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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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«Alors Saadi, en prenant la parole et en me l’adressant: «Cogia Hassan, dit-il, je ne puis exprimer combien j’ai de joie de vous voir à peu près dans l’état que je souhaitais quand je vous fis présent, sans vous en faire un reproche, des deux cents pièces d’or, tant la première que la seconde fois, et je suis persuadé que les quatre cents pièces ont fait en vous le changement merveilleux de votre fortune, que je vois avec plaisir. Une seule chose me fait de la peine, qui est que je ne comprends pas quelle raison vous pouvez avoir eue de me déguiser la vérité deux fois en alléguant des pertes arrivées par des contre-temps qui m’ont paru et qui me paraissent encore incroyables. Ne serait-ce pas que, quand nous vous vîmes la dernière fois, vous aviez encore si peu avancé vos petites affaires, tant avec les deux cents premières qu’avec les deux cents dernières pièces d’or, que vous eûtes honte d’en faire un aveu? Je veux le croire ainsi par avance, et je m’attends que vous allez me confirmer dans mon opinion.»

«Saad entendit ce discours de Saadi avec grande impatience, pour ne pas dire indignation, et il le témoigna les yeux baissés en branlant la tête. Il le laissa parler néanmoins jusqu’à la fin sans ouvrir la bouche. Quand il eut achevé: «Saadi, reprit-il, pardonnez si, avant que Cogia Hassan vous réponde, je le préviens pour vous dire que j’admire votre prévention contre sa sincérité, et que vous persistiez à ne vouloir pas ajouter foi aux assurances qu’il vous en a données ci-devant. Je vous ai déjà dit, et je vous le répète, que je l’ai cru d’abord, sur le simple récit des deux accidents qui lui sont arrivés, et quoi que vous en puissiez dire, je suis persuadé qu’ils sont véritables; mais laissons-le parler: nous allons être éclaircis par lui-même qui de nous deux lui rend justice.»

«Après le discours de ces deux amis, je pris la parole, et en la leur adressant également: «Seigneurs, leur dis-je, je me condamnerais à un silence perpétuel sur l’éclaircissement que vous me demandez, si je n’étais certain que la dispute que vous avez à mon occasion n’est pas capable de rompre le nœud d’amitié qui unit vos cœurs. Je vais donc m’expliquer, puisque vous l’exigez de moi; mais auparavant je vous proteste que c’est avec la même sincérité que je vous ai exposé ci-devant ce qui m’était arrivé.» Alors, je leur racontai la chose de point en point, comme Votre Majesté l’a entendue, sans oublier la moindre circonstance.

«Mes protestations ne firent pas d’impression sur l’esprit de Saadi. Pour le guérir de sa prévention quand j’eus cessé de parler: «Cogia Hassan, reprit-il, l’aventure du poisson et du diamant trouvé dans son ventre à point nommé me paraît aussi peu croyable que l’enlèvement de votre turban par un milan et que le vase de son échangé pour de la terre à décrasser. Quoi qu’il en puisse être, je n’en suis pas moins convaincu que vous n’êtes plus pauvre, mais riche, comme mon intention était que vous le devinssiez par mon moyen, et je m’en réjouis très-sincèrement.»

«Comme il était tard, il se leva pour prendre congé, et Saad en même temps que lui. Je me levai de même, et en les arrêtant: «Seigneurs, leur dis-je, trouvez bon que je vous demande une grâce et que je vous supplie de ne me la pas refuser: c’est de souffrir que j’aie l’honneur de vous donner un souper frugal, et ensuite à chacun un lit, pour vous mener demain par eau à une petite maison de campagne que j’ai achetée pour y aller prendre l’air de temps en temps, d’où je vous ramènerai par terre le même jour, chacun sur un cheval de mon écurie.

«- Si Saad n’a pas d’affaire qui l’appelle ailleurs, dit Saadi, j’y consens de bon cœur. – Je n’en ai point, reprit Saad, dès qu’il s’agit de jouir de votre compagnie. Il faut donc, continua-t-il, envoyer chez vous et chez moi avertir qu’on ne nous attende pas.» Je leur fis venir un esclave, et, pendant qu’ils le chargèrent de cette commission, je pris le temps de donner ordre pour le souper.

