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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Il marqua un temps d’arrêt. « Tous ces discours du Mouvement que votre David croyait si malins, des cadres, du pain pour le peuple… Advienne la guerre, terminé ! Aussi simple que ça. Dans cet asile sous Camp Fédon, ils continuent à se bouffer mutuellement. Je sais que je tiens mes ordres de cet enculé de Castleman. Ce gros pirate du clavier, complètement coupé de la vie réelle – rien qu’un écran. Tout n’est que principes, aujourd’hui. Tactique et stratégie. Comme s’il fallait bien que quelqu’un s’y colle, peu importe où et qui, rien que pour prouver que c’est possible… »

Il se pencha pour frotter sa jambe nue, brièvement. Le plâtre avait disparu mais son mollet portait encore les stries du pansement. « C’est à Camp Fédon qu’ils ont planifié ce truc, reprit-il. Le coup du démon, le projet Manifestation… Ils y bossent depuis vingt ans, Laura, ils s’appuient sur une technique qui… qui n’a rien d’humain. Je n’étais pas au courant – personne ne l’était. Je peux faire des trucs à cette ville – moi, juste quelques frères soldats infiltrés, pas besoin d’être nombreux –, des trucs que vous ne pouvez même pas imaginer.

— Du vaudou, dit Laura.

— Tout à fait. Avec la technique qu’ils nous ont procurée, je peux faire des choses que vous ne distingueriez pas de la magie.

— Quelles sont vos instructions ? »

Il se leva brusquement. « Vous n’êtes pas dans la confidence. » Il gagna la cuisinette et ouvrit le réfrigérateur taché de rouille.

Il y avait un ouvrage sur la table, un épais recueil de feuilles volantes. Sans reliure, sans titre. Laura le prit et l’ouvrit. Une succession de pages photocopiées baveuses : La Doctrine de Lawrence et l’Insurrection postindustrielle par le colonel Jonathan Gresham.

« Qui est Jonathan Gresham ? demanda-t-elle.

— Un génie », dit Sticky. Il revint à la table avec un pot de yaourt. « Ce n’est pas de la lecture pour vous. N’y jetez même pas un œil. Si Vienne apprenait que vous avez touché ce bouquin, vous ne reverriez plus la lumière du jour. »

Elle le reposa soigneusement. « Ce n’est qu’un livre. »

Sticky s’esclaffa. Il se mit à enfourner des cuillerées de yaourt avec l’air pincé d’un petit garçon prenant un médicament. « Z’avez vu Carlotta, récemment ?

— Pas depuis l’aéroport de la Grenade.

— Vous allez repartir ? Rentrer chez vous ?

— J’aimerais bien, croyez-moi. Officiellement, je n’en ai pas encore fini avec ma déposition devant le Parlement. Je veux savoir ce qu’ils ont décidé sur la politique de l’information… »

Il secoua la tête. « On laissera pas tomber Singapour.

— Non, sûrement pas. Mais quoi que vous puissiez faire, vous risquez seulement d’enfoncer un peu plus dans la clandestinité les banques de données. Moi, je veux qu’ils se montrent au grand jour – que tout apparaisse en pleine lumière. Où tout le monde pourra en profiter honnêtement. »

Sticky ne dit rien. Il s’était mis soudain à haleter, à verdir. Puis il éructa et rouvrit les yeux. « Vous et vos collègues – vous êtes bien installés sur les quais, dans le district d’Anson ?

— C’est exact.

— Là où ce crétin d’antitravailliste, Rashak…

— Le Dr Razak, oui, c’est sa circonscription.

— D’accord. Les partisans de Razak, on peut les laisser faire. Le laisser gérer cette ville, s’il en reste quelque chose. Restez ici et vous ne risquerez rien. Compris ? »

Laura réfléchit à la question. « Que voulez-vous de moi ?

— Rien. Rentrez simplement chez vous. S’ils vous laissent partir. »

Il y eut un moment de silence. « Vous allez manger ça ou quoi ? » dit enfin Sticky. Laura se rendit compte qu’elle avait pris la fourchette en plastique. Qu’elle l’avait pliée et dépliée entre ses doigts, comme si elle était collée à sa main.

Elle la reposa. « C’est quoi, “des trajets bulgares”, Sticky ?

