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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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«Le juif observa le temps que je quittai mon ouvrage et que je voulus rentrer chez moi. «Voisin Hassan, dit-il en m’abordant, je vous prie de me montrer le diamant que votre femme a montré à la mienne.» Je le fis entrer et je le lui montrai.

«Comme il faisait fort sombre et que la lampe n’était pas encore allumée, il connut d’abord par la lumière que le diamant rendait, et par son grand éclat au milieu de ma main, qui en était éclairée, que sa femme lui avait fait un rapport fidèle. Il le prit, et après l’avoir examiné longtemps et en ne cessant de l’admirer: «Eh bien, voisin, dit-il, ma femme, à ce qu’elle m’a dit, vous en a offert cinquante mille pièces d’or. Afin que vous soyez content, je vous en offre vingt mille de plus.

«- Voisin, repris-je, votre femme a pu vous dire que je l’ai mis à cent mille: ou vous me les donnerez, ou le diamant me demeurera, il n’y a pas de milieu.» Il marchanda longtemps, dans l’espérance que je le lui donnerais à quelque chose de moins; mais il ne put rien obtenir, et la crainte qu’il eut que je ne le fisse voir à d’autres joailliers, comme je l’eusse fait, fit qu’il ne me quitta pas sans conclure le marché au prix que je demandais. Il me dit qu’il n’avait pas les cent mille pièces d’or chez lui, mais que le lendemain il me consignerait toute la somme avant qu’il fût la même heure, et il m’en apporta le même jour deux sacs, chacun de mille, pour que le marché fût conclu.

«Le lendemain, je ne sais si le juif emprunta de ses amis, ou s’il fit société avec d’autres joailliers; quoi qu’il en soit, il me fit la somme de cent mille pièces d’or, qu’il m’apporta dans le temps qu’il m’en avait donné parole, et je lui mis le diamant entre les mains.

«La vente du diamant ainsi terminée, et riche infiniment au dessus de mes espérances, je remerciai Dieu de sa bonté et de sa libéralité, et je fusse allé me jeter aux pieds de Saad pour lui témoigner ma reconnaissance, si j’eusse su où il demeurait. J’en eusse usé de même à l’égard de Saadi, à qui j’avais la première obligation de mon bonheur, quoiqu’il n’eût pas réussi dans la bonne intention qu’il avait pour moi.

«Je songeai ensuite au bon usage que je devais faire d’une somme si considérable. Ma femme, l’esprit déjà rempli de la vanité ordinaire à son sexe, me proposa d’abord de riches habillements pour elle et pour ses enfants, d’acheter une maison et de la meubler richement. «Ma femme, lui dis-je, ce n’est point par ces sortes de dépenses que nous devons commencer. Remettez-vous-en à moi; ce que vous demandez viendra avec le temps. Quoique l’argent ne soit fait que pour le dépenser, il faut néanmoins y procéder de manière qu’il produise un fonds dont on puisse tirer sans qu’il tarisse: c’est à quoi je pense, et dès demain je commencerai à établir ce fonds.»

«Le jour suivant j’employai la journée à aller chez une bonne partie des gens de mon métier qui n’étaient pas plus à leur aise que je l’avais été jusqu’alors, et, en leur donnant de l’argent d’avance, je les engageai à travailler pour moi à différentes sortes d’ouvrages de corderie, chacun selon son habileté et son pouvoir, avec promesse de ne les pas faire attendre et d’être exact à les bien payer de leur travail à mesure qu’ils m’apporteraient de leurs ouvrages. Le jour d’après j’achevai d’engager de même les autres cordiers de ce rang à travailler pour moi, et depuis ce temps-là, tout ce qu’il y en a dans Bagdad continuent ce travail, très-contents de mon exactitude à leur tenir la parole que je leur ai donnée.

«Comme ce grand nombre d’ouvriers devait produire des ouvrages à proportion, je louai des magasins en différents endroits, et dans chacun j’établis un commis, tant pour les recevoir que pour la vente en gros et en détail, et bientôt, par cette économie, je me fis un gain et un revenu considérables.

