Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
À Paris, tout en continuant à superviser le montage du Grand Restaurant et à mettre son grain de sel dans le casting de son futur Fantômas où il impose les engagements de Max Montavon, de Dominique Zardi et de Jean Ozenne, Louis fait la connaissance du réalisateur qu’Alain Poiré envisage de retenir pour le diriger dans Oscar. Âgé de trente-huit ans, passionné de cinéma depuis son enfance passée à Bordeaux, il a réalisé de nombreux courts métrages avant d’être l’assistant d’André Berthomieu puis de Maurice de Canonge. En 1957, avec Le Dos au mur[339], il s’est fait remarquer par la critique, poursuivant sa carrière avec des films policiers plutôt bien troussés comme Un témoin dans la ville avec Lino Ventura ou La Mort de Belle avec Jean Desailly. Volontiers attiré par les thrillers, Édouard Molinaro ne cache pas qu’il accepte de tourner des comédies uniquement pour financer des projets plus personnels. Il se trouve qu’en ce milieu de l’année 1966, après l’échec de son dernier film, Quand passent les faisans, avec Bernard Blier, Molinaro est à la recherche de menue monnaie. La proposition d’Alain Poiré tombe à pic. Il ne connaît Louis de Funès que de réputation, mais il a vu Oscar au théâtre lors de sa création avec Pierre Mondy. Alors quand le patron de Gaumont lui offre de mettre en images cette histoire où un monsieur fortuné et respectable apprend dans la même journée qu’un de ses employés est un escroc, qu’il exige néanmoins la main de sa fille, que cette dernière est enceinte, à moins que ce ne soit la bonne, laquelle rend son tablier pour aller épouser un riche voisin…, Molinaro saute sur l’occasion. Le premier contact entre Louis et Molinaro se passe au mieux, d’autant que le réalisateur accepte que de Funès contrôle la distribution et qu’il travaille avec Jean Halain l’adaptation de la pièce de Claude Magnier. Ils se mettent surtout d’accord sur un point : ne pas faire d’Oscar du théâtre filmé, mais une continuité narrative. Les deux hommes quittent le bureau d’Alain Poiré sur cette base en se donnant rendez-vous après la fin du tournage de La Grande Vadrouille pour se mettre au travail sans attendre.
Il est midi, le 30 juin, quand Louis entre dans les studios de Boulogne où il rejoint Gérard Oury, Bourvil, Benno Sternzenbach, Sieghardt Rupp, Colette Brosset et Marie Dubois. Cet après-midi, il s’agit de tourner la scène où Stanislas Lefort doit se retrouver dans la même chambre que l’officier allemand le recherchant. Oury a fait installer des lits jumeaux. Immédiatement, Louis suggère qu’avec un seul lit ce serait plus drôle. Devant le refus du cinéaste, il en appelle à l’avis de Bourvil qui admet que l’idée de son partenaire est loin d’être saugrenue. De fait, une fois la scène réécrite, les dialogues retravaillés, l’effet est plus que réussi, offrant une scène mythique où Sternzenbach « rugit comme un lion, barrit comme un éléphant, brame comme un cerf, nullement calmé par les sifflements d’un Louis de Funès excédé qui, pour le faire taire, tape comme un sourd sur les ferrures de leur lit commun[340] ». Chaque jour amène son lot d’inventions de la part des deux comédiens, l’un et l’autre rivalisant de trouvailles ajoutant au pittoresque des situations. Gérard Oury est à l’affût de ces nouveaux gags qu’il « achète ou n’achète pas », comme il dit. Chaque jour aussi, les membres de l’équipe attendent la phrase magique que Bourvil a trouvée pour mettre son partenaire de bonne humeur. Le regardant droit dans les yeux, un large sourire aux lèvres, il lui lance : « Comment ça va, mon petit poussin ? » Louis fronce alors les sourcils, avant d’éclater d’un rire généreux. Il en est donc ainsi jusqu’au 14 juillet, jour du tournage de la séquence du banquet allemand où Louis et Bourvil entrent dans la salle du restaurant plongée dans l’obscurité. Tout le monde s’amuse à tourner cette scène, sauf Colette Brosset. Le tournage ayant pris un peu de retard, elle est pressée d’en finir afin d’aller rejoindre Robert Dhéry dans la maison qu’ils ont louée dans le