— “Dragées”, rectifia Sticky. Un truc employé par l’ancien KGB bulgare, dans le temps. De minuscules pastilles creuses en acier, percées et refermées à la cire. Introduites dans le corps d’un homme, la chaleur corporelle fait fondre la cire. À l’intérieur, il y a du poison, du ricin, en général, une bonne substance bien toxique… Pas ce que nous employons.

— Quoi ? dit Laura.

— Du phénol. Attendez. » Il quitta la table, ouvrit un placard de cuisine et en sortit un flacon scellé. À l’intérieur, une cartouche de plastique noir. « Tenez. »

Elle examina l’objet. « Qu’est-ce que c’est ? Un ruban d’imprimante ?

— On les colle sur les taxis, explique Sticky. Il y a un ressort à boudin à l’intérieur, avec vingt ou trente dragées de phénol. Quand le taxi ramasse un client dans la rue, il y a parfois du grabuge. Un taxi sans chauffeur est une proie tentante pour les voleurs. Les taxis devant la banque étaient bourrés de ces joujoux. Le phénol est une substance toxique pour le cerveau. Il engendre la terreur. Une terreur qui s’infiltre dans le sang, lentement, régulièrement, pendant des jours et des jours ! Pourquoi s’échiner à frapper un pauvre crétin par le terrorisme quand on peut tout simplement le frapper de terreur, gentiment, en douceur ? »

Sticky éclata de rire. Son débit s’accélérait progressivement. « Ce Jap yankee, dans la queue devant vous, il va s’agiter, se retourner, transpirer, et faire de mauvais rêves. J’aurais pu le tuer, tout aussi facilement, avec du venin. Il pourrait être mort à l’heure qu’il est, mais pourquoi tuer la chair, quand je peux atteindre l’âme ? Car pour tout son entourage, désormais, il n’aura que crainte et terreur à la bouche, crainte et terreur, comme une puanteur de viande carbonisée.

— Vous ne devriez pas me dire ça », dit Laura.

Ricanement de Sticky. « Parce que vous allez devoir le raconter au gouvernement, pas vrai ? Faites-moi ce plaisir, allez-y ! Il y a douze mille taxis à Singapour, et quand vous leur aurez dit ça, ils seront obligés de les fouiller un par un ! Trop de boulot pour foutre en l’air leurs transports en commun, quand on peut s’arranger pour que leurs propres flics le fassent à notre place ! N’oubliez pas de leur dire également ceci : on a piégé leurs trains magnétiques. Et il nous reste encore des tas de lance-projectiles. »

Elle reposa l’objet sur la table. Délicatement. Comme s’il était en verre filé.

Les mots commençaient à se bousculer dans la bouche de son interlocuteur. « À l’heure qu’il est, ils ont isolé la gomme adhésive qui a touché leur patron, Kim. » Il tendit un doigt. « Vous voyez ces bidons de peinture ? » Il rit. « Les gants montants reviennent à la mode le soir à Singapour ! Les impers et les masques chirurgicaux, c’est pas mal non plus !

— Ça suffit !

— Vous ne voulez pas entendre parler des mines-trombones ? insista Sticky. Le peu que ça coûte de bousiller une guibolle à hauteur du genou ! » Il écrasa le poing sur la table. « Et venez pas pleurer !

— Je ne pleure pas !

— Ah bon ? Et c’est quoi que vous avez sur les joues, alors ? » Il se leva en titubant, renversant sa chaise. « Dites-moi que vous pleurerez quand ils me sortiront d’ici les pieds devant !

— Non !

— Je suis le diable dans la cathédrale ! Des vitraux partout, mais moi, j’ai la foudre sous tous les ongles ! Je suis Steppin’ Razor, le Rasoir ambulant, la Voix de la Destruction, ils vont arrêter tous les Noirs qui vivent ici pour nous retrouver, eux et leur putain de justice sociale multiraciale, je suis synonyme de chaos ! » Il lui hurlait après d’une voix perçante. « Plus une pierre sur une pierre ! Plus une planche debout, plus un miroir qui ne taillade jusqu’à l’os ! » Il parcourut la pièce en dansant, agitant les bras, piétinant les détritus. « Le feu de Jah ! Le tonnerre ! Je peux le lancer, ma poule ! C’est facile ! Si facile…

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