«Ensuite, pour réunir en un seul endroit tant de magasins dispersés, j’achetai une grande maison qui occupait un grand terrain, mais qui tombait en ruine; je la fis mettre à bas, et à la place je fis bâtir celle que Votre Majesté vit hier. Mais quelque apparence qu’elle ait, elle n’est composée que de magasins qui me sont nécessaires, et de logements qu’autant que j’en ai besoin pour moi et pour ma famille.

«Il y avait déjà quelque temps que j’avais abandonné mon ancienne et petite maison pour venir m’établir dans cette nouvelle, quand Saadi et Saad, qui n’avaient plus pensé à moi jusqu’alors, s’en souvinrent. Ils convinrent d’un jour de promenade, et en passant par la rue où ils m’avaient vu, ils furent dans un grand étonnement de ne m’y pas voir occupé à mon petit train de corderie, comme ils m’y avaient vu. Ils demandèrent ce que j’étais devenu, si j’étais mort ou vivant. Leur étonnement augmenta quand ils eurent appris que celui qu’ils demandaient était devenu un gros marchand, et qu’on ne l’appelait plus simplement Hassan, mais Cogia Hassan Alhabbal, c’est-à-dire le marchand Hassan le cordier, et qu’il s’était fait bâtir, dans une rue qu’on leur nomma, une maison qui avait l’apparence d’un palais.

«Les deux amis vinrent me chercher dans cette rue, et dans le chemin, comme Saadi ne pouvait s’imaginer que le morceau de plomb que Saad m’avait donné fût la cause d’une si haute fortune: «J’ai une joie parfaite, dit-il à Saad, d’avoir fait la fortune de Hassan Alhabbal; mais je ne puis approuver qu’il m’ait fait deux mensonges pour me tirer quatre cents pièces d’or au lieu de deux cents, car, d’attribuer sa fortune au morceau de plomb que vous lui donnâtes, c’est ce que je ne puis, et personne non plus que moi ne l’y attribuerait.

«- C’est votre pensée, reprit Saad, mais ce n’est pas la mienne, et je ne vois pas pourquoi vous voulez faire à Cogia Hassan l’injustice de le prendre pour un menteur. Vous me permettrez de croire qu’il nous a dit la vérité, qu’il n’a pensé à rien moins qu’à nous la déguiser, et que c’est le morceau de plomb que je lui donnai qui est la cause unique de son bonheur. C’est de quoi Cogia Hassan va bientôt nous éclaircir vous et moi.»

«Ces deux amis arrivèrent dans la rue où est ma maison en tenant du semblables discours. Ils demandèrent où elle était; on la leur montra, et, à en considérer la façade, ils eurent de la peine à croire que ce fût elle. Ils frappèrent à ma porte et mon portier ouvrit.

«Saadi, qui craignait de commettre une incivilité s’il prenait la maison de quelque seigneur de marque pour celle qu’il cherchait, dit au portier: «On nous a enseigné cette maison pour celle de Cogia Hassan Alhabbal; dites-nous si nous ne nous trompons pas. – Non, Seigneur, vous ne vous trompez pas, répondit le portier en ouvrant la porte plus grande: c’est elle-même. Entrez, il est dans la salle, et vous trouverez parmi ses esclaves quelqu’un qui vous annoncera.»

«Les deux amis me furent annoncés, et je les reconnus dès que je les vis paraître. Je me levai de ma place, je courus à eux, et voulus leur prendre le bord de la robe pour la baiser. Ils m’en empêchèrent, et il fallut que je souffrisse malgré moi qu’ils m’embrassassent. Je les invitai à monter sur un grand sofa en leur en montrant un plus petit à quatre personnes qui avançait sur mon jardin. Je les priai de prendre place, et ils voulaient que je me misse à la place d’honneur. «Seigneurs, leur dis-je, je n’ai pas oublié que je suis le pauvre Hassan Alhabbal, et quand je serais tout autre que je ne suis et que je ne vous aurais pas les obligations que je vous ai, je sais ce qui vous est dû. Je vous supplie de ne me pas couvrir plus longtemps de confusion.» Ils prirent la place qui leur était due, et je pris la mienne vis-à-vis d’eux.

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