Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
«Saadi fit un éclat de rire en se moquant de Saad. «Un morceau de plomb! s’écria-t-iclass="underline" hé! que peut-il valoir à Hassan qu’une obole, et que fera-t-il avec une obole?» Saad, en me présentant le morceau de plomb, me dit: «Laissez rire Saadi et ne laissez pas de le prendre; vous nous direz un jour des nouvelles du bonheur qu’il vous aura porté.»
«Je crus que Saad ne parlait pas sérieusement, et que ce qu’il en faisait n’était que pour se divertir. Je ne laissai pas de recevoir le morceau de plomb, en le remerciant, et, pour le contenter, je le mis dans ma veste, comme par manière d’acquit. Les deux amis me quittèrent pour achever leur promenade, et je continuai mon travail.
«Le soir, comme je me déshabillais pour me coucher, et après que j’eus ôté ma ceinture, le morceau de plomb que Saad m’avait donné, auquel je n’avais plus songé depuis, tomba par terre; je le ramassai et le mis dans le premier endroit que je trouvai.
«La même nuit, il arriva qu’un pêcheur de mes voisins, en accommodant ses filets, trouva qu’il y manquait un morceau de plomb: il n’en avait pas d’autre pour le remplacer, et il n’était pas l’heure d’en envoyée acheter, les boutiques étant fermées. Il fallait cependant, s’il voulait avoir pour vivre le lendemain, lui et sa famille, qu’il allât à la pêche deux heures avant le jour. Il témoigne son chagrin à sa femme et il l’envoie en demander dans le voisinage pour y suppléer.
«La femme obéit à son mari; elle va de porte en porte, des deux côtés de la rue, et ne trouve rien. Elle rapporte cette réponse à son mari, qui lui demande, en lui nommant plusieurs de ses voisins, si elle avait frappé à leur porte. Elle répondit que oui. «Et chez Hassan Alhabbal, ajouta-t-il, je gage que vous n’y avez pas été!
«- Il est vrai, reprit la femme, je n’ai pas été jusque là parce qu’il y a trop loin, et quand j’en aurais pris la peine, croyez-vous que j’en eusse trouvé? Quand on n’a besoin de rien, c’est justement chez lui qu’il faut aller: je le sais par expérience.
«- Cela n’importe, reprit le pêcheur, vous êtes une paresseuse, je veux que vous y alliez. Vous avez été cent fois chez lui sans trouver ce que vous cherchiez, vous y trouverez peut-être aujourd’hui le plomb dont j’ai besoin: encore une fois, je veux que vous y alliez.»
«La femme du pêcheur sortit en murmurant et en grondant, et vint frapper à ma porte. Il y avait déjà quelque temps que je dormais; je me réveillai en demandant ce qu’on voulait. «Hassan Alhabbal, dit la femme en haussant la voix, mon mari a besoin d’un peu de plomb pour accommoder ses filets. Si par hasard vous en avez, il vous prie de lui en donner.»
«La mémoire du morceau de plomb que Saad m’avait donné m’était si récente, surtout après ce qui m’était arrivé en me déshabillant, que je ne pouvais pas l’avoir oublié. Je répondis à la voisine que j’en avais, qu’elle attendît un moment et que ma femme allait lui en donner un morceau.
«Ma femme, qui s’était aussi éveillée au bruit, se lève, trouve à tâtons le plomb où je lui avais enseigné qu’il était, entr’ouvre la porte et le donne à la voisine.
«La femme du pêcheur, ravie de n’être pas venue en vain: «Voisine, dit-elle à ma femme, le plaisir que vous nous faites, à mon mari et à moi, est si grand, que je vous promets tout le poisson que mon mari amènera du premier jet de ses filets, et je vous assure qu’il ne me dédira pas.»
«Le pêcheur, ravi d’avoir trouvé, contre son espérance, le plomb qui lui manquait, approuva la promesse que sa femme nous avait faite. «Je vous sais bon gré, dit-il, d’avoir suivi en cela mon intention.» Il acheva d’accommoder ses filets, et il alla à la pêche deux heures avant le jour, selon sa coutume. Il n’amena qu’un seul poisson du premier jet de ses filets, mais long de plus d’une coudée et gros à proportion. Il en fit ensuite plusieurs autres qui furent tous heureux; mais il s’en fallut de beaucoup que, de tout le poisson qu’il amena, il y en eût un seul qui approchât du premier.
