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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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CXXIII

Je parlerai pour toi qui es seule. Car j'ai le d�sir de verser en toi cette lumi�re.

Ayant d�couvert que dans ton silence et dans ta solitude il �tait possible de t'alimenter. Car les dieux se rient des murs et des mers. Et tu es enrichie, toi aussi, de ce qu'il existe quelque part une odeur de cire. M�me si tu n'esp�res point la go�ter jamais.

Mais la qualit� de la nourriture que je t'apporte, je n'ai d'autre moyen d'en juger que de te juger toi-m�me. Que deviens-tu l'ayant re�ue? Je veux que tu joignes les mains dans le silence, les yeux devenus sombres, comme de l'enfant auquel j'ai remis le tr�sor qui commence de le d�vorer. Car ce n'�tait point objet non plus mon cadeau � l'enfant. Celui qui sait, de trois cailloux, b�tir une flotte de guerre et la menacer d'une temp�te, si je lui donne le soldat de bois, il en fait arm�e et capitaines et fid�lit� � l'empire et duret� de la discipline et mort par la soif dans le d�sert. Car il en est ainsi de l'instrument pour la musique, lequel est bien autre chose qu'instrument mais mati�re du pi�ge pour tes captures. Lesquelles ne sont jamais de l'essence du pi�ge. Et toi aussi je t'illuminerai afin que ta mansarde soit claire et habite ton c�ur. Car n'est point la m�me la ville endormie que tu regardes de ta fen�tre si je t'ai parl� du feu sous la cendre. Et n'est point le m�me le chemin de ronde pour ma sentinelle s'il est promontoire de l'empire.

Quand tu te donnes, tu re�ois plus que tu ne donnes. Car tu n'�tais rien et tu deviens. Et peu m'importe si les mots se tirent la langue.

Je parlerai pour toi qui es seule car j'ai le d�sir de t'habiter. Et peut-�tre t'est-il difficile � cause d'une �paule d�mise ou d'une infirmit� de l'�il de recevoir l'�poux de chair dans ta maison. Mais il est des pr�sences plus fortes et j'ai observ� que n'�tait plus le m�me le canc�reux sur son grabat un matin de victoire et que, malgr� que l'�paisseur des murs emp�che le bruit des clairons, sa chambre �tait comme pleine.

Et cependant qu'est-il pass� du dehors au-dedans sinon le n�ud des choses qui est victoire et se rit des murs et des mers? Et pourquoi n'existerait-il point de divinit� plus br�lante encore? Laquelle te p�trira br�lante de c�ur et fid�le et merveilleuse.

Car l'amour v�ritable ne se d�pense point. Plus tu donnes, plus il te reste. Et si tu vas puiser � la fontaine v�ritable, plus tu puises plus elle est g�n�reuse. Et l'odeur de cire est vraie pour tous. Et si l'autre la go�te aussi, elle sera plus riche pour toi-m�me.

Mais cet �poux de chair de ta maison, il te pillera s'il sourit ailleurs, et te fera lasse d'aimer.

Et c'est pourquoi je te visiterai. Et je n'ai point besoin de me faire conna�tre de toi. Je suis n�ud de l'empire et je t'ai invent� une pri�re. Et je suis clef de vo�te d'un certain go�t des choses. Et je te noue. Et c'en est fini de ta solitude.

Et comment donc ne me suivrais-tu pas? Je ne suis plus autre chose que toi-m�me. Ainsi de la musique qui construit en toi une certaine structure, laquelle te br�le. Et la musique n'est ni vraie ni fausse. C'est toi qui viens de devenir.

Je ne veux point de toi que tu sois d�serte dans ta perfection. D�serte et am�re. Je te r�veillerai � la ferveur, laquelle donne et ne pille jamais car la ferveur ne revendique ni la propri�t� ni la pr�sence.

Mais le po�me est beau pour des raisons qui ne sont point de la logique puisque d'un autre �tage. Et d'autant plus path�tique qu'il t'�tablit mieux dans l'�tendue. Car il est un son � tirer de toi et que tu peux rendre mais non toujours de la m�me qualit�. Il est de mauvaise musique qui t'ouvre des chemins m�diocres dans le c�ur. Et le dieu est faible qui t'appara�t.

Mais il est des visites qui te laissent endormie d'avoir tant aim�.

Et c'est pourquoi, pour toi qui es seule, j'ai invent� cette pri�re.

CXXIV

Pri�re de la solitude.

