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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Morgiane, de retour, ne faisait presque que de rentrer quand l’iman et d’autres ministres de la mosquée arrivèrent. Quatre des voisins assemblés chargèrent la bière sur leurs épaules, et, en suivant l’iman, qui récitait des prières, ils la portèrent au cimetière. Morgiane en pleurs, comme esclave du défunt, suivit la tête nue, en poussant des cris pitoyables, en se frappant la poitrine de grands coups et en s’arrachant les cheveux; et Ali Baba marchait après accompagné des voisins, qui se détachaient tour à tour, de temps en temps, pour relayer et soulager les autres voisins qui portaient la bière, jusqu’à ce qu’on arrivât au cimetière.

Pour ce qui est de la femme de Cassim, elle resta dans sa maison, en se désolant et en poussant des cris lamentables avec les femmes du voisinage, qui, selon la coutume, y accoururent pendant la cérémonie de l’enterrement, et qui, en joignant leurs lamentations aux siennes, remplirent tout le quartier de tristesse bien loin aux environs.

De la sorte, la mort funeste de Cassim fut cachée et dissimulée entre Ali Baba, sa femme, la veuve de Cassim et Morgiane, avec un ménagement si grand que personne de la ville, loin d’en avoir la connaissance, n’en eut pas le moindre soupçon.

Trois ou quatre jours après l’enterrement de Cassim, Ali Baba transporta le peu de meubles qu’il avait, avec l’argent qu’il avait enlevé du trésor des voleurs, qu’il ne porta que de nuit dans la maison de la veuve de son frère, pour s’y établir, ce qui fit connaître son nouveau mariage avec sa belle-sœur. Et comme ces sortes de mariages ne sont pas extraordinaires dans notre religion, personne n’en fut surpris.

Quant à la boutique de Cassim, Ali Baba avait un fils qui depuis quelque temps avait achevé son apprentissage chez un autre gros marchand qui avait toujours rendu témoignage de sa bonne conduite. Il la lui donna, avec promesse, s’il continuait de se gouverner sagement, qu’il ne serait pas longtemps à le marier avantageusement selon son état.

Laissons Ali Baba jouir des commencements de sa bonne fortune, et parlons des quarante voleurs. Ils revinrent à leur retraite de la forêt dans le temps dont ils étaient convenus; mais ils furent dans un grand étonnement de ne pas trouver le corps de Cassim, et il augmenta quand ils se furent aperçus de la diminution de leurs sacs d’or. «Nous sommes découverts et perdus, dit le capitaine, si nous n’y prenons garde, et que nous ne cherchions promptement à y apporter le remède; insensiblement nous allons perdre tant de richesses que nos ancêtres et nous avons amassées avec tant de peines et de fatigues. Tout ce que nous pouvons juger du dommage qu’on nous a fait, c’est que le voleur que nous avons surpris a eu le secret de faire ouvrir la porte, et que nous sommes arrivés heureusement à point nommé dans le temps qu’il en allait sortir. Mais il n’était pas le seul, un autre doit l’avoir comme lui. Son corps emporté et notre trésor diminué en sont des marques incontestables. Et comme il n’y a pas d’apparence que plus de deux personnes aient eu ce secret, après avoir fait périr l’un, il faut que nous fassions périr l’autre de même. Qu’en dites-vous, braves gens? n’êtes-vous pas du même avis que moi?»

La proposition du capitaine des voleurs fut trouvée si raisonnable par sa compagnie, qu’ils l’approuvèrent tous, et qu’ils tombèrent d’accord qu’il fallait abandonner toute autre entreprise pour ne s’attacher uniquement qu’à celle-ci, et ne s’en départir qu’ils n’y eussent réussi.