«Quand le pêcheur eut achevé sa pêche et qu’il fut revenu chez lui, le premier soin qu’il eut fut de songer à moi, et je fus extrêmement surpris, comme je travaillais, de le voir se présenter devant moi chargé de ce poisson. «Voisin, me dit-il, ma femme vous a promis cette nuit le poisson que j’amènerais du premier jet de mes filets, en reconnaissance du plaisir que vous nous avez fait, et j’ai approuvé sa promesse. Dieu ne m’a envoyé pour vous que celui-ci: je vous prie de l’agréer. S’il m’en eût envoyé plein mes filets, ils eussent de même tous été pour vous. Acceptez-le, je vous prie, tel qu’il est, comme s’il était plus considérable.
«- Voisin, repris-je, le morceau de plomb que je vous ai envoyé est si peu de chose, qu’il ne méritait pas que vous le missiez à un si haut prix. Les voisins doivent se secourir les uns les autres dans leurs petits besoins: je n’ai fait pour vous que ce que je pouvais en attendre dans une occasion semblable. Ainsi, je refuserais de recevoir votre présent, si je n’étais persuadé que vous me le faites de bon cœur; je croirais même vous offenser si j’en usais de la sorte; Je le reçois donc, puisque vous le voulez ainsi, et je vous en fais mon remerciement.»
«Nos civilités en demeurèrent là, et je portai le poisson à ma femme. «Prenez, lui dis-je, ce poisson, que le pêcheur, notre voisin, vient de m’apporter en reconnaissance du morceau de plomb qu’il nous envoya demander la nuit dernière. C’est, je crois, tout ce que nous pouvons espérer de ce présent que Saad me fit hier en me promettant qu’il me porterait bonheur.» Ce fut alors que je lui parlai du retour des deux amis et de ce qui s’était passé entre eux et moi.
«Ma femme fut embarrassée de voir un poisson si grand et si gros. «Que voulez-vous, dit-elle, que nous en fassions? Notre gril n’est propre qu’à rôtir de petits poissons, et nous n’avons pas de vase assez grand pour le faire cuire au court-bouillon. – C’est votre affaire, lui dis-je: accommodez-le comme il vous plaira; rôti ou bouilli, j’en serai content.» Et en disant ces paroles, je retournai à mon travail.
«En accommodant le poisson, ma femme tira avec les entrailles un gros diamant qu’elle prit pour du verre quand elle l’eut nettoyé. Elle avait bien entendu parler de diamants, et, si elle en avait vu ou manié, elle n’en avait pas assez de connaissance pour en faire la distinction. Elle le donna au plus petit de nos enfants pour en faire un jouet avec ses frères et sœurs, qui voulaient le voir et le manier tour à tour, en se le donnant les uns aux autres pour en admirer la beauté, l’éclat et le brillant.
«Le soir, quand la lampe fut allumée, nos enfants, qui continuaient leur jeu en se cédant le diamant pour le considérer l’un après l’autre, s’aperçurent qu’il rendait de la lumière à mesure que ma femme leur cachait la clarté de la lampe en se donnant du mouvement pour achever de préparer le souper, et cela engageait les enfants à se l’arracher pour en faire l’expérience; mais les petits pleuraient quand les plus grands ne le leur laissaient pas autant de temps qu’ils voulaient, et ceux-ci étaient contraints de le leur rendre pour les apaiser.
«Comme peu de chose est capable d’amuser les enfants et de causer de la dispute entre eux, et que cela leur arrive ordinairement, ni ma femme ni moi nous ne fîmes pas d’attention à ce qui faisait le sujet du bruit et du tintamarre dont ils nous étourdissaient. Ils cessèrent enfin quand les plus grands se furent mis à table pour souper avec nous, et que ma femme eut donné aux plus petits chacun leur part.