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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Ali Baba frappa à la porte, qui lui fut ouverte par Morgiane; et Morgiane était une esclave adroite, entendue et féconde en inventions pour faire réussir les choses les plus difficiles, et Ali Baba la connaissait pour telle. Quand il fut entré dans la cour, il déchargea l’âne du bois et des deux paquets, et en prenant Morgiane à part: «Morgiane, dit-il, la première chose que je te demande c’est un secret inviolable: tu vas voir combien il nous est nécessaire autant à ta maîtresse qu’à moi. Voilà le corps de ton maître dans ces deux paquets. Il s’agit de le faire enterrer comme s’il était mort de sa mort naturelle. Fais-moi parler à ta maîtresse, et sois attentive à ce que je lui dirai.»

Morgiane avertit sa maîtresse, et Ali Baba, qui la suivait, entra. «Hé bien! beau-frère, demanda la belle-sœur à Ali Baba avec grande impatience, quelle nouvelle apportez-vous de mon mari? Je n’aperçois rien sur votre visage qui doive me consoler.

«- Belle-sœur, répondit Ali Baba, je ne puis vous rien dire qu’auparavant vous ne me promettiez de m’écouter depuis le commencement jusqu’à la fin sans ouvrir la bouche. Il ne vous est pas moins important qu’à moi, dans ce qui est arrivé, de garder un grand secret pour votre bien et pour votre repos.

«- Ah! s’écria la belle-sœur sans élever la voix, ce préambule me fait connaître que mon mari n’est plus. Mais en même temps je connais la nécessité du secret que vous me demandez. Il faut bien que je me fasse violence; dites, je vous écoute.»

Ali Baba raconta à sa belle-sœur tout le succès de son voyage jusqu’à son arrivée avec le corps de Cassim. «Belle-sœur, ajouta-t-il, voilà un sujet d’affliction pour vous d’autant plus grand que vous vous y attendiez le moins. Quoique le mal soit sans remède, si quelque chose néanmoins est capable de vous consoler, je vous offre de joindre le peu de bien que Dieu m’a envoyé au vôtre, en vous épousant et en vous assurant que ma femme n’en sera pas jalouse, et que vous vivrez bien ensemble. Si la proposition vous agrée, il faut songer à faire en sorte qu’il paraisse que mon frère est mort de sa mort naturelle, et c’est un soin dont il me semble que vous pouvez vous reposer sur Morgiane, et j’y contribuerai de mon côté de tout ce qui sera en mon pouvoir.»

Quel meilleur parti pouvait prendre la veuve de Cassim que celui qu’Ali Baba lui proposait, elle qui, avec les biens qui lui demeuraient par la mort de son premier mari, en trouvait un autre plus riche qu’elle, et qui, par la découverte du trésor qu’il avait faite, pouvait le devenir davantage? Elle ne refusa pas le parti, elle le regarda au contraire comme un motif raisonnable de consolation. En essuyant ses larmes, qu’elle avait commencé de verser en abondance, en supprimant les cris perçants ordinaires aux femmes qui ont perdu leur mari, elle témoigna suffisamment à Ali Baba qu’elle acceptait son offre.

Ali Baba laissa la veuve de Cassim dans cette disposition, et après avoir recommandé à Morgiane de bien s’acquitter de son patronage, il retourna chez lui avec son âne.

Morgiane ne s’oublia pas; elle sortit en même temps qu’Ali Baba et alla chez un apothicaire qui était dans le voisinage. Elle frappe à la boutique, on ouvre, et elle demande d’une sorte de tablettes très-salutaires dans les maladies les plus dangereuses. L’apothicaire lui en donna pour l’argent qu’elle avait présenté, en demandant qui était malade chez son maître. «Ah! dit-elle avec un grand soupir, c’est Cassim lui-même, mon bon maître. On n’entend rien à sa maladie, il ne parle ni ne peut manger.» Avec ces paroles, elle emporte les tablettes, dont véritablement Cassim n’était plus en état de faire usage.

