La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
On s’étonnera peut-être que Samuel n’ait pas dit tout bonnement au peuple: Saül m’a été désigné par l’Éternel depuis quelque temps, et déjà je l’ai frotté d’huile; il est donc votre roi. Mais l’opération du tirage au sort avait sans doute son utilité, afin de ne pas faire de jaloux. Jéhovah étant maître du sort, le vieux prophète était donc bien certain que Saül serait l’élu; car Dieu ne pouvait pas, en laissant le choix se faire par un hasard pur de toute tricherie, s’exposer à rendre non-valable la récente onction de son favori.
Si l’on se reporte aux prophéties de Jacob, on verra que c’est à la tribu de Juda que la royauté avait été promise. Jéhovah avait donc oublié cette prophétie, lorsque la monarchie juive fut instituée. Mais il ne tarda pas à s’en ressouvenir, et c’est pourquoi nous verrons bientôt la couronne passer de la tête de Saül sur celle d’un descendant de Juda; de cette façon, l’oubli divin sera réparé, et la prophétie du patriarche s’accomplira désormais.
En attendant, le peuple s’inclina devant le résultat du tirage au sort. Or, à ce moment-là, absence totale de l’élu!… Où est Saül? qu’est devenu Saül? telle était la question que tout le monde se posait. On interroge l’Éternel pour savoir si Saül viendrait.
«Et l’Éternel fit entendre sa voix, disant: Saül est présent, mais il s’est caché parmi les bagages (sic). Alors, les Juifs coururent et le tirèrent de sa cachette; il fut amené dans l’assemblée du peuple; là, on vit bien qu’il était plus grand que tous les autres, ses épaules arrivant au niveau du sommet de leurs têtes. Et Samuel dit à tout le peuple: Ne voyez-vous pas qu’il n’y en a aucun parmi vous qui soit semblable à celui que l’Éternel a choisi? Alors, la nation tout entière poussa des cris de joie, et cette clameur retentit. Vive le roi!» (v. 22-24)
Des versets qui suivent, il semble résulter que Samuel fut, tout d’abord, le premier ministre du nouveau monarque. En effet, ce fut lui qui écrivit la loi du royaume, et son précieux manuscrit fut déposé auprès de l’arche; mais des dissentiments entre Saül et Samuel ne devaient pas tarder à éclater.
Un mois environ se passa. Le roi Saül, bon enfant et pas fier pour deux sous, ne réalisait en aucune façon l’horrible type du tyran, que Samuel avait agité comme un spectre pour détourner les Juifs de leur désir de vivre en monarchie au lieu de se former une cour, de se faire bâtir un palais, de s’environner de gardes du corps, le fils de Cis était retourné paisiblement à la ferme de sa famille et continuait à vivre si vie champêtre. Sur ces entrefaites, Naas, roi des Ammonites, entreprit de s’emparer de la ville juive de Jabès, en Galaad.
«Il établit son camp auprès de Jabès et assiégea la cité; et les habitants de Jabès, intimidés, dirent à Naas: Reçois-nous à composition, et nous te servirons. Naas leur répondit: Je veux bien traiter une alliance avec vous, mais à une condition: c’est que je vous crèverai d’abord à tous l’œil droit, et ensuite j’en ferai autant à tout Israël, pour couvrir votre nation d’opprobre. Les anciens de Jabès répliquèrent: Accorde-nous sept jours de trêve, afin que nous envoyions des messagers dans tout Israël; si personne ne vient nous délivrer, nous nous rendrons à toi. Les délégués vinrent donc Guibha, où demeurait Saül.» (11:1-4)
«Et voici, Saül revenait des champs, en suivant ses bœufs, et, voyant que le peuple pleurait, il demanda: Pourquoi ces larmes? On lui raconta ce qu’avaient dit les délégués de Jabès. Alors, l’esprit de Dieu saisit Saül, qui entra dans une grande colère; il prit deux de ses bœufs, les coupa en morceaux, et il en envoya à chaque tribu, avec ce message: On traitera de même les bœufs de ceux qui ne viendront pas à la guerre, c’est-à-dire qui ne suivront point Saül et Samuel. Et tous se mirent sur pied; à la revue qui fut passée à Bézec, il y avait trente mille soldats de Juda et trois cent mille des autres tribus.
