Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
« Chut ! Faut pas qu’on t’entende ! dit Eloisa, alarmée.
— C’est ça, continuons à nous taire ! Comme des moutons qui attendent qu’on les égorge ! » La colère montait de nouveau en lui. Il se sentait impuissant. Et lâche. « Quand j’était petit, je ne voyais rien, dit-il d’une voix que la rage et le mépris faisaient trembler. Et pourtant vous étiez déjà des esclaves, toi et les autres. La seule différence, c’était que vous apparteniez à mon père. Mais peut-être que pour lui aussi vous n’étiez rien. Comme pour Ojsternig ! »
Le son d’un cor résonna dans la vallée.
« C’est quoi ? », demanda Eloisa.
Distrait par les sentiments qui l’agitaient, Mikael n’entendait pas. Il cria presque : « Mon père, il était comme Ojsternig ! » Puis il lança un coup de pied rageur dans la petite croix de bois.
Eloisa lui donna une gifle.
Mikael la regarda. Il ramassa la croix et la lui tendit. « Allez, frappe-moi avec ça ! Et si tu veux me faire mal, frappe plus fort, dit-il d’une voix amère. Je suis plus un gamin maintenant ! »
Elle redressa la croix et la remit en place. « Peut-être, mais t’es pas encore un homme », dit-elle avant de s’en aller.
Mikael rougit d’humiliation et de colère. C’était la seconde fois en un jour qu’on lui disait qu’il n’était pas un homme. Il cria : « Eloisa ! »
Elle s’arrêta à la hauteur de la grille du cimetière et le regarda. « Quoi ? », demanda-t-elle.
Mikael resta silencieux, serrant les poings.
Elle le regarda encore un instant, puis partit.
Mikael serra les poings encore plus fort. Il aurait dû lui courir après, lui dire ce qu’il ressentait pour elle. Mais il ne pouvait pas. “T’es qu’un gamin, se dit-il avec hargne. Un gamin pleurnichard et lâche !” Les yeux pleins de larmes, il se tourna vers Harro. « Rentre à la maison. »
Le grand chien regarda vers la baraque d’Agnete.
« Rentre à la maison, Harro ! », cria Mikael.
Harro se mit en route d’un pas incertain.
Mikael sortit du cimetière en courant. « Eloisa ! » Mais quand il vit une caravane de charrettes et de cavaliers arrêtée sur l’esplanade devant Notre-Dame des Neiges, sa voix se brisa. Tous les habitants de la vallée étaient accourus, entourant la caravane.
Ojsternig, à cheval, bombait le torse avec un regard de défi. Deux enfants, misérablement vêtus, étaient attachés à lui, l’un sur sa poitrine, l’autre dans son dos, et formaient comme une cuirasse de chair humaine contre les flèches des rebelles. L’enfant sur son dos pleurait.
Mikael se déplaça dans la foule, cherchant Eloisa qu’il ne voyait pas.
« À partir de ce jour, le prince s’installe dans son château, annonça Agomar d’une voix forte. Vous construirez de nouvelles habitations pour les bûcherons de Sa Seigneurie. Et des abris et des écuries. La semaine prochaine arrivera un troupeau de trois cents moutons, un autre de cinquante veaux, et deux taureaux de monte. Chaque fois qu’un animal sera tué par les rebelles, l’un de vous aura le doigt coupé. Vous êtes tous avertis. »
Mikael écartait les gens, à la recherche d’Eloisa.
« Sa Seigneurie cherche de nouveaux écuyers et des soldats ! poursuivit Agomar. Tous les jeunes du village sont tenus de se présenter au château dimanche prochain pour disputer des épreuves. Quiconque ne se présentera pas sera considéré comme un rebelle et un traître, hurla-t-il d’un ton menaçant. Des combats seront organisés. Vous lutterez pour gagner.
— Ou mourir ! », ajouta Ojsternig en riant. Sa voix couvrit les pleurs de l’enfant attaché dans son dos. Il éperonna son cheval et se dirigea vers le château.
La procession de charrettes et d’hommes d’armes s’ébranla pour le suivre.
