercevrez vous-même si vous prenez la peine de le manier.» Je le lui présentai après en avoir ôté les oiseaux, que je donnai à mes enfants. Il le prit entre ses mains, et le présenta à Saadi pour juger du poids qu’il pourrait avoir.
«Je veux croire que c’est votre turban, me dit Saadi; j’en serai néanmoins mieux convaincu quand je verrai les cent quatre-vingt-dix pièces d’or en espèces.
«- Au moins, Seigneur, ajoutai-je quand j’eus repris le turban, observez bien, je vous en supplie, avant que j’y touche, que ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il s’est trouvé sur l’arbre, et que l’état où vous le voyez, et le nid qui y est si proprement accommodé, sans que main d’homme y ait touché, sont des marques certaines qu’il s’y trouvait depuis le jour que le milan me l’a emporté, et qu’il l’a laissé tomber ou posé sur cet arbre, dont les branches ont empêché qu’il ne fût tombé jusqu’à terre; et ne trouvez pas mauvais que je vous fasse faire cette remarque, j’ai un trop grand intérêt à vous ôter tout soupçon de fraude de ma part.»
«Saad me seconda dans mon dessein. «Saadi, reprit-il, cela vous regarde, et non pas moi, qui suis bien persuadé que Cogia Hassan ne nous en impose pas.»
«Pendant que Saad parlait, j’ôtai la toile qui environnait en plusieurs tours le bonnet qui faisait partie du turban, et j’en tirai la bourse, que Saadi reconnut pour la même qu’il m’avait donnée. Je la vidai sur le tapis devant eux, et je leur dis: «Seigneurs, voilà les pièces d’or, comptez-les vous-mêmes, et voyez si le compte n’y est pas.» Saad les arrangea par dizaines jusqu’au nombre de cent quatre-vingt-dix, et alors Saadi, qui ne pouvait nier une vérité si manifeste, prit la parole, et en me l’adressant: «Cogia Hassan, dit-il, je conviens que ces cent quatre-vingt-dix pièces d’or n’ont pu servir à vous enrichir; mais les cent quatre-vingt-dix autres que vous avez cachées dans un vase de son, comme vous voulez me le faire accroire, ont pu y contribuer.
«- Seigneur, repris-je, je vous ai dit la vérité aussi bien à l’égard de cette dernière somme qu’à l’égard de la première. Vous ne voudriez pas que je me rétractasse pour dire un mensonge.
«- Cogia Hassan, me dit Saad, laissez Saadi dans son opinion; je consens de bon cœur qu’il croie que vous lui êtes redevable de la moitié de votre bonne fortune par le moyen de la dernière somme, pourvu qu’il tombe d’accord que j’y ai contribué de l’autre moitié par le moyen du morceau de plomb que je vous ai donné, et qu’il ne révoque pas en doute le précieux diamant trouvé dans le ventre du poisson.
«- Saad, reprit Saadi, je veux ce que vous voulez, pourvu que vous me laissiez la liberté de croire qu’on n’amasse de l’argent qu’avec de l’argent.
«- Quoi! repartit Saad, si le hasard voulait que je trouvasse un diamant de cinquante mille pièces d’or, et qu’on m’en donnât la somme, aurais-je acquis cette somme avec de l’argent?»
«La contestation en demeura là. Nous nous levâmes, et, en rentrant dans la maison, comme le dîner était servi, nous nous mîmes à table. Après le dîner, je laissai à mes hôtes la liberté de passer la grande chaleur du jour à se tranquilliser, pendant que j’allai donner mes ordres à mon concierge et à mon jardinier. Je les rejoignis et nous nous entretînmes de choses indifférentes jusqu’à ce que la plus grande chaleur fût passée, que nous retournâmes au jardin, où nous restâmes à la fraîcheur presque jusqu’au coucher du soleil. Alors les deux amis et moi nous montâmes à cheval, et, suivis d’un esclave, nous arrivâmes à Bagdad, environ à deux heures de nuit, avec un beau clair de lune.
«Je ne sais par quelle négligence de mes gens il était arrivé qu’il manquait d’orge chez moi pour les chevaux. Les magasins étaient fermés, et ils étaient trop éloignés pour en aller faire provision si tard.
«En cherchant dans le voisinage, un de mes esclaves trouva un vase de son dans une boutique; il acheta le son et l’apporta avec le vase, à la charge de rapporter et de rendre le vase le lendemain. L’esclave vida le son dans l’auge, et en l’étendant afin que les chevaux en eussent chacun leur part, il sentit sous sa main un linge lié qui était pesant. Il m’apporta le linge sans y toucher et dans l’état qu’il l’avait trouvé, et il me le présenta en me disant que c’était peut-être le linge dont il m’avait entendu parler souvent en racontant mon histoire à mes amis.
«Plein de joie, je dis à mes bienfaiteurs: «Seigneurs, Dieu ne veut pas que vous vous sépariez d’avec moi que vous ne soyez pleinement convaincus de la vérité, dont je n’ai cessé de vous assurer. Voici, continuai-je en m’adressant à Saadi, les autres cent quatre-vingt-dix pièces d’or que j’ai reçues de votre main; je le connais au linge.» Je déliai le linge et je comptai la somme devant eux. Je me fis aussi apporter le vase; je le reconnus et je l’envoyai à ma femme pour lui demander si elle le connaissait, avec ordre de ne lui rien dire de ce qu’il venait d’arriver. Elle le connut d’abord, et elle m’envoya dire que c’était le même vase qu’elle avait échangé plein de son pour de la terre à décrasser.
«Saadi se rendit de bonne foi, et, revenu de son incrédulité, il dit à Saad: «Je vous cède, et je reconnais avec vous que l’argent n’est pas toujours un moyen sûr pour en amasser d’autre et devenir riche.»
«Quand Saadi eut achevé: «Seigneur, lui dis-je, je n’oserais vous proposer de reprendre les trois cent quatre-vingts pièces qu’il a plu à Dieu de faire reparaître aujourd’hui pour vous détromper de l’opinion de ma mauvaise foi. Je suis persuadé que vous ne m’en avez pas fait présent dans l’intention que je vous les rendisse. De mon côté, je ne prétends pas en profiter, aussi content que je le suis de ce qu’il m’a envoyé d’ailleurs. Mais j’espère que vous approuverez que je les distribue demain aux pauvres, afin que Dieu nous en donne la récompense à vous et à moi.»
«Les deux amis couchèrent encore chez moi cette nuit-là, et le lendemain, après m’avoir embrassé, ils retournèrent chacun chez soi, très-contents de la réception que je leur avais faite et d’avoir connu que je n’abusais pas du bonheur dont je leur étais redevable après Dieu. Je n’ai pas manqué d’aller les remercier chez eux, chacun en particulier. Et depuis ce temps-là, je tiens à grand honneur la permission qu’ils m’ont donnée de cultiver leur amitié et de continuer de les voir.»