Là, Saül dit aux délégués de Jabès: Vous serez délivrés demain, quand le soleil sera arrivé au milieu de sa course. Les délégués s’en retournèrent, et il y eut une grande joie à Jabès. Puis, les assiégés dirent aux Ammonites: Nous nous rendrons à vous dans un jour, à partir de ce moment-ci, et vous nous ferez tout ce que vous voudrez. Or, dès le lendemain matin, Saül divisa son armée en trois corps; il marcha sur les Ammonites, les culbuta dans leur camp et les extermina jusqu’à midi; et ceux qui en réchappèrent furent tellement dispersés qu’il n’en demeura pas d’entre eux deux ensemble.» (11:5-11)
«Alors le peuple dit: Qu’on nous livre les prisonniers, afin que nous les fassions mourir! Mais Saül répondit: Non, on ne fera mourir personne en ce jour, parce qu’aujourd’hui Jéhovah a délivré Israël. Et Samuel dit au peuple: Allons tous à Guilgal, et là nous confirmerons la royauté. Et tout le peuple s’en vint à Guilgal; on fit de grandes fêtes; on offrit à l’Eternel des sacrifices joyeux; et Saül et tous les israëlites se réjouirent beaucoup.» (v. 12-15)
Les critiques ne sont pas surpris que Saül fût un obscur roi, se livrant lui-même aux travaux de l’agriculture et rentrant à la ferme paternelle avec ses bœufs; mais ils se refusent à admettre qu’il pût lever, tout à coup, en cinq jours, une armée de trois cent trente mille combattants, dans le même temps que l’auteur représente les Juifs encore sous la dépendance des Philistins, alors que la Bible dit que le peuple de Dieu n’avait pas une lance, pas une épée, et que leurs maîtres ne leur permettaient pas seulement un instrument de fer pour aiguiser leurs charrues, leurs hoyaux, leurs serpettes. «Notre Gulliver, écrit lord Bolingbroke, à de telles fables, mais non de telles contradictions.»
Au chapitre 12, nous avons un discours grognon de Samuel, qui invoque la vieillesse pour donner sa démission; le gouvernement des Juges est définitivement terminé. Samuel ne se retire pas de bon cœur. Il fait valoir au peuple que le fait d’avoir demandé un roi est un gros péché que les Juifs ont ajouté à tant d’autres. Mais enfin, maintenant, conclut-il, puisque vous avez un roi, gardez-le; il est, d’ailleurs, l’oint du Seigneur; surtout, redoublez de piété envers Jéhovah. Et, pour prouver aux Hébreux que Jéhovah l’écoutait toujours, même après sa retraite de la politique, Samuel exécuta, séance tenante, un de ces miracles comme on n’en trouve que dans la Bible.
«Voyez, dit-il au peuple, voyez cette grande chose que l’Eternel va faire, à ma voix, devant vos yeux. N’est-ce pas aujourd’hui la moisson des blés? Eh bien, je crierai à l’Eternel, et il fera tonner et pleuvoir, afin que vous sachiez et que vous voyiez combien est grand le mal que vous avez commis en demandant un roi. Alors, Samuel poussa un cri vers l’Eternel, et Jéhovah fit tonner avec fracas et pleuvoir à torrents ce jour-là, et tout le peuple craignit fort Jéhovah et Samuel» (12:16-18)
Après quoi, le vieux prophète s’en alla, non sans avoir promis à ses chers compatriotes qu’il ne les oublierait jamais dans ses prières et en laissant entendre qu’il se réservait toujours de leur enseigner, à l’occasion, le bon et droit chemin. En somme, la retraite de Samuel ressemblait fort à une fausse sortie.
«Saül avait régné un an, quand ces choses arrivèrent, et il régna deux ans sur Israël.» (13:1)
Ici, les critiques se récrient sur la contradiction et l’anachronisme, puisque la Bible, dans d’autres endroits, dit que Saül régna quarante ans.