�Ayez piti� de moi, Seigneur, car me p�se ma solitude. Il n'est rien que j'attende. Me voici dans cette chambre o� rien ne me parle. Et cependant ce ne sont point des pr�sences que je sollicite, me d�couvrant plus perdue encore si je m'enfonce dans la foule. Mais telle autre qui me ressemble, seule aussi dans une chambre semblable, voici cependant qu'elle se trouve combl�e si ceux de sa tendresse vaquent ailleurs dans la maison. Elle ne les entend ni ne les voit. Elle n'en re�oit rien dans l'instant. Mais il lui suffit pour �tre heureuse de conna�tre que sa maison est habit�e.

�Seigneur, je ne r�clame rien non plus qui soit � voir ou � entendre. Vos miracles ne sont point pour les sens. Mais il vous suffit pour me gu�rir de m'�clairer l'esprit sur ma demeure.

�Le voyageur dans son d�sert, s'il est, Seigneur, d'une maison habit�e, malgr� qu'il la sache aux confins du monde, il s'en r�jouit. Nulle distance ne l'emp�che d'en �tre nourri, et s'il meurt il meurt dans l'amour� Je ne demande donc m�me pas, Seigneur, que ma demeure me soit prochaine.

�Le promeneur qui dans la foule a �t� frapp� par un visage, le voil� qui se transfigure, m�me si le visage n'est point pour lui. Ainsi de ce soldat amoureux de la reine. Il devient soldat d'une reine. Je ne demande donc m�me pas, Seigneur, que cette demeure me soit promise.

�Au large des mers il est des destin�es br�lantes vou�es � une �le qui n'existe pas. Ils chantent, ceux du navire, le cantique de l'�le et s'en trouvent heureux. Ce n'est point l'�le qui les comble mais le cantique. Je ne demande donc m�me pas, Seigneur, que cette demeure soit quelque part�

�La solitude, Seigneur, n'est fruit que de l'esprit s'il est infirme. Il n'habite qu'une patrie, laquelle est sens des choses. Ainsi le temple quand il est sens des pierres. Il n'a d'ailes que pour cet espace. Il ne se r�jouit point des objets mais du seul visage qu'on lit au travers et qui les noue. Faites simplement que j'apprenne � lire.

�Alors, Seigneur, c'en sera fini de ma solitude.�

CXXV

Car exactement comme la cath�drale est un certain arrangement de pierres toutes semblables mais distribu�es selon des lignes de force dont la structure parle � l'esprit, exactement de m�me qu'il est un c�r�monial de mes pierres. Et la cath�drale est plus ou moins belle.

Exactement comme la liturgie de mon ann�e est un certain arrangement de jours d'abord tous semblables mais distribu�s selon des lignes de force dont la structure parle � l'esprit (et maintenant il est des jours o� tu dois je�ner, d'autres o� vous �tes convi�s � vous r�jouir, d'autres o� tu ne dois pas travailler, et ce sont mes lignes de force que tu rencontres), exactement de m�me qu'il est un c�r�monial de mes jours. Et l'ann�e est plus ou moins vivante.

Exactement de m�me qu'il est un c�r�monial des traits du visage. Et le visage est plus ou moins beau. Et un c�r�monial de mon arm�e car ce geste-ci t'y est possible mais non cet autre qui te fait rencontrer mes lignes de force. Et tu es soldat d'une arm�e. Et l'arm�e est plus ou moins forte.

Et un c�r�monial de mon village, car voici le jour de f�te, ou la cloche des morts, ou l'heure des vendanges, ou le mur � b�tir ensemble, ou la communaut� dans la famine et le partage de l'eau dans la s�cheresse, et cette outre pleine n'est point pour toi seul. Et te voil� d'une patrie. Et la patrie est plus ou moins chaude.

Et je ne connais rien au monde qui ne soit d'abord c�r�monial. Car tu n'as rien � attendre d'une cath�drale sans architecture, d'une ann�e sans f�tes, d'un visage sans proportions, d'une arm�e sans r�glements, ni d'une patrie sans coutumes. Tu ne saurais quoi faire de tes mat�riaux en vrac.

Pourquoi me dirais-tu de ces objets en vrac qu'ils sont r�alit�, et du c�r�monial qu'il est illusion? Puisque l'objet lui-m�me est c�r�monial de ses parties. Pourquoi l'arm�e selon toi serait-elle moins r�elle qu'une pierre? Mais j'ai d�nomm� pierre un certain c�r�monial de la poussi�re dont elle est compos�e. Et ann�e le c�r�monial des jours. Pourquoi l'ann�e serait-elle moins vraie que la pierre?

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