Sud-Ouest. Comme l’avion qu’elle doit prendre à destination de Biarritz ne l’attendra pas, elle quitte le studio sans prendre la peine de se changer afin de trouver un taxi pouvant la conduire en moins de vingt minutes à l’aérogare des Invalides. Au même moment, Louis sort du studio et, alors qu’il monte dans sa DS noire, il aperçoit Colette Brosset attendant son précieux G7. Il lui propose de l’emmener mais, avant de démarrer, il attend que la suspension hydropneumatique de la Citroën se soit élevée, puis soit redescendue. Louis suit ainsi à la lettre les instructions du constructeur, ignorant que cela n’a aucune importance. Fort heureusement, bravant, pour une fois, sa peur de conduire trop vite, il dépose in extremis son amie avant que le bus ne parte pour Orly. Pendant ce trajet, Colette Brosset en a profité pour vanter à Louis les mérites d’une autre automobile où il n’aurait plus à se soucier des montées et des descentes, et même plus à s’inquiéter des changements de vitesse. « T’as qu’à faire comme nous ! Achète une Jaguar ! » Après avoir hésité, car cette voiture lui paraît trop luxueuse, il finit par en acquérir une flambant neuve. Il s’en montrera, par la suite, fort satisfait, à ceci près que Colette Brosset a oublié de lui dire que la consommation d’essence est impressionnante.
À l’approche de son cinquante-deuxième anniversaire, Louis est à la fois inquiet et fébrile. Ce mercredi 27 juillet 1966, il doit se montrer capable de diriger l’orchestre de l’Opéra. Cela fait des semaines qu’il s’y prépare devant sa glace et aussi, depuis quelques jours, de neuf heures à midi, qu’il suit les enseignements de Robert Benedetti. Premier violon, chef d’orchestre et surtout président du syndicat des musiciens de l’Opéra, Robert Benedetti a été engagé par Gérard Oury en qualité de professeur de Louis de Funès. Le choix de ce musicien ne doit rien au hasard. En effet, ce très puissant syndicat interdit à toute personne étrangère à l’institution d’accéder à la fosse d’orchestre. Pour contourner ce règlement drastique, Oury ne trouve pas meilleure idée que de proposer à Benedetti de coacher de Funès, ainsi l’obstacle est levé. Louis sait désormais manier la baguette, même s’il lui arrive de dire à son précepteur que « c’est plutôt coton ». Robert Benedetti le rassure à chaque fois d’un : « Vous y arrivez très bien… »
En fin de matinée, Gérard Oury conduit Louis dans cette grande salle et le présente aux musiciens. Il ne s’agit pour le moment que d’une simple répétition, sans techniciens ni caméras. Louis, blanc comme un linge, s’installe au pupitre sous les regards malicieux d’une centaine d’hommes et de femmes. De Funès est mort de peur, mais il n’en montre rien. « L’ouverture de La Damnation de Faust jouit d’une orchestration magnifique, exaltante et je sens un de Funès transfiguré, tourné vers l’intérieur de lui-même, raconte Gérard Oury[341]. Il ne suit pas l’orchestre, il le précède, le conduit vraiment et comme les artistes respectent les artistes, les musiciens marchent. Ils jouent merveilleusement bien. Il faudrait la magie des notes de musique pour dire l’envolée des cordes, la sonorité des cuivres montant vers le plafond de Chagall. […] Lorsque enfin Louis baisse les bras et que s’éteint le prélude, l’orchestre se lève et applaudit le comédien à sa façon : en tapant archets contre violons, flûtes contre pupitres. De Funès se tourne vers moi. Il a les larmes aux yeux. Moi aussi ! » Le pari insensé de Gérard Oury est gagné. Louis est heureux, mais il a le triomphe modeste en disant à son ami que ces applaudissements ne sont que « de la gentillesse » avant d’ajouter : « Tu m’as donné une des plus grandes joies de ma vie. » Désormais certain d’obtenir le meilleur de son acteur, Oury n’a plus aucune inquiétude concernant cette scène qu’il s’agira trois jours plus tard de filmer pour de bon.
339
Adapté d’un roman de Frédéric Dard, Délivrez-moi du mal, ce film affichait en vedette Gérard Oury et Jeanne Moreau.
340
Gérard Oury in Ma grande vadrouille, Éditions Plon (2001), p. 126.
341
Gérard Ouy, op. cit., pp. 222–223.