Le lendemain, la même Morgiane revient chez le même apothicaire et demande, les larmes aux yeux, d’une essence dont on avait coutume de ne faire prendre aux malades qu’à la dernière extrémité; et on n’espérait rien de leur vie si cette essence ne les faisait revivre. «Hélas! dit-elle avec une grande affliction en la recevant des mains de l’apothicaire, je crains fort que ce remède ne fasse pas plus d’effet que les tablettes. Ah! que je perds un bon maître!»

D’un autre côté, comme on vit toute la journée Ali Baba et sa femme d’un air triste faire plusieurs allées et venues chez Cassim, on ne fut pas étonné sur le soir d’entendre les cris lamentables de la femme de Cassim, et surtout de Morgiane, qui annonçaient que Cassim était mort.

Le jour suivant de grand matin, que le jour ne faisait que commencer à paraître, Morgiane, qui savait qu’il y avait sur la place un bon homme de savetier fort vieux, qui ouvrait tous les jours sa boutique le premier, longtemps avant les autres, sort, et elle va le trouver. En l’abordant et en lui donnant le bonjour, elle lui met une pièce d’or dans la main.

Baba Moustafa, connu de tout le monde sous ce nom; Baba Moustafa, dis-je, qui était naturellement gai et qui avait toujours le mot pour rire, en regardant la pièce d’or à cause qu’il n’était pas encore bien jour, et en voyant que c’était de l’or: «Bonne étrenne, dit-il, de quoi s’agit-il? me voilà prêt à bien faire.

«- Baba Moustafa, lui dit Morgiane, prenez ce qui vous est nécessaire pour coudre, et venez avec moi promptement, mais à condition que je vous banderai les yeux quand nous serons dans un tel endroit.»

À ces paroles, Baba Moustafa fit le difficile. «Oh! oh! reprit-il, vous voulez donc me faire faire quelque chose contre ma conscience ou contre mon honneur?» En lui mettant une autre pièce d’or dans la main: «Dieu garde, reprit Morgiane, que j’exige rien de vous que vous ne puissiez faire en tout honneur. Venez seulement, et ne craignez rien.»

Baba Moustafa se laissa mener, et Morgiane, après lui avoir bandé les yeux avec un mouchoir à l’endroit qu’elle avait marqué, le mena chez défunt son maître, et elle ne lui ôta le mouchoir que dans la chambre où elle avait mis le corps, chaque quartier à sa place. Quand elle le lui eut ôté: «Baba Moustafa, dit-elle, c’est pour faire coudre les pièces que voilà que je vous ai amené. Ne perdez pas de temps, et quand vous aurez fait, je vous donnerai une autre pièce d’or.»

Quand Baba Moustafa eut achevé, Morgiane lui rebanda les yeux dans la même chambre, et après lui avoir donné la troisième pièce d’or qu’elle lui avait promise et lui avoir recommandé le secret, elle le ramena jusqu’à l’endroit où elle lui avait bandé les yeux en l’amenant; et là, après lui avoir encore ôté le mouchoir, elle le laissa retourner chez lui, en le conduisant de vue jusqu’à ce qu’elle ne le vît plus, afin de lui ôter la curiosité de revenir sur ses pas pour l’observer elle-même.

Morgiane avait fait chauffer de l’eau pour laver le corps de Cassim: ainsi Ali Baba, qui arriva comme elle venait de rentrer, le lava, le parfuma d’encens et l’ensevelit avec les cérémonies accoutumées. Le menuisier apporta aussi la bière qu’Ali Baba avait pris soin de commander.

Afin que le menuisier ne pût s’apercevoir de rien, Morgiane reçut la bière à la porte, et après l’avoir payé et renvoyé, elle aida à Ali Baba à mettre le corps dedans; et quand Ali Baba eut bien cloué les planches pardessus, elle alla à la mosquée avertir que tout était prêt pour l’enterrement. Les gens de la mosquée destinés pour laver les corps des morts s’offrirent pour venir s’acquitter de leur fonction, mais elle leur dit que la chose était faite.

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