«Je n’en attendais pas moins de votre courage et de votre bravoure, reprit le capitaine; mais, avant toute chose, il faut que quelqu’un de vous, hardi, adroit et entreprenant, aille à la ville, sans armes et en habit de voyageur et d’étranger, et qu’il emploie tout son savoir-faire pour découvrir si on n’y parle pas de la mort étrange de celui que nous avons massacré comme il le méritait, qui il était, et en quelle maison il demeurait. C’est ce qu’il nous est important que nous sachions d’abord, pour ne rien faire dont nous ayons lieu de nous repentir en nous découvrant nous-mêmes, dans un pays où nous sommes inconnus depuis si longtemps, et où nous avons un si grand intérêt de continuer de l’être. Mais afin d’animer celui de vous qui s’offrira pour se charger de cette commission, et l’empêcher de se tromper en nous venant faire un rapport faux, au lieu d’un véritable, qui serait capable de causer notre ruine, je vous demande si vous ne jugez pas à propos qu’en ce cas-là il se soumette à la peine de mort.»

Sans attendre que les autres donnassent leurs suffrages: «Je m’y soumets, dit l’un des voleurs, et je fais gloire d’exposer ma vie en me chargeant de la commission. Si je n’y réussis pas, vous vous souviendrez au moins que je n’aurai manqué ni de bonne volonté ni de courage pour le bien commun de la troupe.»

Ce voleur, après avoir reçu de grandes louanges du capitaine et de ses camarades, se déguisa de manière que personne ne pouvait le prendre pour ce qu’il était. En se séparant de la troupe, il partit la nuit et il prit si bien ses mesures qu’il entra dans la ville dans le temps que le jour ne faisait que commencer à paraître. Il avança jusqu’à la place, où il ne vit qu’une seule boutique ouverte, et c’était celle de Baba Moustafa.

Baba Moustafa était assis sur son siège, l’alène à la main, déjà prêt à travailler de son métier. Le voleur alla l’aborder en lui souhaitant le bonjour, et comme il se fut aperçu de son grand âge: «Bon homme, dit-il, vous commencez à travailler de grand matin; il n’est pas possible que vous y voyiez encore clair, âgé comme vous l’êtes. Et, quand il ferait plus clair, je doute que vous ayez d’assez bons yeux pour coudre.

«- Qui que vous soyez, reprit Baba Moustafa, il faut que vous ne me connaissiez pas. Si vieux que vous me voyiez, je ne laisse pas d’avoir les yeux excellents, et vous n’en douterez pas quand vous saurez qu’il n’y a pas longtemps que j’ai cousu un mort dans un lieu où il ne faisait guère plus clair qu’il fait présentement.»

Le voleur eut une grande joie de s’être adressé en arrivant à un homme qui d’abord, comme il n’en douta pas, lui donnait de lui-même la nouvelle de ce qui l’avait amené, sans le lui demander. «Un mort! reprit-il avec étonnement et pour le faire parler; pourquoi coudre un mort? ajouta-t-il; vous voulez dire apparemment que vous avez cousu le linceul dans lequel il a été enseveli?

«- Non, non, repartit Baba Moustafa, je sais ce que je veux dire: vous voudriez me faire parler, mais vous n’en saurez pas davantage.»

Le voleur n’avait pas besoin d’un éclaircissement plus ample pour être persuadé qu’il avait découvert ce qu’il était venu chercher. Il tira une pièce d’or, et, en la mettant dans la main de Baba Moustafa, il lui dit: «Je n’ai garde de vouloir entrer dans votre secret, quoique je puisse vous assurer que je ne le divulguerais pas si vous me l’aviez confié. La seule chose dont je vous prie, c’est de me faire la grâce de m’enseigner ou de venir me montrer la maison où vous avez cousu ce mort.

«- Quand j’aurais la volonté de vous accorder la grâce que vous me demandez, reprit Baba Moustafa en retenant la pièce d’or, prêt à la rendre, je vous assure que je ne pourrais pas le faire, et vous devez m’en croire sur ma parole. En voici la raison: c’est qu’on m’a mené jusqu’à un certain endroit où l’on m’a bandé les yeux, et de là je me suis laissé conduire jusque dans la maison, d’où, après avoir fait ce que je devais faire, on me ramena de la même manière jusqu’au même endroit. Vous voyez l’impossibilité qu’il y a que je puisse vous rendre service.

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