“Comme des chiens”, pensa Mikael. Et soudain il eut un frisson de peur à la pensée qu’il pourrait mourir en combattant, pour le seul divertissement d’Ojsternig. “Des chiens de combat”, se répéta-t-il.
Ce fut alors qu’il aperçut Eloisa. Elle marchait d’un pas rapide. Il la vit aller vers le pont sur l’Uque. À l’endroit où les peaux des innocents écorchés vifs étaient clouées, elle s’arrêta et les toucha, une à une.
Mikael dut attendre que la caravane passe avant de pouvoir traverser la route. La peur grandissait en lui. Il comprit que sa vie valait bien peu, aussi peu que celle des autres.
« Eloisa ! », s’écria-t-il dès qu’il put traverser, s’élançant à corps perdu vers le pont.
Mais elle n’entendait pas. Il franchit le pont au pas de course, ses pas résonnèrent sur les planches, puis il descendit sur la grève de l’Uque. Du coin de l’œil, il regarda les peaux clouées au parapet. “On compte pour rien”, pensa-t-il encore. Il comprit tout à coup que ce qui l’habitait n’était pas la peur de mourir, mais le désir de vivre. Comme cette nuit où, caché dans la trappe d’Agnete, quand tous pensaient qu’il ne survivrait pas, il avait dit à Hubertus : « Moi, je vivrai ! ».
Il descendit sur la rive escarpée du torrent. « Eloisa ! », s’écria-t-il. Il s’arrêta, espérant entendre une réponse. Rien d’autre que le silence. Continuant de descendre, il dépassa un gros enchevêtrement de branches charriées par les eaux du torrent. Il appela encore.
Elle sortit d’un buisson. « Quoi ? », demanda-t-elle avec la même intonation provocatrice.
Mikael s’élança vers elle. Il ne réfléchissait plus, ne raisonnait plus. Il prit sa main et la serra, plantant dans ses yeux un regard plein de passion.
Eloisa voulut retirer sa main.
Mikael la retint plus fort. « Non… dit-il d’une voix rauque. Je sais que je suis un crétin pour toi et que je ne te plairai jamais, mais toi… au contraire… » Il s’emmêla dans ce qu’il voulait dire, et se tut.
Les lèvres d’Eloisa s’entrouvrirent, sans qu’elle s’en rende compte.
Celles de Mikael s’entrouvrirent à leur tour, comme par un effet de miroir.
Eloisa prit sa main et la porta à sa bouche. « Ne t’arrête pas maintenant, Mikael Veedon », dit-elle dans un murmure.
Mikael caressa ses lèvres, doucement, timidement. Il les trouva plus douces que de la mousse, mais ses jambes tremblaient et il sentait s’évanouir tout le courage qui l’avait poussé dans ses bras.
Les yeux d’Eloisa s’emplirent de larmes.
« Pourquoi tu pleures ? lui demanda Mikael, déconcerté.
— Il t’a fallu tellement de temps…
— Mais tu avais dit… balbutia Mikael.
— Je sais ce que j’ai dit, reprit Eloisa. Mais toi, pourquoi tu l’as cru ? »
Mikael rougit. « Parce que je suis un crétin… »
Eloisa embrassa le bout des doigts de Mikael, puis les lécha de la pointe de sa langue. Elle les mordit, d’abord doucement, ensuite plus fort.
Le visage de Mikael devint rouge d’embarras.
Leur respiration à tous deux se faisait fébrile.
« Qu’est-ce je dois… faire ? », demanda Mikael.
La main d’Eloisa se glissa dans les cheveux blonds de Mikael. Elle les serra dans son poing et l’attira à elle, presque avec violence.
Mikael se pencha. Il ouvrit la bouche.
Alors Eloisa mit ses doigts entre les lèvres de Mikael et commença, à son tour, à les y promener. Leurs yeux ne se quittaient pas. Elle le poussa doucement, jusqu’au moment où il se retrouva étendu dans l’herbe. Alors elle se pencha sur lui et approcha sa bouche de la sienne.
Ils ne s’embrassèrent pas tout de suite. Chacun respirait le souffle de l’autre, lèvres entrouvertes. « Tu m’as fait attendre si longtemps… murmura Eloisa. Si longtemps…