Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Mais Louis n’en a pas terminé avec l’Opéra Garnier où il doit notamment descendre le grand escalier, escorté par des officiers allemands menaçants. Là, il imprime sur son visage la terreur d’un homme pris au piège, prouvant ainsi qu’il peut et qu’il sait jouer dramatique quand la situation l’exige.
Le 4 août, toute l’équipe se retrouve aux studios de Boulogne. Pour la scène des égouts de Paris, Louis se refuse à dire une réplique. Lorsque Jacques Bodoin voit la barque dans laquelle se trouvent de Funès et Bourvil, il doit dire : « Dieu vous garde… », et Louis doit ajouter : « C’est un bon diable. » Dès la première répétition, Louis fait la moue et lance à Gérard Oury : « Non, je ne le sens pas, c’est pas mon truc ! » Sans en chercher les raisons, ou parce qu’il les devine, connaissant son très catholique de Funès sur le bout des doigts, Oury n’insiste pas et se retourne vers Bourvil : « André ? Ça t’intéresse ? » Lors de la seconde prise, Bourvil, filmé en gros plan, donne cette phrase sur un ton doucereux du style « C’est un bon diiââble » du meilleur effet. Le spectateur n’aura cependant pas le loisir de l’apprécier, Oury ne conservant pas ce bref épisode au montage.
En revanche, Louis ne fait pas son grincheux quand il s’agit, le 13 août, de se retrouver aux bains turcs même si, tout comme Bourvil, Terry-Thomas et Paul Mercey, il suffoque dans cette atmosphère quasi irrespirable. Comme ses partenaires, il s’est heureusement entraîné à retenir sa respiration.
Une fois mises en boîte les séquences à la gare de l’Est et quelques raccords en studio, Louis quitte le plateau de La Grande Vadrouille le 31 août après pas moins de quinze semaines de tournage. Il n’a qu’un petit mois pour souffler un peu avant de commencer la prochaine aventure de Fantômas et surtout après avoir affronté l’avis du public et de la critique avec la sortie le 7 septembre du Grand Restaurant dans cinq salles parisiennes.
« On rit souvent en se disant pourtant qu’on aurait pu rire encore plus si, dans ce Grand Restaurant, la carte des gags avait été encore plus variée », soupire dans France-Soir[342] Robert Chazal, d’ordinaire plutôt indulgent avec Louis de Funès. « La cuisine de ce Grand Restaurant mérite une étoile, malgré la sauce épaisse de certains plats », note de son côté le critique de L’Humanité[343], qui comme d’autres s’avoue assez déçu. Dans l’ensemble, la presse se montre peu tendre avec la réalisation de Jacques Besnard, tout en soulignant que « la meilleure recette de cette cuisine, c’est Louis de Funès ». Mais, une fois de plus, le public est en total désaccord avec les journalistes. Les spectateurs — ils sont plus de 70 000 dès la première semaine d’exploitation à rire de bon cœur — aiment cette mayonnaise, pour la plus grande satisfaction de Louis, tout aussi ravi de savoir qu’il sera le plat de résistance de ce troisième Fantômas définitivement intitulé Fantômas contre Scotland Yard. Cette fois, André Hunebelle et Jean Halain ont choisi de se rapprocher du Fantômas originel en jouant moins sur le côté James Bond. Ainsi, Fantômas décide de lever un impôt sur le droit de vivre, les assujettis à cette redevance étant les riches et les truands. À nouveau réuni, le quatuor (Juve, son assistant, Fandor et sa fiancée) se retrouve en Écosse dans le château de lord MacRashley, une des victimes de Fantômas. Dès son arrivée, le commissaire Juve présente la police française sous un jour négatif, car Fantômas ne cesse de le ridiculiser en déposant des pendus et des cadavres dans sa chambre. Juve, dépassé par les événements, maintient son objectif : capturer Fantômas. Mais lorsqu’il se retrouvera face à lui, Juve deviendra son complice en collectant l’« impôt » auprès des fortunés. Fantômas, démasqué par Fandor, pourra une nouvelle fois s’évader dans sa fusée en profitant d’une erreur de Juve. Bien que tarabiscotée, cette histoire permet à Louis de Funès d’en faire des tonnes. Il court beaucoup, il hurle, il se déguise en fantôme, il s’affiche en kilt et il doit même monter à cheval dans la forêt de Fontainebleau. Une scène qu’il refusera de tourner par solidarité avec Mylène Demongeot parce que « j’avais une peur bleue de monter à cheval, raconte-t-elle. Nous avons tellement protesté avec de Funès qu’on a finalement tourné… sur des chevaux de bois. Il disait que nous étions à cheval comme des pommes de terre brûlées sur des mottes de beurre[344] ». Quant au voyage en Écosse initialement prévu, il se soldera par une courte virée dans le Bordelais où le château de Roquetaillade à Mazères sera celui de lord MacRashley, la majeure partie du film se tournant dans les studios de Saint-Maurice. Incontestablement, la vedette de ce Fantômas est Louis de Funès, d’autant que le rôle du « génie du mal » est en grande partie tenu par le poète, chanteur et comédien Jean-Roger Caussimon, la présence de Jean Marais s’en trouvant singulièrement réduite. Un tournage finalement tranquille où Jean Marais ne cache pas son ennui et peine même à effectuer quelques cascades.