«En attendant l’heure du souper, je fis voir ma maison à mes bienfaiteurs, qui la trouvèrent bien entendue par rapport à mon état. Je les appelle mes bienfaiteurs l’un et l’autre, sans distinction, parce que, sans Saadi, Saad ne m’eût pas donné le morceau de plomb, et que, sans Saad, Saadi ne se fût pas adressé à moi pour me donner les quatre cents pièces d’or, à quoi je rapporte la source de mon bonheur. Je les ramenai dans la salle, où ils me firent plusieurs questions sur le détail de mon négoce, et je leur répondis de manière qu’ils parurent contents de ma conduite.

«On vint enfin m’avertir que le souper était servi. Comme la table était mise dans une autre salle, je les y fis passer. Ils se récrièrent sur l’illumination dont elle était éclairée, sur la propreté du lieu, sur le buffet et sur les mets, qu’ils trouvèrent à leur goût. Je les régalai aussi d’un concert de voix et d’instruments pendant le repas, et, quand on eut desservi, d’une troupe de danseurs et danseuses et d’autres divertissements, en tâchant de leur faire connaître, autant qu’il m’était possible, combien j’étais pénétré de reconnaissance à leur égard.

«Le lendemain, comme j’avais fait convenir Saadi et Saad de partir de grand matin, afin de jouir de la fraîcheur, nous nous rendîmes sur le bord de la rivière avant que le soleil fût levé. Nous nous embarquâmes sur un bateau très-propre et garni de tapis qu’on nous tenait prêt, et, à la faveur de six bons rameurs et du courant de l’eau, environ en une heure et demie de navigation, nous abordâmes à ma maison de campagne.

«En mettant pied à terre, les deux amis s’arrêtèrent, moins pour en considérer la beauté par le dehors que pour en admirer la situation avantageuse par les belles vues, ni trop bornées ni trop étendues, qui la rendaient agréable de tous les côtés. Je les menai dans tous les appartements; je leur en fis remarquer les accompagnements, les dépendances et les commodités, qui la leur firent trouver toute riante et très-charmante.

«Nous entrâmes ensuite dans le jardin, où ce qui leur plut davantage fut une forêt d’orangers et de citronniers de toute sorte d’espèces, chargés de fruits et de fleurs dont l’air était embaumé, plantés par allées à distance égale, et arrosés par une rigole perpétuelle, d’arbre en arbre, d’une eau vive détournée de la rivière. L’ombrage, la fraîcheur dans la plus grande ardeur du soleil, le doux murmure de l’eau, le ramage harmonieux d’une infinité d’oiseaux et plusieurs autres agréments, les frappèrent de manière qu’ils s’arrêtaient presqu’à chaque pas, tantôt pour me témoigner l’obligation qu’ils m’avaient de les avoir amenés dans un lieu si délicieux, tantôt pour me féliciter de l’acquisition que j’avais faite, et pour me faire d’autres compliments obligeants.

«Je les menai jusqu’au bout de cette forêt, qui est fort longue et fort large, où je leur fis remarquer un bois de grands arbres qui termine mon jardin. Je les menai jusqu’à un cabinet ouvert de tous les côtés, mais ombragé par un bouquet de palmiers qui n’empêchaient pas qu’on y eût la vue libre, et je les invitai à y entrer et à s’y reposer sur un sofa garni de lapis et de coussins.

«Deux de mes fils, que nous avions trouvés dans la maison et que j’y avais envoyés depuis quelque temps avec leur précepteur pour y prendre l’air, nous avaient quittés pour entrer dans le bois, et comme ils cherchaient des nids d’oiseaux, ils en aperçurent un entre les branches d’un grand arbre. Ils tentèrent d’abord d’y monter, mais comme ils n’avaient ni la force ni l’adresse pour l’entreprendre, ils le montrèrent à un esclave que je leur avais donné, qui ne les abandonnait pas, et ils lui dirent de leur dénicher les oiseaux.

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