Ce tournage paisible et sans heurts permet à Louis de réfléchir à la proposition que vient de lui faire Robert Dorfmann, lequel n’a pas l’intention de laisser filer vers d’autres cieux un acteur aussi rentable. Il lui demande de songer à une future collaboration avec Robert Dhéry qui a dans ses tiroirs un scénario offrant une kyrielle de situations comiques ne pouvant que le séduire. C’est l’histoire d’un inventeur qui a mis au point un voilier ayant remporté les régates de San Remo. Mais son irascible patron, ignorant cette victoire, vient de le congédier. Quand il apprend sa bévue, il n’a qu’une idée en tête : récupérer son génial inventeur par tous les moyens avant qu’il ne soit engagé par un concurrent. Bien sûr, le rôle du méchant patron reviendrait à Louis. Dorfmann n’ignore pas les liens qui unissent de Funès à Dhéry, et il ne doute pas qu’il donnera rapidement son aval. Ce sera chose faite à la mi-novembre, Louis demandant seulement qu’on lui laisse le temps de souffler entre les tournages d’Oscar et d’un autre film dont il souhaite confier la réalisation à Jean Girault, sans vouloir toutefois en révéler la nature. Louis précise à Dorfmann qu’il ne saurait être libre avant l’automne prochain. Mais pour l’heure, c’est bien Oscar qui occupe tout son esprit, et en particulier la délicate distribution des rôles. Si tout le monde s’accorde pour que Mario David, Germaine Delbat et Dominique Page reprennent leurs personnages du masseur Philippe, de la gouvernante Charlotte et de la bonne devenant baronne, il convient de réfléchir sur les choix de ceux et celles qui endosseront les costumes du majordome, de la fille de Barnier, d’Oscar, de Christian Martin et de Mme Barnier.
Dans un premier temps, Louis pense confier à Christian Marin les habits du majordome. Malheureusement, son complice du Gendarme de Saint-Tropez est pris par d’autres engagements. Satisfait de son interprétation dans Le Grand Restaurant, Louis propose le rôle à Paul Préboist, qui accepte sans aucune hésitation. Il aurait aimé retrouver comme fille Danièle Lebrun, mais celle-ci n’a plus l’âge du rôle, il est donc décidé de procéder à des auditions d’où sortira victorieuse la frêle Agathe Natanson, 20 ans, encore élève au Conservatoire et seule actrice s’étant présentée à l’heure au casting en sachant son texte ! Pour Oscar, c’est Édouard Molinaro qui choisit le belge Roger Van Hool. Reste maintenant le plus difficile. Qui pourra remplacer Guy Bertil et faire aussi bien que lui en Christian Martin ? L’idéal eût été que Bertil fût libre, mais il serait parti, selon les dires des uns et des autres, tenter sa chance aux États-Unis. Il demeure introuvable et Molinaro suggère d’engager Claude Rich, qu’il a dirigé dans La Chasse à l’homme. Louis l’a croisé l’espace de deux courtes scènes dans Ni vu, ni connu et il adhère à cette idée. Quant à la comédienne devant jouer son épouse, Louis ne laisse à personne la liberté de décider à sa place. En effet, il y a déjà quelque temps que Jeanne le serine sur la nécessité qu’il soit accompagné au cinéma d’une « épouse présentable » et non d’une maritorne. « Louis, lui dit-elle à l’envi[345], il faut que tes femmes soient belles et élégantes. Tu as l’air de quoi, à côté de Georgette Anys[346] ou d’autres ? Elles jouent très bien, mais ça te dévalorise. » Se le tenant pour dit, Louis songe tout d’abord à faire appel à Simone Valère dont la grâce fit, notamment, merveille dans La Beauté du diable de René Clair. Il sait son talent et il a plusieurs fois goûté son charme en allant l’applaudir au Théâtre de l’Odéon dans la Compagnie Renaud-Barrault. Il se risque à lui demander un rendez-vous pour lui faire part de son intention. Simone Valère l’accueille un après-midi de novembre dans l’appartement qu’elle partage avec son compagnon Jean Desailly, quai des Grands-Augustins. « Jean et moi nous aimions bien Louis de Funès, se souvient la comédienne[347]. Il est arrivé à l’heure du café et il m’a dit son désir de me faire jouer le rôle de sa femme dans Oscar. Comme j’avais été voir la pièce quand il l’avait créée, j’étais évidemment très tentée d’accepter sa proposition et j’étais très flattée qu’il ait pensé à moi. Malheureusement, je ne pouvais pas lui dire oui. Les dates auxquelles il envisageait de tourner étaient incompatibles avec mon emploi du temps au théâtre. À ce moment-là, je devais jouer en alternance deux pièces à l’Odéon, La Tentation de Saint-Antoine de Flaubert et Henri IV de Shakespeare. S’il est vrai que j’aurais pu me libérer l’après-midi ou tôt le matin, Jean-Louis Barrault était intraitable sur ce point. Quand on était sur scène le soir, il détestait qu’on fasse du cinéma dans la journée. De Funès a tenté par tous les moyens de me convaincre. Il plaidait vraiment bien sa cause. Je crois même qu’il a téléphoné à Jean-Louis pour qu’il déroge à sa règle d’or, d’autant que Jean-Louis aurait bien aimé que de Funès joue L’Avare à l’Odéon. Quand il est parti, comprenant mon refus, il en avait presque les larmes aux yeux. Aujourd’hui, je regrette que cela n’ait pas pu se faire car il m’avait laissé entendre que, si j’acceptais, il m’engagerait dans d’autres films… comme épouse. C’est dommage, j’aurais aimé travailler avec lui car c’était vraiment un comédien d’exception. » Si Simone Valère échappe à de Funès, le rôle de sa future épouse dans Oscar suscite bien des convoitises. Le Tout-Paris du cinéma n’ignore rien sur le sujet. Yvonne Clech ou Marthe Mercadier, en particulier, se verraient bien en Mme de Funès[348]. Mais Louis ne veut entendre parler ni de l’une ni, surtout, de l’autre qui s’est fait dans le « métier » une méchante réputation de briseuse de ménages et de cancanière. Alors qui ? Quelle comédienne aura ce privilège ? C’est Jeanne de Funès qui détient la réponse à cette question.
342
Article daté du 6 septembre 1966.
343
Article daté du 7 septembre 1966.
344
Mylène Demongeot à Éric Bureau in Le Parisien daté du 18 août 2009.
345
Jeanne de Funès citée par Patrick de Funès, op. cit., p. 52.
346
Georgette Anys (1909–1993), à la silhouette rondouillarde et à la gouaille bien parisienne, tourna dans plus de quatre-vingts films où elle ne tint que des seconds rôles d’épouses trompées, de concierges ou d’épicières. Elle fut l’épouse de Louis de Funès dans L’Impossible Monsieur Pipelet d’André Hunebelle en 1955.
347
Témoignage de Simone Valère à l’auteur.
348
Certains auteurs citent aussi le nom de Paulette Dubost en se basant sur ce qu’elle écrivit dans ses Mémoires en 1992, op. cit., pp. 131–132. « Quelques années plus tard, on monte Oscar. L’auteur me veut, le directeur me veut, le metteur en scène me veut. Louis, qui avait été engagé pour le rôle-titre, me boude : “Ah non ! Je ne vois pas Paulette dans ce rôle…” Il m’a fait louper la création. » Paulette Dubost fait ici référence à la création d’Oscar au théâtre en 1961 et non au film d’Édouard Molinaro.